Le Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne a exposé courant 2008 un millier de photos en noir et blanc format carte postale. Ce n'est qu'un petit échantillon d'une collection de plus de 10 000 photos qu'a rachetée la conservatrice Nadine Besse à un particulier.
Les photographes de rue et leurs clichés
Ces clichés ont été pris par des photographes de rue dont on ne connaît pas le nom, qui remettaient aux passants, tout aussi inconnus, un coupon pour venir retirer leurs photographies en différents formats, s'ils le souhaitaient bien entendu. Toutes ces photos ont été prises dans le centre-ville de Saint-Étienne entre 1947 et 1962.
On note, par exemple, qu'à la Librairie Massotier, place de la Liberté à Saint-Étienne, la grande photo standard luxe ne coûtait que 55 frs. On est loin des 130 frs évoqués plus haut. Mais dix ans se sont peut-être écoulés. Et aux Nouvelles Galeries, on pouvait retirer 30 photos standard luxe pour la modique somme de 70 frs. Là non plus, on ne connaît pas l'année.
La vie quotidienne capturée
Il s'agit de personnes seules, de familles, de mères qui portent leurs enfants dans les bras ou poussent la grosse poussette-landeau, de couples, assez rarement (époux ou amants ?), de groupes d'amis ou de parents, des enfants en culottes courtes ou bouffantes, coiffés d'un bonnet, jeunes communiantes en longue robe blanche, missel à la main, vieilles dames et jeunes gens de toutes conditions sociales et de tous horizons. Beaucoup sourient face à l'objectif. Magie de la photographie. A notre époque, il serait certainement beaucoup plus "délicat" de photographier des gens dans la rue sans une autorisation préalable.
La plupart marchent sur les trottoirs, d'autres prennent la pose. Tous semblent avoir apporté un soin particulier à leur tenue vestimentaire pour “ descendre en ville ”. C'est ainsi qu'on dit à Saint-Étienne lorsque l’on se rend en centre-ville. " Et quelque soit la platitude de notre parcours ! Ce patrimoine fragile nous permet par rapprochement de redécouvrir des éléments patrimoniaux de notre ville et de retrouver un certain “ esprit stéphanois ”.
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Elles nous offrent aussi des indices précieux sur la diversité culturelle et sociale des populations locales. On arrive parfois à reconnaître le lieu où a été prise la photographie: marches ou arcades de l'hôtel de ville, jardins de Marengo où manèges et petits chevaux faisaient la joie des "garagnas", avenue de la Libération... On y voit aussi, ce qui n'est plus d'actualité dans notre "désert militaire", un certain nombre de militaires en uniforme, conscrits des casernes stéphanoises, en permission peut-être. Le plus souvent ils posent par groupes de deux ou trois. On note même un "mataf" (marin) avec bachi et pompon.
On distingue à peine des hommes qu'on pense être, à leur teint mat, des travailleurs immigrés. Rien dans leur costume ou sur leur visage ne les distingue d'un Européen. Ces photographies montrent l’élégance de la société stéphanoise. Pas de "pagnots" tout le monde est bien habillé.
L'évolution de la mode à Saint-Étienne
En 1947, d'un bon pas l'allure est distinguée, cheveux longs mais bien coiffés ou chapeautés. Les femmes portent les gants et le sac à main. En 1950, tailleurs cintrés pour taille de guêpe. Après l'adolescence, fini les chaussettes blanches ? En 1952-53, "cols varient mais toujours rendent les femmes jolies". Le temps de confection passe une vitesse grâce aux machines à coudre venues d'Amérique. Les robes imprimées, fleuries, écossaises, à rayure, à pois, égaient les trottoirs.
Dans les années 50, "Vénus" et "Apollon" du sculpteur Belmondo se couchent nus aux abords de la place Jean Jaurès. Si le couple lascif cause quelques émois, le tailleur, lui, reste toujours symbole de bon goût. Et puis revoilou les "zazous" qui affichent une allure décontractée. Et les tee-shirts rayés sont de mise. "J'ai connu la folle ambiance des trottoirs de "zazous" , note sur le livre d'or un monsieur né en 1934. Les femmes, elles, portent la robe-chemise. Le patron de Paris ? 1958 "taille haute mais raisonnable" , précise une des revues de mode de l'époque. Pour les jeunes, à l'aube des années 60, la mode est à l'écossais...
Un jeu-test pour découvrir votre identité stéphanoise des années 50
Parallèlement, le Musée d’Art et d’Industrie proposait une ballade singulière en centre-ville. 13 commerces étaient associés, qui exposaient en vitrine des photographies de la collection. Cinq cartes colorisées ont également été éditées avec chacune au verso une partie d'un jeu-test. Nous vous proposons de répondre aux questions en notant sur un papier la couleur choisie en réponse à chaque question. Vous saurez ainsi quel(le) Stéphanois(e) des années 50 vous auriez pu être.
