Le salaire de Carlos Ghosn finira-t-il par causer sa perte ? Le patron de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors est au cœur de la tempête. Carlos Ghosn vient d'être arrêté ce lundi à Tokyo. Accusé ce lundi d'avoir notamment caché une partie de ses revenus au fisc japonais, le président de Nissan a été arrêté à Tokyo. De son côté, le constructeur automobile nippon confirme ces accusations, évoquant le rapport d'un lanceur d'alerte et une enquête interne.

Ce n'est pas la première fois que la rémunération du patron de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi lui vaut d'être sous le feu des projecteurs. Ce n'est pas la première fois que les émoluments du grand patron font la Une de la presse. Mais jusqu'ici, seul le montant de sa rémunération suscitait la polémique.

Rémunération de Carlos Ghosn chez Nissan

En 2010, son salaire de PDG de Nissan est révélé pour la première fois. Il avoisine les 7,56 millions d'euros. Le Premier ministre japonais de l'époque, Naoto Kan, se fend aussitôt d'une pique : « Pourquoi est-ce que le salaire de Carlos Ghosn est si élevé ? Parce qu'il est très fort pour licencier des gens. » L'année suivante, le salaire du patron le mieux payé du Japon augmente pourtant encore de 10 %. Il perçoit alors 8,4 millions d'euros. Soit sept fois plus que le président de Toyota, quand bien même il n'est chez Nissan qu'une partie du temps, selon l'argument de ses détracteurs de l'époque.

Triple Casquette et Salaire Conséquent

Carlos Ghosn est en effet également patron de Renault et président de l'Alliance Renault-Nissan. Sans oublier son poste de président de Mitsubishi depuis fin 2016. Pour son rôle au sein du constructeur français, il perçoit en 2011 une gratification de 1,23 million d'euros. Si ce salaire fixe n'a pas évolué depuis, la part variable a quant à elle considérablement augmenté. En 2015, le dirigeant franco-brésilien a en effet touché au total pas moins de 7,25 millions d'euros. Dont 4,2 millions d'euros liés à la valeur d'actions de performance qui lui ont été attribuées.

Proxinvest, qui n'avait pas publié d'étude portant sur l'exercice 2016, évaluait le salaire global de Carlos Ghosn à 15,6 millions d'euros en 2015. Au seul titre de ses fonctions chez Renault, Carlos Ghosn avait empoché 7,2 millions d'euros en 2015, 7,058 millions d'euros en 2016 et 7,38 millions d'euros en 2017.

Lire aussi: Convention collective automobile : Salaires expliqués

Réactions et Controverses

Mais en avril 2016, à l'occasion de l'assemblée générale de l'Alliance, les actionnaires rejettent la rémunération du PDG qui leur est présentée dans le détail pour la première fois. Comme en 2011 pour Nissan, Carlos Ghosn justifie sa rémunération par les bonnes performances de Renault en 2015. Quelques jours après l'assemblée générale, les administrateurs du constructeur français ont décidé d'avaliser le salaire du PDG, passant outre le vote des actionnaires simplement consultatif.

Assez pour susciter l'ire d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie. Ce dernier avait été jusqu'à menacer de « légiférer » si le conseil d'administration ne revoyait pas à la baisse la somme accordée à Carlos Ghosn. Même le patronat français s'est fendu d'une lettre pour appeler le dirigeant à la « mesure », rappelant qu'en intégrant le salaire versé par Nissan, la gratification de Ghosn s'élevait à 15 millions d'euros.

Baisse de Salaire et Pression de l'État

Fin juillet 2016, le conseil d'administration de Renault avait accepté de réduire de 20 % la part variable de la rémunération du PDG. Pas de quoi calmer la colère de Bercy à l'époque qui avait promis « d'en rediscuter », ne jugeant pas ses propositions « suffisantes ». En 2017, Carlos Ghosn a toutefois perçu 7,4 millions d'euros (+ 4,5 % sur un an), dont 4,6 millions d'euros en actions de performance, selon le rapport annuel de Renault. Mais la rémunération du dirigeant devrait bel et bien baisser en 2018, à la suite de la nomination d'un bras droit chez Renault (Thierry Bolloré).

