Les Journées du patrimoine ont connu un beau démarrage à Quimper, attirant un large public vers divers monuments. Parmi eux, le château de Kerivoal, situé à Kerfeunteun, s'est dévoilé pour la première fois à 252 visiteurs.
Le Château de Kerivoal: Une Découverte Historique
Le château de Kerivoal, construit en 1891, n’avait jamais ouvert ses portes dans le cadre des Journées du patrimoine. Deux cent cinquante-deux personnes, qui s’étaient inscrites sur le site de la Maison du patrimoine, ont pu, au bout d’une belle allée boisée, découvrir de près le château de Kerivoal. Le propriétaire, Josig Henriot, en autorisait l’accès pour la première fois. Impossible d’accéder à l’intérieur de la demeure, mais la lecture architecturale de sa façade, ainsi que la balade dans le parc arboré de trois hectares, valaient largement le détour.
Il a donné son nom à la rue du château, à deux pas du manoir des Salles, mais, bien en retrait de la route, il reste méconnu des Quimpérois. Les promeneurs les plus observateurs parvenaient à le deviner, depuis la plaine du Moulin-Vert, quand les arbres se dégarnissent de leurs feuilles, ou bien des hauteurs de la Terre Noire. Samedi matin, plus besoin d’écarquiller les yeux.
Architecture et Propriétaires Successifs
Annaick et Gabrielle, toutes deux guides de la maison du patrimoine, se sont relayées, enrichissant la contemplation des visiteurs d’un exposé riche en détails. Le château de Kerivoal, qui doit son nom à ses deux tourelles, est en fait une maison bourgeoise construite en 1891. Le propriétaire en était Antoine Montluc de la Rivière, un inspecteur des douanes quimpérois. Ses initiales apparaissent d’ailleurs toujours, de nos jours, dans un petit cartouche gravé sur un balcon. À noter qu’à sa construction, le château n’a qu’une seule tour. La seconde ne sera érigée qu’entre 1920 et 1930.
Plusieurs propriétaires successifs vont faire l'acquisition de la belle demeure. Il y aura M. Faye, puis M. Olivier qui va le transformer en logement de fonction pour les cadres de la SNCF. Trente personnes y habiteront ainsi depuis les années 30 jusqu’aux années 60. Le décès de M. Olivier mettra fin à ce bel avantage en nature. Le défunt, fort pieux, léguera la bâtisse, ainsi que le parc de sept hectares, aux frères du Likès.
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Ils se la couleront douce jusqu’en 2001 : le Likès revend le site. Le Logis Breton l’acquiert et fait construire, jusqu’à l’allée de Stang-Vihan, plusieurs lotissements qui empiètent sur les sept hectares du parc. Josig Henriot, antiquaire quimpérois et fils du faïencier Joseph Henriot, en devient propriétaire en 2001 et entreprend d’importants travaux de rénovation.
La Citroën B14 et son Lien avec l'Île Tristan
Et s’il n’ouvrait pas, samedi matin, les portes de sa bâtisse, il avait tout de même sorti des dépendances une magnifique Citroën Caddy B14 datant de 1928. Le vénérable véhicule a une histoire tout aussi picaresque. Il fut acheté en 1928 par M. Mecking pour son épouse, qui n’était autre que la fille du poète Jean Richepin, propriétaire de l’île Tristan, à Douarnenez. Elle passe illico son permis et conduira sa Citroën très souvent sur l’île Tristan. Le véhicule sera stocké, sur cale, dans un garage, à Douarnenez, jusqu’à ce que Josig Henriot la découvre.
Il la fait réparer, entièrement recarrosser, et repeindre couleur crème au lieu du rouge d’origine. C’est sa fille Ludivine, férue de mécanique, qui la conduit désormais. Elle la détaillait amoureusement aux visiteurs, samedi matin : « Elle a un châssis bois, ce qui explique qu’elle pèse entre 1,6 et 1,8 tonne. Elle a un moteur de 10 CV. Elle allait à 120 km/h dans les années 20. Elle ne va plus qu’à 80 aujourd’hui », précise-t-elle, rappelant que sa Citroën a fait partie, pendant 20 ans, du tour de Bretagne des véhicules anciens.
