L’histoire de l’usine Renault de Choisy-le-Roi a connu une première fin en 2022. Le dernier moteur « échange standard » est sorti des lignes en juillet 2022. Depuis, ce sont vigiles, cadenas et touffes d’herbes folles qui occupent l’ancien site industriel Renault de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne).

Un Site Historique et Stratégique

D’une superficie d’environ 10 hectares, ce site, propriété de Renault depuis 1949, avait été autrefois une usine de fabrication d’éléments d’avions et de planeurs. Au début des années 1950, on fabriquait notamment sur le site de Choisy des autorails, sortis à l’origine de l’usine de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Sa vocation industrielle n’a donc jamais été remise en cause.

Cela fait 70 ans que cette usine spécialisée dans l’« échange standard » remet à neuf des pièces pour la direction après-vente de Renault, de Nissan Europe, et de Daimler, vendues ensuite au moindre coût. En 2018, elle a ainsi reçu près de 4 000 t de matière à démonter, laver, trier, rénover : moteurs, boîtes de vitesse, culasses, pompes d’injection, porte injecteurs et turbocompresseurs.

En 1992, la fermeture du site de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) a fait de celle de Choisy la deuxième usine « historique », derrière Le Mans (Sarthe).

La Fermeture et les Projets de Reconversion

Fin 2020, et après en avoir fait un pôle d’économie circulaire, Renault avait annoncé le transfert des activités de son usine de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) à Flins (Yvelines). Déserté par Renault au profit de son usine de Flins (Yvelines), sur laquelle plane aussi l’inquiétude, le site de Choisy-le-Roi a déjà fait l’objet de diverses spéculations.

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Le dernier moteur reconditionné, sa spécialité depuis des décennies, est sorti de l’usine de Choisy (Val-de-Marne). Le déménagement vers le site de Flins (Yvelines), présenté comme l’un des socles de sa «Renaulution», est en passe de s’achever. Sur 268 salariés, une centaine l’ont rejoint.

Le samedi 6 juin 2020, un millier de personnes avaient marché dans le centre-ville pour sauver Renault-Choisy. Il y a deux ans, en mai 2020, plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées au 140, avenue de Villeneuve-Saint-Georges. Une adresse indissociable de la ville de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) : celle de l’usine Renault, dont l’histoire touche désormais à sa fin, malgré l’importante mobilisation pour empêcher sa fermeture.

À l'abandon depuis deux ans, le terrain de 10 ha devrait être transformé en écoparc à usage diversifié : "petite industrie" et TPE-PME-PMI pour un total de 750 emplois. Avant d’être transformé, le site (ici avant sa fermeture en 2022) devra être dépollué. Les porteurs du projet tablent sur une livraison des premiers bâtiments en 2028.

Le Protocole d'Accord et les Ambitions Territoriales

Le 8 février, un protocole d’accord quant aux conditions de mutation du site a été signé entre l’entreprise Renault, les villes de Choisy-le-Roi et Villeneuve-Saint-Georges et le Grand-Orly Seine Bièvre. Michel Leprêtre, président du Grand-Orly Seine Bièvre, avait alors appelé de ses vœux la nécessité du maintien de la vocation industrielle et productive de ce site. Le foncier s’avère en effet stratégique pour le développement d’un projet industriel durable dans le cadre d’une mixité d’usages.

Consacrant les ambitions productives du lieu, cet accord garantit notamment l’installation de projets industriels respectant les normes environnementales et l’ambition écologique du territoire, le développement d’activités créatrices d’emplois, ainsi que la mise en œuvre de modes de livraison apaisés, favorisés par des possibilités d’intermodalités fluviale et ferrée.

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Le 14 novembre 2023, à l’occasion du conseil territorial du Grand Orly Seine Bièvre, le maire DVD de Choisy-le-Roi, Tonino Panetta, a dévoilé ses projets. Il entend faire modifier le Sdrif (Schéma directeur de la région Île-de-France) afin que le site industriel devienne « mixte » : « La commune veut rester maître de ses zones, économiques, ou pas », a-t-il fait savoir au micro du conseil territorial.

En clair, l’édile souhaiterait que soit octroyée à la ville la possibilité d’implanter autre chose qu’une usine sur cet emplacement : « Il s’agit d’un terme pudique pour ouvrir la possibilité à la création de logements, dénonce le conseiller municipal d’opposition PCF Fabien Guillaud-Bataille. Il n’y a pas eu la moindre concertation, la chose apparaît d’un coup ! »

Le Grand Orly Seine Bièvre, par la voix de l’un de ses fonctionnaires, confirme : « Comme il y a plusieurs hectares, le maire entend dégager une bande pour y construire des logements. Ou une cuisine centrale, cela dépend des jours… Il y aura des négociations entre Renault, nous, l’État et la ville sur l’avenir de ce site. Nous ne sommes pas obtus. » Notre interlocuteur précise toutefois qu’il y aurait « des choses intelligentes à faire » avec ce lieu bordé par la Seine et situé à quelques dizaines de mètres de la gare de Villeneuve Triage.

Le Projet Écoparc AxFactory

Fermée en 2022, l'usine Renault de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) laisse derrière elle une friche de 10 hectares, près de la Seine. AxFactory est un projet de village d’entreprises dédié à la petite industrie en référence à l’histoire du site. Il proposera, aussi, quelques services pour les salariés de la zone, mais également les riverains.

