Le hasard du calendrier fait coïncider le quatre-vingt-dixième anniversaire de Citroën avec le cent-vingtième de la Tour Eiffel. Or, ces deux noms sont associés dans l'esprit des Parisiens et des Français.
L'Illumination de la Tour Eiffel par Citroën (1925-1934)
De 1925 à 1934, le nom d'André Citroën, au génie publicitaire reconnu, brilla de milliers d'ampoules sur la Tour Eiffel. Une fantastique banderole lumineuse, la plus efficace des propagandes ! Grâce à l’ingénieur Fernand Jacopozzi, le nom de Citroën a brillé pendant dix années sur la Tour Eiffel.
Fernand Jacopozzi : Le Magicien de la Lumière
Ce coup de génie publicitaire est l’œuvre de l’ingénieur-électricien italien Fernand Jacopozzi. Il était déjà connu pour ses illuminations de monuments et grands magasins parisiens. Jacopozzi propose plusieurs dessins. Ce qui devient « le faux objectif de l’Orme de Morlu » débute par une fausse Gare de l’Est située entre Sevran et Villepinte. Les bâtiments en bois sont recouverts de toiles peintes qui imitent le verre des usines. Il enchaine avec le dessin d’une fausse Gare du Nord et détaille un faux Saint-Denis et un faux Aubervilliers destinés à recevoir les bombardements ennemis. Il utilise des lampes de différentes couleurs pour rappeler les Champs-Élysées. Mieux, il met au point un système d’éclairage pour simuler un train en marche. La réalisation est une merveille, mais l’expérience tourne court. L’Allemagne recule et n’a plus les moyens d’attaquer Paris.
Il était déjà connu pour ses illuminations de monuments et grands magasins parisiens. À la demande du président du conseil et ministre de la guerre Georges Clemenceau, la France doit aussi à Fernand Jacopozzi d’avoir imaginé en 1917 la construction d’un Paris de carton-pâte tout illuminé, destiné à tromper les aviateurs allemands en les attirant comme des moustiques loin de la capitale. Mais son coup de maître sur la Tour Eiffel, édifiée seulement trente ans plus tôt, lui vaudra une renommée internationale.
Pourtant, les moyens matériels furent modestes à l’époque. « Chaque lettre géante était constituée de panneaux en bois découpés à la main, sur lesquels étaient vissées à la main également 250 000 ampoules. Chaque ampoule était ensuite reliée à un fil et à un contacteur », raconte Véronique Tessieur Huort, petite fille de Fernand Jacopozzi.
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Les Détails Techniques de l'Illumination
Après le travail de conception qui a duré une quinzaine de jours, il va falloir six semaines pour installer les lettres géantes du nom Citroën et les centaines de milliers d’ampoules. 600 kilomètres de câbles électriques ont été nécessaires.
Le dispositif mis en place pour ces illuminations est impressionnant : « Un caniveau de 400 mètres a amené jusqu'à un poste de transformation construit au pied du pilier sud, le courant du secteur, à une tension de 12 000 volts. Là, une usine d'une puissance de 1 000 kilowatts ou 1 500 chevaux le transforme en courant de 220 volts et le transmet, par 32 câbles de 170 mètres, d'un poids de 15 tonnes, à la cabine de distribution, édifiée au deuxième étage de la tour.
Fernand Jacopozzi réalise une prouesse technique. Il fait creuser un caniveau de 400 mètres de long pour acheminer les 32 câbles d’une puissance totale de 1200 kW et 12000 V. Une station électrique est spécialement aménagée avec 14 transformateurs 220/110V. Au total, l’éclairage pèse 25 tonnes.
Description de l'Illumination
Le Petit Parisien rapporte : « Ce soir, pour la première fois, le nom de leur constructeur apparaîtra, en lettres géantes, sur l'armature de la tour, du sommet à la plate-forme du deuxième étage. Puis on verra, entre le premier et le second étage, les doubles chevrons dans leur écusson ovale. Une première manœuvre de commutateur fera apparaître le dessin architectural de la tour. Puis, surgira toute une constellation de petites étoiles d'or qui scintilleront. On verra poindre ensuite cinq ou six étoiles plus grosses, et qui bientôt, s'agrémenteront d'une queue de comète. Alors, surgiront des flammes mouvantes qui grimperont vers le ciel. Puis, la queue des comètes s'allongera de façon à former les sept lettres au nom de Citroën. Une flamme énorme couronnera le sommet de la tour, avant l'apparition des écussons bleus et rouges, portant d'abord, en jaune, les dates « 1889 » et 1925 » et, enfin, les doubles chevrons. Après quarante secondes d'éclairage, la tour se trouvera de nouveau dans l'obscurité et l’illumination recommencera selon le même rythme. »
Impact et Héritage
L'illumination fait connaître la tour Eiffel dans le monde entier. En 1933, le record de la plus grande horloge du monde est battu avec un cadran de 20 mètres de diamètre. Un an plus tard, Jacopozzi y ajoute un thermomètre constitué de mille lampes rouges et blanches pour afficher des températures de -12 à +33°C.
