L'usine PSA, située sur la commune de Chartres-de-Bretagne sur le site de La Janais, a marqué l'histoire industrielle de la région rennaise.
Les débuts de l'usine Citroën à Rennes
Au début des années 50, presque tous les constructeurs automobiles français avaient leurs usines en région parisienne. Toutefois, à partir de 1955, l’État impose la construction des nouvelles usines en province, avec avantages financiers à la clé. Citroën avait déjà implanté à Rennes une usine de caoutchouc et de roulements à billes : la Barre-Thomas (1953).
Lorsque Citroën cherche un lieu d’implantation, Reims, Amiens, Châlons-sur-Marne et Rennes se portent candidates. La région Bretagne a des atouts : elle a de la main d’œuvre à proposer. Le terrain sélectionné est idéalement situé en périphérie, sur une surface gigantesque et quasiment plate : un gros avantage qui évite des travaux de terrassement particulièrement coûteux.
En 1960, l’usine de la Janais est inaugurée par le Général de Gaulle. L’année suivante débute la production de l’Ami 6, puis de l’Ami 8 et de l’Ami Super (une version plus puissante de l’Ami 8). C’est une usine de carrosserie et de montage hyper moderne. Le dessin, la conception et la fabrication se font à la Janais, une fierté pour les Bretons qui y travaillent.
Le rôle du Celib
Réunissant dès 1950 les forces politiques de la région mais aussi ses forces économiques, le Celib va contribuer puissamment à dynamiser la Bretagne et à casser le fatalisme et la résignation de ses habitants. À l’été 1955, le Celib entre en jeu pour convaincre le groupe Citroën.
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Les années fastes et le déclin
Ceux qui n’ont pas connu l’époque dorée de la Janais ont bien du mal à l’imaginer. L’usine inaugurée en 1961 par le général De Gaulle a pourtant connu une période tellement faste qu’elle y a fait travailler près de 14.000 personnes dans les années 1970. Portée par le succès des Citroën GS ou BX, l’usine de construction automobile de Chartres-de-Bretagne a longtemps été le fleuron de l’économie rennaise.
L'usine Citroën de Rennes symbolise parfaitement la déconfiture du marché automobile français. Inauguré en 1960 avec la production de la Citroën Ami 6, le site a connu ses heures de gloire dans les années 2000. Le site a vu naître des modèles emblématiques comme les BX, AX, puis la Peugeot 407 en 2004, première Peugeot produite à Rennes.
Avant de lentement et inexorablement décliner au point de frôler la mort en 2015. Cette année-là, le patron Carlos Tavares avait fait un peu de chantage auprès des élus en promettant l’attribution d’un nouveau véhicule à Rennes mais sous conditions. Le patron de Stellantis (ex PSA) avait vendu 53 hectares à la région Bretagne, épaulée par le département et la métropole pour 13 millions d’euros.
Voici un aperçu des principaux modèles assemblés sur les chaînes de montage de la Janais depuis 1961 :
| Modèle | Années de production |
|---|---|
| Ami 6 | 1961-1971 |
| Ami 8 | années 1960-1970 |
| BX | années 1980 |
| Peugeot 407 | 2004-2010 |
| Citroën C5 | 2000-2017 |
| Citroën C6 | 2005-2012 |
| Peugeot 5008 | années 2010-2020 |
| Citroën C5 Aircross | 2018-présent |
La transformation et les défis actuels
Sept ans après le rachat de ce qui représentait un quart des terres du constructeur automobile (200 hectares au total), la Janais apparaît à certains endroits comme un désert de bitume dont personne ne voudrait. Territoires, l’aménageur de la métropole, vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt pour attirer les professionnels de « la construction décarbonée ».
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Il y a dix jours, le socialiste a inauguré les nouveaux locaux de l’entreprise Euro-Shelter, qui a pris possession d’un ancien hangar de 6.000 m² où Citroën fabriquait des prototypes. La société y façonne désormais des unités mobiles très prisées des armées ou des collectivités. Autour de son hangar, le directeur d’Euro-Shelter peut se sentir un peu perdu face au vide tellement l’espace est immense.
Stellantis et ses 2.000 salariés continuent de sortir quelques Peugeot 5008 et Citroën C5 Aircross quand les pièces détachées ne manquent pas. Mais on attend toujours de voir débarquer d’autres acteurs économiques, voire des « grands noms ».
Pour relancer l'activité, Stellantis a massivement investi dans la modernisation. Un montant de 150 millions d'euros a été mis sur la table pour installer la plateforme STLA Medium de Stellantis, qui permet de fabriquer des SUV de segment C après Sochaux, Eisenach en Allemagne et Melfi en Italie.
Malgré ces investissements, l'avenir de l'usine reste incertain. « L'activité du site dépend du succès commercial du futur C5 Aircross », avait averti en novembre 2024 Carlos Tavares, ex-directeur général de Stellantis, avec un point mort fixé entre 50 000 et 80 000 unités par an. L'objectif affiché est de 100 000 véhicules par an sur les trois prochaines années.
Dans un contexte où Citroën traverse une passe commerciale difficile avec seulement 2,8 % de part de marché en Europe sur les quatre premiers mois de l'année, le C5 Aircross représente bien plus qu'un nouveau modèle : c'est l'avenir industriel de toute une région qui se joue.
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