Des livres sur Citroën, il y en a plein, sur des modèles en particulier, sur l’histoire de la marque. Forte de son patrimoine quasi-centenaire de plus de 300 modèles dont certains ont marqué à jamais l'industrie automobile, Citroën est inscrite dans le cœur de chaque Français. La marque Citroën fête son centième anniversaire cette année. L’occasion de rappeler cette histoire forte et de célébrer des modèles emblématiques de la marque aux deux chevrons.
Mais « Malafosse-Giraud, Histoire d’Un Garage Citroën en Lozère » est à part puisqu’il revient uniquement sur l’histoire d’un garage reculé, qui a connu une très belle histoire. C’est Matthieu Turel, journaliste au Parisien qui signe ce livre sorti il y a quelques semaines tout juste. Ce livre, qui est tout sauf un catalogue raisonné, offre un ou plusieurs bons moments qui permettent d’aller à la rencontre du monde de la vente et de la réparation automobile mais aussi de la marque aux chevrons.
L'histoire d'un garage en Lozère
Pour la rédaction d’un précédent ouvrage, Matthieu a rencontré les propriétaires d’un garage de Lozère. Né Malafosse et devenu Giraud, celui-ci a en effet accueilli les hommes et les machines de la Croisière Jaune. Et ils en avaient gardé de nombreuses archives. C’est donc ceci qui va nous être raconté. Pas besoin de romancer, l’histoire est belle. En plus de raconter l’histoire des hommes, et des femmes, de la famille qui le tint, il permet aussi de suivre l’histoire de Citroën. On y découvre l’accueil des nouveaux modèles, des anecdotes, et surtout une belle « success-story » qui dure de 1925 à 2011 !
À première vue, on peut paraître sceptique tant le thème du livre peut sembler restrictif. Pourtant c’est une vraie histoire qui est racontée. D’abord que l’histoire automobile, ce n’est pas QUE les constructeurs et les autos. Ce sont aussi ces garagistes qui permirent à la France de se motoriser. Ensuite que même dans le département moins peuplé de France on aimait l’automobile. La liste des modèles de prestige, de niche ou sportifs (Méhari 4×4, CX GTI, etc) qu’ont vendus les Malafosse-Giraud est impressionnantes. Enfin que même les petites histoires sont passionnantes.
Avec un vrai goût de « Reviens-y », ce livre accessible à tous permet de se faire plaisir et de vagabonder sur les routes de Lozère en Rosalie, en Traction, en DS, en Ami6 ou même en… GS sans avoir à quitter son fauteuil ou son bureau. Et ça c’est très bien. Avec 128 pages, un format à l’italienne (24 x 16 cm) et de nombreuses photos et un prix raisonnable de 16.95€ on profitera au mieux du livre écrit par Matthieu Turel.
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Le développement du réseau Citroën
Chez Citroën, le patron qui a un sens aigu des affaires et du marketing sait que le développement de son entreprise automobile passe par le bouche à oreille, de la réclame mais aussi par un réseau de vendeurs implantés partout en France. C’est pour cela et pour ne pas se laisser distancer par les autres constructeurs nationaux, qu’André Citroën envoie dans les départements, « les petits pays » des inspecteurs en charge de vendre le panneau Citroën et de recruter des garages. Ceux-ci auront la tache de vendre des Type A, puis des Type C, de les entretenir (oui il faut vendre de la pièce et de l’huile !) et de fidéliser les acheteurs. C’est ce que Matthieu Turel, agréable plume du Parisien et amateur/connaisseur de Citroën va nous proposer au fil des pages d’un livre qui est bien plus une histoire humaine et automobile qu’un froid inventaire des événements de la vie d’un concessionnaire.
En 1922, Paul Malafosse signe avec Citroën son premier contrat pour vendre des véhicules de la marque dans son garage installé à Meyrueis. Le courant passe entre la firme du Quai de Javel et son vendeur perdu dans le département le moins peuplé de France. Au fil du livre, on découvre que le garage avait le statut de concession alors que la ville, pour ne pas dire le bourg, de Meyrueis ne comptait que 900 habitants. A travers les 128 pages et les documents rassemblés par l »auteur, on voyage dans le temps, parfois révolu, et c’est une aventure familiale sur 3 générations de « citroënistes » que l’on vit entre 1922 et les premières décennies du XXIeme siècle.
Matthieu Turel nous apprend notamment comment dans cette région « rude et reculée, le prix de l’essence était fixé par l’Etat jusqu’au milieu des années 80 ou comment les véhicules neufs étaient acheminés, non pas par la route et les camions porte-autos, mais par la route depuis la région parisienne ou par le rail jusqu’au garage. L’histoire racontée est celle d’une entreprise familiale qui aurait pu fêter ses 100 ans en 2022 si elle n’avait pas été vendue il y a quelques années. Elle permet d’apprécier un siècle de transformation de la profession de garagiste qui a accompagné les mutations économiques, sociétales et automobile au XXème siècle et au début du XXIème.
André Citroën et son approche du marketing
Ingénieur de génie, il innove en s’inspirant du fordisme,modèle d’organisation et de développement d’entreprise développé et mis en œuvre dès 1908 par Henry Ford. André Citroën a également un grand sens du marketing. Il n’hésite pas à utiliser tous les moyens modernes de son époque pour faire connaître Citroën : en 1922, un avion écrit le nom de Citroën dans le ciel en ouverture du salon auto de Paris, en 1925, pour l’exposition des Arts décoratifs de Paris, il habille la Tour Eiffel avec le nom de sa marque, qui brille au-dessus des toits pendant presque dix ans. Il invente aussi les caravanes Citroën. A une époque où les moyens publicitaires étaient moins évolués que maintenant, quelle meilleure publicité que d’amener le produit directement auprès du consommateur ? C’était le but des caravanes Citroën. Faire le tour de France avec toute la gamme pour la présenter jusqu’au plus lointain des clients !
En 1985, l’annonce de la démolition du garage Citroën de la rue Alfred-Riom, fleuron du patrimoine industriel du 20e siècle, va provoquer un important mouvement de contestation. En vain. Quand André Citroën s’établit à Nantes en 1925, c’est l’âge d’or des voitures de luxe. La France est le pays le plus motorisé d’Europe. La grande industrie a profité de l’effort de guerre et Citroën, reconverti dans la construction d’obus, revient à l’automobile, adoptant les chaînes de montage en vogue outre-Atlantique.
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André Citroën porte une grande attention aux lieux de vente, qui doivent être des vitrines de la marque. Il dispose pour cela d’un service d’architecture intégré, dirigé par l’architecte d’origine nantaise Maurice Ravazé (1885-1945). Pour sa succursale - on dit aussi « concession » - de Nantes, la société fait le choix d’une double implantation. Le magasin central d’exposition est aménagé place Graslin, à l’angle de la rue Gresset, au rez-de-chaussée d’un immeuble fin 18e siècle entre la Cie générale transatlantique et les grands cafés animés.
Pour son grand garage, Citroën opte pour un quartier un peu excentré, le quartier Lamoricière, décrit dans un rapport comme « habité bourgeoisement, ne disposant d’aucun garage et voisin d’un quartier riche et très commerçant ». Rue Alfred-Riom, sur l'emplacement de l'ancienne usine Lotz, Maurice Ravazé réalise en 1925 une façade d’esprit « Art Déco » qui fait office de tampon entre la rue et la vaste halle industrielle à structure métallique de 3 400 m2 au sol qui forme l’essentiel du garage. Les cent cinq mètres de cette façade sont rythmés avec élégance par dix arcades monumentales réparties de part et d’autre du fronton de l’entrée principale. Au rez-de-chaussée, on trouve des salles d’exposition et de vente, le magasin de pièces détachées, des aires de stockage, de réparation rapide et de lavage.
Changement d’époque… Au milieu des années 1980, Citroën quitte les abords du centre-ville pour la route de Vannes. La municipalité est alors en pleine révision du Plan d’occupation des sols. En donnant son feu vert à la démolition, la nouvelle équipe remet en cause les choix de la municipalité précédente qui avait repéré le garage comme bâtiment d’intérêt architectural à préserver. La mairie n’a pas non plus tenu compte de l’avis défavorable de l’Architecte des bâtiments de France.
En avril 1986, les deux recours sont retoqués. L’ANDE (Association nantaise de défense de l’environnement) reprend alors le flambeau et demande à son tour le sursis à exécution du permis de démolir, « une décision entachée d’illégalité destinée à satisfaire les intérêts particuliers d’un promoteur immobilier, qui tirerait le meilleur profit d’un terrain aussi bien placé, en bradant le patrimoine des Nantais ». Cette fois, la demande est acceptée. En mars 1987, le tribunal administratif se réunit en assemblée plénière pour examiner la requête de l’ANDE. Les avocats de la mairie et de la Socafim rivalisent d’éloquence pour dénigrer le garage de Ravazé, « vulgaire hangar métallique sur lequel on a plaqué une façade » et « bâtiment en très mauvais état qui ne s’intègre plus dans l’environnement d’un quartier résidentiel ».
Début juin, c’est la mise à mort. Soixante-deux ans après sa construction, le garage Citroën est livré aux démolisseurs. Une boule de deux tonnes s’attaque à la façade. Ironie de l’histoire, en avril 1989, le Conseil d’État annulera la décision du maire de Nantes autorisant la démolition. Non motivée, cette décision était dès lors entachée d’illégalité. Amère victoire pour les associations.
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Les dates clés de Citroën
Voici quelques dates clés de l'histoire de Citroën :
- 1919 : André Citroën conçoit la Type A, première voiture française construite en grande série et montée de pneus Michelin.
- 1921 : André Citroën crée des stocks de pièces de rechange dans toute la France et se fait connaître à l’étranger où 3000 véhicules sont exportés.
- De 1925 à 1934 : Citroën écrit son nom sur la Tour Eiffel. Fernand Jacopozzi installe des lettres lumineuses de 30 m de haut.
- 1935 : Michelin reprend Citroën, son usine et ses 25 000 salariés.
- 1955 : La DS 19. Traction avant, un événement qui ouvre une ère nouvelle dans l’histoire de l’automobile.
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