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L’œuvre de l’artiste Jacopozzi a tellement marqué Paris qu’un spectacle d’une dizaine de minutes a été commandé pour fêter les 90 ans de Citroën et les 120 ans de la Tour Eiffel, pour le lancement de la nouvelle C3, tout en évitant soigneusement d’y réécrire Citroën.
Soixante-quinze ans plus tard, les services de communication et de la publicité de chez Citroën ont eu l'idée d'associer le nom du constructeur à un spectacle lumineux long de douze minutes mis au point pour les 120 ans de la Tour d'acier. Le nom de Citroën sera de nouveau bien visible et, pour ajouter un soupçon de modernité au procédé, dix nouvelles C3 à pare-brise panoramique dit "Zénith" seront disposées "à des endroits emblématiques de la capitale et orientées vers la Tour Eiffel". Le nom de Citroën s’éclaire lettre par lettre, sur une hauteur de 300 mètres.
Citroën et l'Innovation Continue
Cent ans plus tard, c’est tout près de la grande dame de fer que le groupe Stellantis dévoile ce mardi 29 avril 2025 le C5 Aircross, nouveau vaisseau amiral multi-énergies de la marque Citroën, construit en Bretagne, à l’usine Rennes-La Janais. Sa plateforme partagée avec les Peugeot 3008 et 5008 et l’Opel Grandland permettra de le faire rouler avec une motorisation thermique, hybride ou même électrique. Une première pour l’usine bretonne Stellantis-La Janais, site historique de Citroën depuis 1960, près de Rennes, qui a investi 160 millions d’euros et réorganisé entièrement son outil de production pour construire cette nouvelle automobile.
« C’est quand même un événement incroyable, le plus grand événement publicitaire du début du siècle dernier et de toute l’histoire de la publicité », reconnaît le petit-fils Philippe Citroën, venu lui aussi à Rennes pour le salon Rétro Passion.
Cette fois, le groupe automobile Stellantis dont Citroën est l’une des quatorze marques, n’a pas pu renouveler l’exploit de 1925. Ce n’est pas au pied de la Tour Eiffel mais pas très loin cependant, au Palais de Tokyo, que la marque française aux chevrons va dévoiler officiellement son nouveau vaisseau amiral : la nouvelle génération du C5 Aircross.
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Le 28 avril prochain, Citroën « rallumera » en effet la tour Eiffel, pour célébrer le centenaire de cette opération insolite. Cette fois-ci, point de lettres CITROEN affichées verticalement sur les 150 m constituant la façade supérieure de la tour, mais simplement le logo de la marque et son nom apposés en partie inférieure. On ne sait pas encore si les quatre faces seront concernées, mais Citroën promet en tout cas une performance artistique spectaculaire. D’ailleurs, le lendemain, 29 avril, sera le jour de la grande révélation du nouveau SUV C5 Aircross, déjà teasé sous forme de concept.
Dès son inauguration en 1989, la tour Eiffel est en partie illuminée la nuit. D'abord avec des lampes à gaz, puis des ampoules électriques dès 1900. Mais rien de comparable à l'illumination de 1925.
En octobre 1925, commercialisation de la B 12 à carrosserie tout-acier. Moteur 1452 cm‘, 20 ch à 2100 tr/mn, 9 CV. Boite 3 vitesses. 75 km/h, 8,5 l/km. Les freins sur les quatre roues sont la principale innovation. C'est la première voiture à double usage, le torpédo B 12 commercial de 1000 kg de charge utile, équipé de quatre portières et d’un hayon arrière. En octobre, avec l’aménagement d’une troisième place centrale à l’arrière, la 5 CV devient la populaire «Trè?e». Moteur 856 cm3, 11 ch à 2100 tr/mn, 5 CV. Boite 3 vitesses. 2 votes.
André Citroën continue malgré un investissement exorbitant. En 1928, c’est la nouvelle C6 qui est mise en valeur durant le Salon de l’Auto organisé au Grand Palais. L’illumination est constituée de cinq rangées de lampes de 600 bougies. Elle clignote, en alternance avec les dessins des années précédentes. L’année suivante, la Tour Eiffel et Citroën fêtent la C4.
Jusqu’en 1935 et le « rachat » de Citroën par Michelin, la tour de 300 mètres fait la publicité du constructeur du quai de Javel.
Une aventure unique à ce jour. « Elle est régulièrement illuminée pour des occasions et des causes diverses. Mais Citroën a été la seule marque publicitaire à mettre son nom sur la Tour Eiffel, il n’y en a jamais eu d’autres après », confirme Véronique Tessieur Huort.
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