Dans les années 1970, une aventure extraordinaire du monde automobile a eu lieu : l’affaire des Volvo en Corée du Nord. Ce récit illustre comment les circonstances politiques alliées à un manque de ressources ont conduit à l’une des plus grandes affaires de non-paiement automobile de l’histoire.

Un accord commercial ambitieux

En 1974, la Suède a expédié un millier de Volvo 144 vertes vers la Corée du Nord dans le cadre d’un accord commercial prometteur. La Suède a accepté de fournir à la Corée du Nord 1 000 Volvo 144 pour une valeur totale de 600 millions de couronnes suédoises, ce qui équivalait à environ 56 millions d’euros à l’époque.

La transaction semblait être une opportunité économique favorable pour les deux pays. La Suède, première nation occidentale à reconnaître l’indépendance de la Corée du Nord, espérait renforcer ses liens diplomatiques et économiques avec ce pays, alors dirigé par Kim Il-sung.

Le non-paiement : une dette persistante

Le hic ? La Corée du Nord ne disposait pas de devises étrangères pour honorer le contrat. Or, ils se sont vite rendu compte que les ressources disponibles dans leurs mines étaient en réalité bien moindres que prévu.

Cependant, ces voitures n’ont jamais été payées par la Corée du Nord. Malgré les relances biannuelles de l’agence suédoise de crédit à l’exportation (EKN), la dette reste impayée. Selon les estimations officielles, la dette nord-coréenne atteindrait aujourd’hui environ 277 millions d’euros. Aujourd'hui, avec les intérêts accumulés, la somme due avoisine les 300 millions d’euros.

Lire aussi: Volvo P1800 : un record incroyable

Les Volvo 144 : des icônes à Pyongyang

Malgré le non-paiement, les Volvo 144 sont devenues une icône dans les rues de Pyongyang. Ces véhicules, robustes et fiables, sont encore utilisés quotidiennement. Une chose est sûre : Volvo c’est du solide puisqu’il n’est pas rare de croiser dans les rues de Pyongyang l’un des 1000 exemplaires de 144 volés à la Suède il y a 40 ans. Désormais, les pontes du régime roulent en Mercedes (payées comptant) et ces Volvo hors d’âge équipent la petite flotte de taxi de la capitale !

La Volvo 144, produite entre 1967 et 1974, était un modèle emblématique. Elle a enregistré une vente de plus d’un million d’unités. Ce véhicule se distinguait notamment par son moteur quatre cylindres, ce qui était novateur pour l’époque. Dans les rues de la Corée du Nord, certaines de ces voitures circulent encore aujourd’hui, témoignant de leur robustesse.

Les efforts diplomatiques de la Suède

Dès lors, la Suède a entamé une longue lutte pour récupérer son argent. Les demandes de remboursement ont été répétées, mais la Corée du Nord n’a jamais répondu. Chaque deux ans, des fonctionnaires suédois renouvellent leurs efforts pour réclamer cette somme.

La Suède a maintenu des relations diplomatiques avec la Corée du Nord depuis les années 1970, période durant laquelle elle a également représenté les intérêts américains à Pyongyang. Cette position neutre et diplomatiquement active a permis à la Suède de jouer un rôle clé dans les discussions internationales impliquant la Corée du Nord.

La visite du chef de la diplomatie nord-coréenne en Suède, pays qui représente les intérêts américains à Pyongyang, témoigne des relations diplomatiques déjà anciennes entre les deux Etats. Suède et Corée du Nord entretiennent des relations diplomatiques depuis le début des années 1970. C'est en sa qualité de puissance protectrice que le pays scandinave a facilité la libération de l'Américain Otto Warmbier, arrêté à Pyongyang en 2016 et décédé peu après son retour aux Etats-Unis.

Lire aussi: Volvo XC40 : Défauts et Solutions

En 2001, la Suède assure la présidence tournante de l'Union européenne. M. Persson est le premier chef de gouvernement occidental à se rendre à Pyongyang. Ils évoquent la réconciliation coréenne et la dénucléarisation.

Implications et leçons tirées

Cette situation met en lumière la complexité des relations commerciales dans un contexte politique instable. Les éléments économiques, comme la fluctuation des matières premières et l’absence de bases solides pour les échanges internationaux, peuvent avoir des répercussions désastreuses.

La Suède continue de réclamer le paiement de cette dette, bien qu’elle soit consciente de la faible probabilité de remboursement. Cette insistance n’est pas seulement une question de principe, mais aussi un moyen de maintenir une pression diplomatique constante sur la Corée du Nord.

Cette affaire des 1000 Volvo non payées par la Corée du Nord reste un exemple frappant des complications qui peuvent survenir dans le commerce international. Elle souligne également l’importance de la diplomatie et de la persévérance dans les relations internationales.

Le marché automobile en Corée du Nord

La Corée du Nord est (avec Cuba), le pays où le parc automobile reflète la situation économico-diplomatique du pays. Il y a ainsi de nombreuses productions d’Europe de l’Est des années 70-80 et une poignée de Pyeonghwa. Les Mercedes (marque préférée des Kim et de ceux qui veulent attirer leurs faveurs) tiennent le haut du pavé. Vous verrez des berlines Sud-Coréennes et Japonaises trop usées pour leurs marchés de l’occasion respectifs.

Lire aussi: Euro 6 : Spécifications Camions Volvo

Pyeonghwa Motors

Et on en vient à aborder le cas de Pyeonghwa Motors. Il s’agit donc de Pyeonghwa (paix, en coréen) Motors, une joint-venture entre Pyeonghwa Group (liée à la secte Moon, les grands esprits se rencontrent) et Ryonbong General Corp (entreprise Nord-coréenne… donc contrôlée par le gouvernement, vous vous en doutez). Pyeonghwa Motors devient une entité exclusivement nord-coréenne à partir de 2013, lorsque l’Église de l’Unification cède ses parts à la Corée du Nord, les ventes anecdotiques et les profits epsilonesques ayant raison de la patience de la secte.

Combien de véhicules produits ? Selon une information de l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, il n’y aurait eu que 1 450 véhicules fabriqués en 2011, d’autres avant des données encore plus faibles. Le chiffre ne comptabilise pas les camions ou les bus qui sont produits par d’autres entreprises comme Sungri ou Chongjin.

Plus récemment, on trouve en Corée du Nord, via Pyeonghwa Motors semble produire, ou plutôt rebadger d’autres voitures chinoises issues de FAW, comme la Zunma 1606 qui serait une simple FAW-VW Sagitar fabriquée en Chine sur laquelle on grefferait des logos Pyeonghwa en Corée du Nord ainsi que d’autres modèles qui seraient fabriqués ou assemblés localement comme le Ppeokkugi 4WD, copie Nord-coréenne du Huanghai Landscape F1, lui-même copie chinoise d’un ancien Kia Sorento.

Bien entendu, posséder une voiture en Corée du Nord est déjà un privilège mais sachez que le comble de la classe est assuré par une immatriculation commençant par 216 (pas la Rover mais la date de naissance de feu le Cher Leader Kim Jong-Il, soit le 16 février).

Alors que les soviétiques sont passés de Staline à Stallone, les dirigeants nord-coréens préfèrent toujours Lénine à Lennon.

Tableau récapitulatif

Modèle Quantité Année de Livraison Dette Actuelle (estimée)
Volvo 144 1 000 1974 277 millions d'euros

tags: #volvo #Corée #du #Nord #histoire

Articles populaires: