Au cours de l’année 2023, de nombreux hommages furent rendus à la marque Talbot : Motor Passion d’Avignon en mars et Epoqu’auto en novembre. De nombreux lecteurs d’ABSOLUTELY CARS nous ont demandé un article sur la marque Talbot. Il s’agit de raconter une saga incroyablement tumultueuse ! Ce fut en 1903 qu’apparut, pour la première fois dans le monde de l’automobile, le mot « Talbot », il y a 120 ans. Dans ce premier volet, ABSOLUTELY CARS vous propose une ballade depuis les origines de la marque jusqu’à la mutation de Talbot London en Sunbeam-Talbot.
Les origines de Clément-Gladiator au Pré-Saint-Gervais
Ce fut en 1894, Clément s’associe à la marque Gladiator, représentée en France par Alexandre Darracq et commence à produire des tricycles à moteur. Une nouvelle usine sort de terre à Charleville-Mézières, qui prendra le nom de La Macérienne. A Paris, il fait connaissance avec le fabricant de cycles Truffaut.
En janvier 1897, deux voiturettes Clément sont construites, l’une monoplace l’autre biplace avec un moteur à 2-cyl horizontaux. Presque à la même époque, apparaît un tricycle sous la marque Clément-Bayard, tandis que Clément-Gladiator, au Pré- Saint-Gervais, prépare une série de voiturettes, équipées de moteurs monocylindriques Aster refroidis par air et avec boîte à deux vitesses.
En 1900, les deux sites de Charleville et Levallois sortent 500 voiturettes.
Gustave Adolphe Clément : Un pionnier de l'industrie automobile
Adolphe Clément est un pur autodidacte. Ayant vécu une enfance difficile avec des parents disparus assez tôt et de nombreux petits travaux pour survivre, il se prend de passion pour la ferronnerie, devient apprenti maréchal-ferrant et entame un tour de France au début des années 1870. Il se lance dans les courses cyclistes et commence aussi à construire ses premiers cycles vers 1877, à Lyon puis Paris.
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En 1877, il créa son atelier de fabrication à Lyon sous la dénomination « cycles Clément SA ». En 1878, il ouvrit un grand atelier à Paris (20 rue Brunel dans le 17e arrondissement) et un magasin (31 rue du 4 septembre dans le 2e arrondissement). En 1879, il créa une fonderie en province, à Tulle en Corrèze pour bénéficier de la force hydraulique. Cette dernière fut mentionnée sur les brochures jusqu’en 1906.
En 1886, il devint le plus important constructeur de cycles en France. En devenant le représentant exclusif en France des pneus Dunlop pour cycles - et plus tard, pour automobiles -, il gagne son pari industriel et commercial qui lui rapporte une fortune. Il est nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1894.
En 1890, il acquit pour la France, l’importation des nouveaux pneumatiques Dunlop. Pour cela, il fut contraint d’acquérir 1000 actions d’une livre sterling de la société anglaise. En 1893, la Compagnie française des pneumatiques Dunlop fut créée et une première usine fut construite à Levallois. En 1895, une seconde usine vit le jour, à Argenteuil et les actions Dunlop valurent 100 livres sterling. A Levallois, Gustave Adolphe Clément fit construire le Grand Vélodrome de la Seine inauguré le 27 août 1893.
Gustave Adolphe Clément fut démarché par Charles Henry John Chetwynd-Talbot (1860-1921), Harry John Lawson (1852-1925) et William Harvey du Cros (1846-1918). L’objet de leur entretien fut la constitution d’un groupe franco-britannique portant comme dénomination Clément, Gladiator et Humber Limited. La force de frappe était alors constituée par 5000 ouvriers et cinq usines : rue de Brunel pour Clément, Pré-Saint-Gervais pour Gladiator, Beeston, Coventry et Wolverhampton pour Humber (la société de cycles Gladiator fut fondée en 1891 par Pierre Alexandre Darracq et Paul Aucoc). Gustave Adolphe Clément en fut le directeur entre 1895 et 1903.
En 1897, quelques exemplaires furent produits et vendus en tant que Clément-Gladiator, un bicylindre étant implanté à l’arrière. La même année à Levallois, il fit construire la plus grande usine européenne consacrée à l’automobile.
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En 1901, la puissance de son moteur grimpa de 3,5ch à 700tr/mn à 4,5ch à 900tr/mn et le châssis tubulaire fut abandonné.
En 1902, Gustave Adolphe Clément habilla des châssis (de 1,8m d’empattement) de la Panhard & Levassor 7hp, rebaptisés Clément Rothschild. Le bicylindre Panhard & Levassor de 1654cm³ (90×130) développait 7ch à 700tr/mn. Implanté à l’avant, il était accouplé à une boîte à vitesses 3 rapports.
Marius Barbarou (1876-1956) fut embauché et œuvra pendant 2 ans (entre 1900 et 1902) avant de rejoindre la firme allemande Benz. Il fit de nombreuses études ce qui permit d’abandonner l’implantation arrière des moteurs.
L’usine de Pré-Saint-Gervais continua à faire confiance au motoriste Aster (sa dénomination complète étant Ateliers de Construction Mécanique l’Aster), implanté à Saint Denis près de Paris. Il exerça ses talents entre 1898 et 1910 (des voitures de marque Aster furent produites entre 1900 et 1910). Ses moteurs refroidis par eau étaient plus performants que ceux refroidis par air. Par exemple, le monocylindre de 452cm³ (80×90) développait 2,25ch avec un refroidissement par air, 4ch avec un fluide caloporteur. Le monocylindre Aster de 669cm³ (88×110) refroidi par eau développait 6,5 chevaux. Le régime moteur était compris entre 1000 et 1500tr/mn.
L'évolution des modèles Gladiator
Entre 1902 et 1907, la société du Pré-Saint-Gervais fabriqua des bicylindres. Les moteurs provenaient du motoriste Aster : 1703cm³ (88×140) pour la 10hp, 2251cm³ (105×130) pour la 12hp, 2425cm³ (105×140) pour la 12hp de 1907. Ils étaient accouplés à une boîte à vitesses 3 rapports (4 rapports pour la 12hp de 1907).
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En 1904, sortit une 4 cylindres, la Galdiator 16/20hp dénommée Gladiator 14/20hp au Royaume-Uni. Son moteur Aster avait une cylindrée de 3163cm³ (88×130) et développait 20ch à 1500tr/mn. Il était accouplé à une boîte à vitesses 3 rapports.
La même année, fut construite à un seul exemplaire la Gladiator Grand Prix : 4 cylindres SV de 9236cm³ (140×150) développant 85ch à 1300tr/mn et accouplé à une boîte à vitesses 4 rapports (vitesse maximale de 150km/h, empattement de 2,9m pour une longueur de 4,05m).
La brochure de 1907 (pour l’année-modèle 1908) détaillait les caractéristiques de 7 modèles : les 4 cylindres Gladiator 12hp, 14hp, 18hp, 24hp, 35hp et les 6 cylindres Gladiator 30hp, 50hp. Sur le catalogue de 1909, les 6 cylindres avaient été retirées.
En 1909, la firme putéolienne Vinot & Deguingand, constructeur d’automobiles entre 1901 et 1924, acquit Gladiator, transféra la production des automobiles à Puteaux, poursuivit la fabrication des cycles à Pré-Saint-Gervais jusqu’en 1920.
L’ultime voiture Gladiator fut la Gladiator 12/14hp type P de 1910 équipée d’un 4 cylindres de 2212cm³.
Les marques Bayard, Clément-Bayard, et Talbot
En 1903, Gustave Adolphe Clément quitta Gladiator et ne put momentanément exploiter son nom. Ainsi, les automobiles furent vendues consécutivement sous les marques Bayard, Bayard-Clément, et Clément-Bayard. Aujourd’hui, elles sont toutes communément dénommées Clément-Bayard.
La statue du chevalier Bayard, reproduite en figurine, devient l’emblème de sa nouvelle société. En 1909, il reçoit même le droit d’ajouter le suffixe Bayard à son patronyme.
En 1903, Gustave Adolphe Clément s’associa avec Charles Henry John Chetwynd-Talbot pour créer la Clément-Talbot Limited à Londres. Les voitures se dénommèrent Talbot puisque le nom de Clément ne put être exploité.
En 1905, il s’associa avec Vittorio and Pietro Diatto, petits-fils de Guglielmo Diatto (1804-1864) qui fonda son entreprise à Turin en 1835 et l’orienta vers la production de véhicules ferroviaires et de tramways. Les Diatto-Clément furent fabriquées entre 1906 et 1910 ; les Diatto, entre 1909 et 1929.
Créée en 1906 par Gustave Adolphe Clément à Coventry, la Clément Motor Company compléta la gamme Clément-Talbot entre 1907 et 1914.
Diversification et innovations de Clément-Bayard
En tant que constructeur généraliste au sens noble du terme, Clément-Bayard proposa entre 1907 et 1913 des splendides et exceptionnelles 6 cylindres. En 1910, il fit fabriquer deux séries de moteurs, notamment pour les avions Santos-Dumont Demoiselle.
Adolphe Clément se lance aussi à cette époque dans la production d’avions monoplans et de dirigeables. Le 16 octobre 1910, le dirigeable français souple Clément-Bayard-II (78,50 m de long) est le premier à traverser la Manche, en parcourant en 6 heures le trajet de Breuil-le-Sec (Oise) à Londres (390 km), à la vitesse moyenne de 65 km/h.
Les voitures Clément adoptèrent le moteur avant en 1902. La Clément 6cv, similaire à la Gladiator 6,5hp et vendue jusqu’en 1904, était équipée d’un monocylindre et d’une boîte à vitesses 3 rapports.
Tableau récapitulatif des modèles Gladiator (1902-1907)
| Année | Modèle | Cylindrée | Puissance (hp) | Boîte de vitesses |
|---|---|---|---|---|
| 1902-1907 | Bicylindres | 1703cm³ - 2425cm³ | 10hp - 12hp | 3 rapports (4 pour 12hp en 1907) |
| 1904 | Gladiator 16/20hp (14/20hp au Royaume-Uni) | 3163cm³ | 20ch | 3 rapports |
| 1904 | Gladiator Grand Prix | 9236cm³ | 85ch | 4 rapports |
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