L'Implantation de Citroën en Bretagne
L’automobile est aujourd’hui la principale industrie en Bretagne, grâce notamment à Citroën qui s’est implanté à Rennes à partir des années 1950. Une décentralisation industrielle réussie, grâce notamment à une main d’œuvre d’« ouvriers-paysans » recrutés dans les campagnes de haute Bretagne. Fondé en 1919, le groupe Citroën sort relativement épargné de la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle son outil de production a été épargné et ses ingénieurs ont continué à travailler.
En 1948, ils sortent ainsi un nouveau véhicule, la 2 CV qui va connaître un succès suivi fulgurant, suivi, dans les années 1950, par celui de la DS. Les usines Citroën sont alors concentrées dans la région parisienne, mais elles peinent à assurer la production. L’entreprise décide de créer de nouvelles usines. Les dirigeants vont ainsi choisir d’implanter à Rennes une première unité de production de roulements à bille et de pièces de caoutchouc. Les salaires y sont effet de 25 à 30 % plus bas qu’en région parisienne, ce qui amortit considérablement les coûts d’acheminement de ces pièces vers les chaines de montage parisiennes. L’usine de la Barre-Thomas, route de Lorient, ouvre ses portes en 1953 et embauche rapidement mille cinq cents ouvriers.
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La Création de l'Usine de la Janais
Dans le courant des années 1950, les ingénieurs de Citroën créent un nouveau véhicule grand public, l’AMI 6, pour lequel il est décidé de créer une usine dédiée. Les dirigeants de l’entreprise souhaitent l’implanter dans la région parisienne mais le gouvernement de la Quatrième république vient de prendre les premières mesures en faveur de l’aménagement du territoire et des décentralisations industrielles.
Un samedi de juillet 1958, Antoine Chatel, jeune maire de 26 ans de Chartres-de-Bretagne, a eu la surprise de voir une demi-douzaine de DS sa garer devant son domicile et d’en voir sortir Pierre Bercot, PDG de Citroën, venu lui annoncer que sa commune avait été choisie pour l’implantation d’une usine d’automobile. Les terrains avaient été sélectionnés, dans le plus grand secret, sur clichés aériens… Le lieu dit la Janais (« le champ d’ajonc » en gallo) se prêtait bien à cette installation. Il était en effet situé près de la voie de chemin de fer Rennes-Quimper et dans le prolongement de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, une zone peu urbanisée.
Pendant plusieurs mois, Antoine Chatel va s’atteler à convaincre la trentaine de propriétaires avant que les travaux ne démarrent au début de 1959. Une entreprise pharaonique qui va mobiliser pendant plusieurs mois des milliers d’ouvriers. Trois mille arbres sont ainsi abattus et près de cinq cent mille mètres cubes de terre sont déplacés… La première 4x4 voie bretonne, la rocade sud de Rennes est édifiée dans la foulée.
Conséquences Socio-Économiques
Si elle est synonyme de croissance économique, l’implantation d’une usine moderne d’automobiles est une source de profonds bouleversements pour un territoire. La principale difficulté pour le constructeur réside dans le recrutement de plusieurs milliers d’ouvriers. Pendant les Trente Glorieuses, les constructeurs français ont habituellement eu recours à l’immigration, notamment depuis l’Afrique du Nord, pour répondre à ces besoins. Sauf dans le cas de Rennes, où Citroën a choisi d’employer essentiellement des ruraux de haute Bretagne.
Citroën a rapidement mis en place un réseau très dense de ramassage en bus dans les campagnes rennaises, jusqu’à Ploërmel dans le Morbihan. De nombreux paysans, possédant des fermes modestes, ont été attirés par la perspective d’un emploi fixe dans la nouvelle usine, leur procurant ainsi un complément de revenus à leurs activités agricoles. Citroën a donc trouvé une main d’œuvre abondante et motivée. Cette population d’ « ouvriers-paysans » a longtemps constitué l’une des originalités du secteur automobile breton.
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Implanté depuis maintenant un demi-siècle à Rennes, Citroën continue d’ailleurs d’embaucher dans tout le bassin rennais. Avec la Défense, l’automobile est aujourd’hui l’une des principales industries bretonnes, employant, outre l’usine de la Janais, des milliers de salariés dans la sous-traitance. Ce secteur continue de contribuer au développement économique de la Bretagne contemporaine.
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