Toyota City, située sur l'île de Nagoya au Japon, est bien plus qu'une simple ville. Elle est un symbole de la réussite économique nippone, intimement liée à l'histoire et à l'évolution du constructeur automobile Toyota. Autrefois connue sous le nom de Koromo, cette ville a vu son destin basculer grâce à l'essor de l'industrie automobile.
Les Origines de Toyota : De la Soie aux Automobiles
L'histoire de Toyota débute à la fin du XIXe siècle avec Sakichi Toyoda, un inventeur qui révolutionne l'industrie textile japonaise en créant le premier métier à tisser mécanique du pays. En 1926, il fonde Toyota Industries (TICO), une entreprise textile qui connaîtra un grand succès.
Cependant, c'est son fils, Kiichiro Toyoda, qui va donner une nouvelle orientation à l'entreprise familiale. Lors de ses voyages en Europe et aux États-Unis dans les années 1920, Kiichiro s'intéresse de près à l'industrie automobile naissante. En 1937, il fonde la Toyota Motor Corporation (TMC), marquant ainsi le début d'une nouvelle ère pour l'entreprise et pour la ville de Koromo.
La Transformation de Koromo en Toyota City
Trois décennies plus tôt, dans les années 30, des kilos et des kilos de la soie la plus fine sont produits à Koromo. Kiichiro Toyoda travaille pour sortir l'entreprise familiale, spécialisée dans les métiers à tisser, de l'ornière. Il décide de produire des camions, puis des voitures.
Pour que son entreprise rivalise avec les géants américains de l'automobile, son PDG invente un nouveau modèle de production, plus efficace que le fordisme. Le toyotisme permet aux firmes qui l'utilisent de fabriquer des produits de qualité en flux tendu. Les salariés sont appelés à améliorer eux-même leur productivité. Cette nouvelle organisation du travail permet au constructeur de se hisser progressivement au rang de multinationale.
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Au Japon, le succès de Toyota est tel que la ville qui abrite ses bâtiments historiques a adopté son nom. Autrefois baptisée Koromo, elle vivait de la production de la soie et lorsque cette activité disparut, elle fut "sauvée" grâce à Toyota, qui réorienta l'activité industrielle de la région. En 1959, Koromo est rebaptisée Toyota City, symbolisant ainsi l'importance du constructeur automobile pour la ville et ses habitants.
L'essor de l'Industrie Automobile et l'Impact sur Toyota City
Avec l'implantation de Toyota, la ville connaît une croissance démographique et économique spectaculaire. De nombreuses usines sont construites, attirant des milliers de travailleurs et de fournisseurs. La population locale explose, atteignant aujourd'hui plus de 420 000 personnes.
Pour faire tourner ses sites de production, Toyota a fait appel à de la main d'œuvre étrangère. 16 000 habitants de la ville sont en 2013 originaires d'Amérique latine. La compagnie fait construire des cités dortoirs pour loger ses ouvriers.
A "Toyota city", sur l'île de Nagoya au Japon, tout est siglé Toyota. Même les horaires d'ouverture des magasins de la ville sont calés sur ceux des usines du groupe automobile, pour que les salariés puissent faire leurs courses en sortant du travail.
En 2007, Toyota dépasse General Motors et devient le premier constructeur automobile mondial. Il vend 9,3 millions de véhicules (15% du marché mondial). Mais cette apothéose est de courte durée… La crise économique de 2008 d'abat sans pitié sur le Japon. Toyota voit ses ventes baisser de 15% cette année-là. Le résultat ne se fait pas attendre dans les rues de la ville : le pôle emploi local fait le plein de chômeurs. Depuis 2008, un tiers des salariés du groupe vivant à Toyota ont perdu leur poste.
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Depuis, la firme se relève doucement. Elle a retrouvé sa position de leader mondial de l'automobile en 2012.
Le Toyotisme : Un Modèle de Production Innovant
Pour rivaliser avec les géants américains de l'automobile, Toyota a développé un modèle de production unique, connu sous le nom de "toyotisme". Ce système repose sur plusieurs principes clés :
- Le "juste à temps" (kanban) : produire uniquement ce qui est nécessaire, quand c'est nécessaire, afin de minimiser les stocks et les gaspillages.
- Le "jidoka" : automatisation avec une touche humaine, permettant de détecter et de corriger les erreurs en temps réel.
- Le "kaizen" : amélioration continue, encourageant les employés à proposer des idées pour améliorer la productivité et la qualité.
Ce modèle de production a permis à Toyota de se hisser au rang de multinationale et de devenir un exemple pour de nombreuses entreprises à travers le monde.