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Voici quelques questions du jeu-test :
- Vous redoutez plus que tout …
- Le “ coup de grisou ”(1)
- Le “ coup de gandot ”(2 )
- Le coup de soleil
- Place de l’Hôtel de ville, vous applaudissez…
- La grève de 1951 (1)
- La Fête de la Jeunesse (2)
- Le démontage du dôme de l’Hôtel de Ville (3)
- Pour vous, les crassiers du puits Couriot1 sont…
- Une “ montagne de sueurs ” (1)
- Les “ mamelles de Saint Etienne ”
- Une “ poubelle de la mine ”
- Votre prochain achat sera sans doute…
- Une débeloise (1) repérée à la Foire (2)
- Un Tourne-disque électrique Manufrance (3)
- Un appareil photo à manivelle Rex Reflex (4)
- Pour une soirée jusqu’à point d’heure, vous optez pour…
- Mère courage et ses enfants de Bertolt Brecht à la Comédie (1)
- Les vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati au cinéma L’Empire (2)
- Hérodiade de Jules Massenet à l’Eden-Théâtre (3)
- Vous remplissez chaque jour votre panier…
- De sardines en boîtes au Casino libre-service (1)
- De fruits et de volailles au marché des Halles (2)
- De produits du terroir dans une épicerie fine
- Dès que tombent les premières neiges, vous organisez…
- Une bataille de boules de neige dans la cour de votre immeuble
- Une randonnée de ski de fond au Bessat, membre de la S.H.F.(1)
- Un séjour au Grand Hôtel des Alpes de Chamonix
- Quand viennent les congés payés (1), vous profitez…
- Des guinguettes au bord de la Loire
- De votre maison de campagne à Yssingeaux
- Des bains de mer sur les plages de Nice
- Passionné(e) de cyclisme, vous guettez l’arrivée…
- Des écureuils sur les pistes du Vélodrome d’hiver (1)
- Des cyclotouristes de l’As de Trèfle Stéphanois (2) , au col du Grand Bois (3)
- Du Tour de France4 , cours Fauriel, depuis votre balcon
- Vous être sans nulle doute le(a) membre le(a) plus assidu(e)….
- Des baveux de la société du Jeu de l’Aigle (1)
- De l’association familiale laïque de votre quartier
- De la très sélecte société du Grand Cercle (2)
- Il vous arrive de manipuler une arme car vous …
- Chassez le lapin sur la colline de Montreynaud (1)
- Contrôlez la fabrication du M.A.S.49 à la Manu (2)
- Pratiquez la chasse dans la plaine du Forez
- Lorsque la nature vous appelle, vous…
- Cultivez vos tomates dans votre jardin ouvrier (1)
- Flânez dans les jardins à la française de Marengo (2)
- Contrôler vos étangs en Forez (3)
- Habitué(e) d’un grand établissement stéphanois, vous êtes…
- Beauseigne hébergé(e) “ chez Fourchette ” (1)
- Infirmier(e) en chirurgie orthopédique à l’Hôpital Bellevue (2)
- Lieutenant-colonel respecté de la caserne Rullière (3)
- Le chocolat vous fait fondre… Vous craquez pour…
- Une tablette Excella de Casino (1)
- Un ballotin de Malakoffs Pupier (2)
- Une grande boîte Stéphana de Granetias
Si vous avez obtenu un maximum de bleu : Petit-fils / petite fille de mineurs stéphanois, vous partagez le quotidien d’une famille ouvrière des années 1950. Logé(e) dans un modeste appartement deux pièces, dans un quartier populaire de Saint Etienne, vous apprenez à vos enfants des valeurs qui vous sont chères : solidarité, courage, persévérance. Vous savez mieux que quiconque redonner vie aux objets déglingués. La dureté de votre labeur est ...
L'importance de Manufrance dans la mémoire collective
L'objet Manufrance, lié à l'idée d'une compétence spécifique, ne reste-t-il pas ancré dans les souvenirs de nombreux Français. Etienne Mimard, le fondateur de la Manufacture Française des Armes et Cycles, rebaptisée plus tard Manufrance. L'objet Manufrance, lié à l'idée d'une compétence spécifique, ne reste-t-il pas ancré dans les souvenirs de nombreux Français.
La Manu c'est la Manufacture d'Armes, pas Manufrance (ex-manufacture des armes et cycles). Gardant la foi malgré tout, nous pûmes continuer notre modeste fabrication.
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