L'affaire Christina von Opel a défrayé la chronique à la fin des années 1970, impliquant l'héritière de l'empire automobile allemand dans un vaste réseau de trafic de drogue.
Arrestation et Enquête
Tout a commencé le samedi 2 juillet 1977 à Saint-Tropez. Les policiers du SRPJ, soupçonnant un important trafic de haschisch dans la presqu'île, ont déployé des forces autour de la villa Thalassa, une des luxueuses résidences des Parcs de Saint-Tropez. Après avoir observé des allées et venues tout le week-end autour de la maison, les enquêteurs passent à l'action le 4 juillet.
La perquisition les mène le lendemain à une seconde villa, située dans la campagne du Plan-de-La-Tour. Le petit voilier est là, posé sur sa remorque. Dans la cuisine: une dizaine de sacs plastique renfermant une tonne de haschisch, et encore 100 kilos dans un placard. On y arrête Rahbi Haidar, qui tente de s'échapper par la fenêtre.
Ce que gendarmes et policiers ont mis au jour à l’été 1977, c’est un trafic de résine de cannabis gravitant autour de la villa Thalassa, la luxueuse résidence à Saint-Tropez de Marie-Christina von Opel, petite-fille du fondateur de la firme.
Le Procès et la Condamnation
Deux ans plus tard, le 16 novembre 1979, le tribunal correctionnel de Draguignan condamnait Christina Von Opel et Michael Karg à dix ans d'emprisonnement. Dans cette affaire hors-norme, il n’est pas question de peine capitale.
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Dans ses archives, "La Provence" a conservé des planches de photos argentiques illustrant le procès en appel de Maria-Christina von Opel et huit autres membres d’un réseau de trafic de drogue en 1980 devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence.
Aix-en-Provence, le 18 juin 1980 : le jour de l’appel. Dans la salle d’audience, les regards sont braqués sur Marie-Christina von Opel, héritière de l’empire automobile du même nom. La jeune Allemande de 30 ans, au cœur d’un dossier de trafic de stupéfiants qui éclabousse la jet-set tropézienne, est condamnée à cinq ans de prison - la moitié de la peine de 10 ans qui lui avait été infligée en première instance à Draguignan un an plus tôt.
À ses côtés, un avocat déjà célèbre, qui sera désigné quelques mois plus tard garde des Sceaux par le Président François Mitterrand : Robert Badinter.
Intervention de Robert Badinter et Grâce Présidentielle
Le 13 août 1981, François Mitterrand accordait à Christina Von Opel la grâce présidentielle, sur proposition de Robert Badinter, devenu garde des Sceaux.
Après la nomination de M. Badinter comme garde des sceaux, le 23 juin, le dossier von Opel a de nouveau été évoqué, de même que d'autres affaires, telle celle de Guy Mauvillain, dans lesquelles il était intervenu comme défenseur. Au cours de sa conférence de presse le 9 juillet, M. Badinter avait indiqué, faisant allusion à une éventuelle libération conditionnelle de Mme von Opel, que ses anciens clients, s'ils ne devaient bénéficier d'aucun " favoritisme ", ne devaient pas non plus être traités avec plus de rigueur pour l'avoir eu comme défenseur.
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En application de la grâce présidentielle décidée à l'occasion du 15 août et qui a été signée par M. François Mitterrand, vingt et une femmes - toutes condamnées à des peines d'emprisonnement ne dépassant pas cinq ans et ayant toutes des enfants (le Monde du 13 août) - ont été libérées mercredi 12 août. Parmi elles, Christina von Opel, trente et un ans, mère d'une petite fille âgée de six ans, Vanessa.
Ses avocats présentaient, au contraire, la jeune femme comme une victime. Elle était, selon eux, si malade - droguée et alcoolique - au moment des faits qu'elle ne pouvait en rien être l'organisatrice de ce trafic. Pour ces raisons de santé, elle avait été mise en liberté le 31 mars 1978, avant sa comparution devant le tribunal correctionnel. Elle avait alors été soignée à l'hôpital psychiatrique de Pierrefeu (Var). Depuis sa nouvelle incarcération, après le procès, Mlle von Opel était de nouveau malade et avait considérablement maigri. Ses avocats avaient déposé une demande de libération conditionnelle.
Le Rôle de Gunther Sachs
Le témoignage de M. Gunther Sachs a permis d'achever le portrait de cette jeune femme " fragile, déboussolée, dépassée par les événements ". Grand, élégant, le propos mesuré, le ton posé, M. Sachs, cousin germain de Christina von Opel, appartient à " un autre monde ". " Chris Pupzi ", comme l'appellent ses familiers, n'est pas coupable, elle n'est qu'égarée. Christina a eu une enfance malheureuse, a raconté M. Sachs.
Son père, le baron Fritz von Opel, qui liquida la firme en la revendant à la General Motors, était très sévère. Il l'enfermait dans sa chambre pour lui faire faire des nœuds marins pendant des jours. Christina a perdu, dans un accident de voiture, sa tante, la seule personne qui lui portait de l'affection. Et son père lui aurait dit au moment de cet accident : " Si elle est morte, c'est ta faute. "
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