Toyota City Aujourd'hui : Entre Tradition et Modernité
Avec 424 970 habitants, Toyota City est plutôt masculine (221 909) et relativement jeune (64 % d’actifs entre 15 et 64 ans), à l’image des ouvriers sur les chaînes d’assemblage. Elle totalise 860 usines, dont 357 dans le secteur automobile, qui emploient 90 132 personnes - dont 50 000 pour Toyota.
L’automobile représente donc une manne sans précédent pour la municipalité, tout comme une forte dépendance financière. « Les taxes sur les entreprises rapportent plus de 40 milliards de yens (310 millions d’euros), c’est une somme incroyable ! reconnaît Yoshitaka Yasukawa. Avec la chute de la banque Lehman Brothers en 2008 et la crise financière mondiale qui a suivi, ce chiffre a diminué de 96 %, jusqu’à tomber à 2 milliards. Heureusement, le maire avait mis de côté et nous n’avons jamais été déficitaires.
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A l’intérieur, dans un dédale de tuyaux, de câbles et de boîtes colorées, tout n’est qu’ordre, calme et efficacité. Les lignes d’assemblage avancent à douce allure, les hommes s’affairent sans une pause et sans un mot. « La vitesse de la ligne est déterminée par le nombre de véhicules qui doivent être produits, reprend la voix féminine. Des panneaux indicateurs, nommés “Andon”, renseignent sur les ennuis éventuels.
A l’extérieur, la vie à Toyota City semble aussi méticuleusement organisée que ses usines automobiles. Il y a les maisons Toyota Home pour se loger, l’hôpital Toyota pour se soigner, Meglia ou les coopératives Toyota pour s’achalander - « En 1945, il n’y avait pas encore assez de commerces, juste des champs », justifie Ryota Uematsu. La firme au logo en trois ellipses est omniprésente. Les habitants ne semblent pas s’en plaindre.
« Tout le monde vit au même rythme, enchaîne Chisato Yoshifuji, 38 ans, de Gifu. Les commerçants calent leurs horaires sur ceux de l’usine, on peut aller chez le coiffeur jusqu’à 2 heures du matin, car le dernier poste termine à minuit ! »
« Quand j’étais à l’école, tous les parents de mes camarades travaillaient dans l’automobile, raconte-t-elle. Mon père travaillait pour Toyota, mais mon mari est chauffeur de camion. Ce serait mieux s’il était lui aussi chez Toyota, il y a beaucoup d’avantages : les médecins et les médicaments sont gratuits jusqu’à 18 ans, une subvention est versée pour la scolarité, le salaire est élevé et l’emploi, stable !
Woven City : Un Projet Tourné vers l'Avenir
En janvier 2020, Toyota a annoncé la construction de "Woven City", une ville du futur destinée à être un laboratoire vivant pour tester de nouvelles technologies dans des domaines tels que la conduite autonome, la mobilité personnelle, la robotique et l'intelligence artificielle.
Trois sortes de rues viendront s’entrelacer : l'une dédiée à la conduite autonome, une autre aux piétons et la troisième aux personnes conduisant un moyen de déplacement individuel. De plus, une route souterraine servira au transport des marchandises. La communauté débutera avec 360 résidents environ, principalement des personnes âgées, des familles avec de jeunes enfants et des inventeurs. À terme, elle devrait compter plus de 2 000 habitants, employés de Toyota compris.
Ce projet ambitieux témoigne de la volonté de Toyota de rester à la pointe de l'innovation et de contribuer à façonner l'avenir de la mobilité.
Le Musée Toyota City : Un Hommage à l'Art et à l'Architecture
Implanté dans un vaste parc en plein cœur de Toyota City au Japon, la bâtiment a ouvert ses portes au public en avril. Célébrant le bois par l'architecture contemporaine, l'édifice culturel est le premier au monde à recevoir la certification ZEB (Net Zero Energy Building).
« Le musée d'Art de Yoshio Taniguchi est un chef-d'œuvre moderniste qui utilise abondamment le métal et le verre et représente la seconde moitié du XXe siècle. Le Toyota City Museum est son opposé, une œuvre à la façade et à l'espace organique dans laquelle le bois est utilisé en abondance afin de contribuer à la résolution du problème de l'environnement, le thème le plus important du XXIe siècle. »
Convaincue par l'idée d'unité, l'agence a supprimé une rangée d'arbres séparant les deux côtés du site pour créer un espace de jardin continu entre les deux édifices. Sorte de promenade dominant la ville, cette zone nouvelle s'inscrit comme un trait d'union entre trois décennies d'architecture. Une évolution inscrite en résonance avec l'évolution industrielle de la firme mondiale.
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