Le montant des revenus du grand patron avait notamment entraîné un bras de fer avec l'Etat actionnaire. En 2016, elle avait même été rejetée en Assemblée générale. L'Etat actionnaire, qui détient actuellement 15,01% du capital du constructeur automobile français, avait alors voté contre ses émoluments. Si à l'époque le vote était simplement consultatif (alors qu'il est aujourd'hui contraignant), il s'agissait de la première fois dans l'histoire du CAC 40 que la majorité des actionnaires s'opposaient à une résolution sur la rémunération d'un dirigeant.

Pour 2017, nouveau camouflet. L'Etat continue de voter contre et sa rémunération chez Renault atteint de justesse la majorité nécessaire, avec un taux d'approbation de 56,5% seulement en assemblée générale.

Lire aussi: Directeur de Service en Concession

Comparaison avec les Pairs et Successeurs

Carlos Ghosn est en effet l'un des patrons le mieux payés de France depuis qu'il a repris les rênes de Renault en 2005 après avoir redressé Nissan. En 2017, il était ainsi le 3e patron le mieux payé de l'Hexagone derrière Bernard Charlès de Dassault Systèmes (24,6 millions d'euros) et Gilles Gobin de Rubis (21,1 millions d'euros). Carlos Ghosn a gagné l'an dernier 13 millions d'euros au total, selon le cabinet d'analyse Proxinvest. A titre de comparaison, la rémunération totale moyenne des dirigeants des 40 plus grands groupes cotés français était de 5,135 millions d'euros en 2017.

D'après un document mis en ligne par le constructeur français, le nouveau patron de Renault, Luca de Meo, sera mieux payé que ses prédécesseurs Thierry Bolloré et Carlos Ghosn. En effet, il empochera 1,3 million d'euros de fixe annuel et une rémunération totale pouvant dépasser 6 millions d'euros selon ses performances. Selon un calcul de l'Agence France-Presse, si on exclut les rémunérations perçues par Carlos Ghosn comme dirigeant de Nissan et qui lui permettaient d'atteindre au cumul 15 millions d'euros par an, ce dernier n'aurait eu droit chez Renault qu'à un maximum de 4,7 millions annuel, après avoir accepté en 2018 de réduire son salaire de 30 % sous la pression du gouvernement français.

Contraint par le gouvernement français d'accepter une réduction de 30 % de sa rémunération lors du renouvellement de son mandat en 2018, Carlos Ghosn avait droit à 1 million d'euros de fixe, un salaire variable plafonné à 1 million d'euros, ainsi que 80 000 actions de performance, soit un maximum théorique de 4,7 millions d'euros. Les années précédentes, il gagnait toutefois nettement plus.

Tableau Récapitulatif des Salaires

Année Rémunération Totale Estimée (en millions d'euros) Remarques
2010 (Nissan) 7,56 Première révélation du salaire de PDG de Nissan
2011 (Nissan) 8,4 Augmentation de 10% par rapport à l'année précédente
2015 (Renault) 7,25 Incluant 4,2 millions d'euros en actions de performance
2015 (Globale) 15,6 Estimation Proxinvest pour l'ensemble de ses fonctions
2017 7,4 +4,5% par rapport à l'année précédente (Renault)
2018 (Estimé) 4,7 (max) Après réduction de 30% sous pression gouvernementale

La rémunération de Carlos Ghosn, aujourd'hui réfugié au Liban après avoir fui le Japon où il est poursuivi pour diverses malversations présumées, avait régulièrement fait l'objet de polémiques dans le passé.

Lire aussi: Conseiller Client Automobile: Salaire et Rôle

tags: #salaire #pdg #renault #nissan #historique

Articles populaires: