La conduite est une tâche complexe qui exige de bonnes capacités physiologiques et cognitives. On sait que 90% des informations nécessaires à la conduite passent par la vision et que 20% des accidents de la route sont causés par un défaut de vision. La conduite est certainement l’activité qui sollicite le plus nos yeux.
La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est aujourd’hui la première cause de malvoyance dans les pays industrialisés. Elle est souvent asymptomatique, découverte lors d’un examen ophtalmologique de routine.
Vision et conduite: points essentiels
Différentes fonctions de l’œil entrent en jeu :
- La vision de loin permet d’identifier les obstacles, lire les panneaux
- La vision de près sert à distinguer les indications du tableau de bord
- La vision binoculaire permet d’apprécier le relief, les distances et donc la vitesse
- La vision latérale et champ visuel aide à surveiller ce qui se passe sur les côtés tout en regardant devant soi
Myopie, astigmatisme et autres pathologies peuvent altérer votre vision et avec l’âge, l’œil montre des signes de fatigue. Il est donc important, même si vous êtes jeune, de faire contrôler votre vue régulièrement.
On distingue différentes pathologies de la vision liées à l’âge :
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- La presbytie : elle se traduit par des capacités d’accommodation « loin / près » beaucoup moins rapides. Elle est inévitable avec les ans, mais peut être corrigée.
- Le glaucome : cette maladie est caractérisée par une augmentation de la pression du globe oculaire. Au début, elle n’entraîne aucune douleur ni aucun trouble de la vision. Et lorsqu’elle se manifeste enfin, elle a déjà occasionné des atteintes irréparables du champ visuel. Seul moyen de prévention : faire surveiller sa tension oculaire et vérifier son champ visuel à partir de 40 ans. On estime qu’une personne sur deux ignore qu’elle est atteinte d’un glaucome.
- La DMLA (Dégénérescence maculaire liée à l’âge) : cette maladie dégénérative de la macula, partie centrale de la rétine, frappe 1 personne âgée sur 4. Elle se développe, sans se manifester, à partir de 50 ans et les premiers symptômes n’apparaissent que lorsqu’elle est déjà à un stade évolué et que la vision centrale est déjà altérée. Là encore, la meilleure prévention consiste à se faire dépister le plus tôt possible.
Facteurs de risque de la DMLA
Les antécédents familiaux constituent la cause principale, à côté de l'âge. D’autres facteurs de risque reconnus sont le tabagisme, l’obésité, un régime alimentaire pauvre en oméga 3 ou riche en graisses saturées, tout comme l’exposition au soleil (lumière bleue) dans l’enfance, alors que le cristallin est encore parfaitement transparent.
Diagnostic et traitement de la DMLA
La DMLA peut rester longtemps asymptomatique, en particulier au stade précoce de maculopathie liée à l'âge et elle est ainsi souvent diagnostiquée à l'occasion d'une consultation ophtalmologique de routine.
Au stade précoce, le patient doit bénéficier d’une surveillance ophtalmologique régulière (une à deux fois par an), et d’une autosurveillance (concernant notamment les métamorphopsies). L'arrêt du tabac est recommandé. Au stade intermédiaire, outre le suivi régulier annuel ou bisannuel et l’arrêt du tabagisme, l’aménagement du domicile pour limiter le risque de chutes est conseillé. Dans la DMLA avancée exsudative (ou humide ou néovasculaire), le recours aux anti-Vascular Endothelial Growth Factor (VEGF) en injections intravitréennes stabilise et améliore la vision, sans toutefois guérir la maladie.
DMLA et aptitude à la conduite
La diminution de l’acuité visuelle entraine la baisse de la vitesse de réaction. La majorité des problèmes de vue sont pourtant mineurs (myopie, presbytie, hypermétropie, astigmatisme). Dans ces cas là, il est possible de conduire en toute sécurité avec des lunettes de vues adaptées. Sauf que pour certains, la déficience visuelle est bien plus sévère (Cataracte, Glaucome, dégénérescence maculaire liée à l’âge, Opacités cornéennes, Trachome, Rétinopathie diabétique, etc.). Des problèmes de vue qui obligent, en fonction du niveau de gravité, d’arrêter de conduire.
En France, c’est l’arrêté du 21 décembre 2005 qui définit la liste des contre-indications médicales (et donc visuelles) relatives à l’obtention ou le maintien du permis de conduire. Il est stipulé dans cet arrêté du 21 décembre 2005 que la conduite n’est pas compatible avec la déficience visuelle si la vision est inférieure à 5/10 à l’épreuve d’acuité binoculaire (en utilisant les deux yeux ensemble). Concernant le champ visuel, vous devez pour pouvoir conduire avoir un champ visuel supérieur à 120° en horizontal, et 60° en vertical, avec les deux yeux. Concernant la conduite de nuit, l’absence de vision nocturne est incompatible.
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De nombreuses personnes atteintes de DMLA continuent de conduire. Mais le texte réglementaire sur la conduite du permis B précise qu’en dessous d’une acuité visuelle de 5/10 et dès lors que les 40 degrés centraux du champ visuel sont atteints par un scotome, il y a inaptitude à la conduite.
Les patients ayant une DMLA peuvent conduire s’ils le souhaitent, mais s’ils satisfont à la législation.
Conseils et adaptations
Par grand soleil, vous pouvez être ébloui. Les jours de neige, de pluie ou de brouillard, les contrastes sont moins importants et moins évidents. La nuit, c’est le manque de contraste qui rend difficile voire impossible la conduite de nuit. On a souvent tendance à l’oublier, mais un pare-brise rayé, des rétroviseurs mal réglés ou des phares trop vieux ou simplement sales sont aussi des causes de gêne lorsque l’on conduit.
Pour améliorer le confort visuel et la sécurité, plusieurs solutions existent :
- Les lunettes de soleil : Contre les éblouissements du soleil, rien de mieux que de porter des lunettes de soleil adaptées à votre vue.
- Les verres antireflets : Il existe des verres antireflets traités à l’avant et à l’arrière. Une étude (de Ross) a démontré que l’éblouissement est sensiblement diminué grâce aux traitements antireflets.
- Les lunettes anti-éblouissement : De couleur orange, les lunettes anti éblouissement filtrent les composantes bleues de la lumière visible et bloquent une grande partie de la lumière énergétique. Ce sont les lunettes qui permettent le plus de réduire l’éblouissement.
- Les lunettes de conduite de nuit : Pour la conduite de nuit, des lunettes avec filtres existent. Ces lunettes utilisées en basse vision, permettent d’améliorer la perception des contrastes. Le filtre orangé de ces lunettes de conduite de nuit est particulièrement indiqué pour les personnes ayant une grande sensibilité à la lumière et une mauvaise adaptation à l’obscurité.
Alternatives à la conduite
Les transports en commun peuvent limiter le désavantage de ne plus pouvoir conduire. Prendre le bus, le tram, le métro, le train ou l’avion, est souvent plus long. Mais les transports en commun sont aussi plus économiques et surtout le moyen le plus sûr d’arriver à destination sans problèmes, lorsque l’on est atteint d’une déficience visuelle. Les collègues, la famille, les auxiliaires de vie ou les transports spécialisés sont aussi des solutions qui existent pour se déplacer sans avoir à conduire.
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Surveillance et Responsabilité
Si vous conduisez encore, consultez fréquemment un ophtalmologiste, surtout après 45 ans où les maladies dues au vieillissement commencent à apparaître. Au cours du temps, vos capacités visuelles fluctuent. Ces fluctuations physiologiques peuvent modifier votre capacité à conduire. C’est pourquoi il est important de consulter régulièrement un ophtalmologiste.
Soyez responsable, ne prenez pas de risques inconsidérés, et n’en faites pas courir aux autres que vous croiserez sur la route. N’oubliez pas que le champ visuel décroît d’autant que la vitesse augmente.
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