Fin septembre, Axtom a signé un compromis de vente avec Renault et prévoit une restructuration intégrale du site. «Les bâtiments sont vieillissants, certains contiennent de l’amiante. Il faut démolir, désamianter et reconstruire des bâtiments à haute qualité environnementale», explique Guillaume Ledieu. Six édifices, représentant une surface totale de 30 000 mètres carrés de plancher, devraient sortir de terre, mais cette programmation immobilière pourrait évoluer en fonction des demandes des clients.

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Le constructeur automobile se satisfait aujourd’hui, depuis le siège social, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) : « Nous avions quatre principes à respecter : préserver la vocation économique du site, sélectionner un projet respectueux de l’environnement et privilégier un projet au service des habitants, qui profitera aussi de la Seine pour se désenclaver. »

Selon les divers documents produits par Axtom, « le projet EcoParc AxFactory prévoit la création de plusieurs bâtiments adaptés à une diversité d’usage » sur le site de 10 ha en bord de Seine, à l’abandon depuis deux ans. Il est question de « petite industrie », mais aussi de « TPE-PME-PMI, pour un total de 750 emplois attendus sur place ».

Toujours selon Axtom, « la livraison des premiers bâtiments est prévue pour 2028 ». Ils devraient être intégralement couverts de panneaux photovoltaïques, de manière à permettre une autosuffisance du site en matière d’électricité.

Calendrier Prévisionnel du Projet AxFactory
Étape Date Prévue
Signature du compromis de vente Fin septembre 2024
Début des travaux (démolition, désamiantage, reconstruction) 2026
Livraison des premiers bâtiments 2028

Les Défis Environnementaux et la Dépollution

Il va s’agir de dépolluer le site dans un premier temps. L’évaluation environnementale du Plan local d’urbanisme de Choisy-le-Roi est en effet très claire : « Le caractère industrialisé du territoire a engendré une pollution des sols. » D’autant plus que, d’après Axtom, désamiantage des bâtiments et démolition de certains d’entre eux devront être réalisés « à court terme ».

Le projet consistera en outre à rendre à la nature environ 3 ha du site, afin de lutter contre les îlots de chaleur, car le sol est totalement imperméabilisé sur cet ancien site de mécanique. «C’est un niveau d’investissement relativement élevé, car nous souhaitons offrir aux résidents et aux usagers de la zone un cadre agréable. Nous ferons un effort sur la renaturation avec l’objectif de redonner trois hectares à la nature», poursuit le directeur général.

Axtom n’en est pas à son coup d’essai en matière de reprise de friche industrielle liée à l’automobile. La société est en ce moment à l’œuvre dans l’ancienne usine Ford de Blanquefort, près de Bordeaux.

Un Passé Riche en Histoire Sociale

Il a connu l'époque où l'usine faisait travailler des fratries, la première manifestation européenne d'ouvriers à Bruxelles dans les années 1990, la D 38 quand les poids lourds pouvaient encore y circuler toute la nuit. Il n'est pourtant pas vieux, à 52 ans. Mais Georges Trebaol fait partie de ceux qui incarnent au moins en partie l'histoire de l'usine Renault à Choisy-le-Roi.

Quand il arrive de Bretagne en 1986, c'est d'abord comme intérimaire que ce jeune homme qui pensait plutôt être embauché dans un garage commence à y travailler. Au départ une mission d'un mois, sur ce site qui comptait alors 1 200 employés. Trente-trois ans plus tard, c'est bien à la table de la Guinguette auvergnate en face de la gare Villeneuve-Triage, à un kilomètre du site, qu'il raconte son histoire. Bref il n'en est jamais parti.

Ils ne sont que deux aujourd'hui au sein de ce site à exercer son métier : conducteur de banc d'essai. Ce qui correspond à « faire des tests sur des pièces pour que ça ne casse pas chez le client », résume-t-il en plaisantant. Il avait commencé par monter les moteurs sur chaîne au sein de ce site ouvert en 1949, unique en son genre en Europe car spécialisé dans la remise à neuf de pièces revendues dans les garages. Avant de travailler une dizaine d'années sur de la rénovation de pompes à injection.

Avec 300 salariés, il est aujourd'hui beaucoup moins important que lorsque Georges Trebaol est entré, « mais il n'y a jamais eu de licenciement », assure-t-il. Et pour avoir été délégué syndical chez FO il le sait. Il fait partie de ceux qui ont bloqué l'usine en 1995, à l'époque pour des problèmes « de management », ce qui lui avait valu et à d'autres une comparution au tribunal. Plusieurs usines Renault étaient en grève, « mais tout était parti d'ici », assure Georges. De cette « petite usine » dont on a « du mal à partir », explique le conducteur de banc d'essai.

L'usine n'est pas là où elle est pour rien : à ses débuts on y fabriquait notamment des autorails.

Ancrée sur son territoire à tel point qu'en 2000, quand le maire (PCF) de l'époque (et maire honoraire aujourd'hui) Daniel Davisse a voulu prendre un arrêté pour interdire partiellement et de 22 heures et 6 heures du matin la D 38 aux camions de plus de 7,5 tonnes, il avait mis l'usine dans la boucle. « Ce n'est pas elle qui générait le plus de trafic, raconte-t-il aujourd'hui, mais on avait négocié avec la direction ».

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