La Mercedes-Benz W108-W109 marque aussi la naissance d’une nouvelle série qui ne se nomme pas encore Classe S. À partir de ce modèle, la gamme haute et la gamme basse du constructeur souabe font l’objet de deux modèles clairement distincts à la différence des séries « Pontons » et « Fintails ».

Genèse et Design

La précédente classe S, apparue en 1959, et se caractérisant par ses « ailerons » à la mode américaine a assez vite vieilli. C’est ainsi que le Français Paul Bracq sera chargé de redessiner les conduites intérieures haut de gamme. Le styliste réussit son pari en imposant des lignes épurées qui font paraître beaucoup plus fine l’imposante voiture mesurant pourtant 4,90 m.

La W108 est une évolution de la W111 et qui en reprend les codes stylistiques pour la partie avant, en les combinant avec ceux du cabriolet et du coupé pour la partie arrière. La W108 (d'un empattement de 108 pouces) est toutefois plus basse de plusieurs centimètres que la W111, plus large et offre une surface vitrée accrue.

Dans un entretien publié par Auto Retro en 1994, Paul Bracq expliquait que, pour dessiner la 108, son idée de départ avait consisté à « transformer le coupé de la génération antérieure en berline à quatre portes ». Aux orties, donc, les fameux ailerons, tandis que l’abaissement de la ceinture de caisse, au profit des surfaces vitrées, autorisait une luminosité exceptionnelle.

Lancement et Évolutions

Essayée tant sur les pistes de l’usine, avec une impressionnante série de crash-tests (Mercedes fait figure de précurseur à l’époque), que sur la route, notamment en Afrique, la nouvelle génération de berline reçoit la désignation interne W108. C’est logiquement le salon de Francfort qui en a la primeur, en septembre 1965. Trois versions sont proposées : 250 S à carburateur, 250 SE à injection (en langue de Goethe, einspritzung d’où le E) et 300 SE.

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Elle est présentée en 1965 avec deux variantes : la 250 S/SE qui partage son moteur avec le roadster 250 SL W113 (ici en 230 SL), la 300 SE qui récupère le 3 litres de son aînée, la 300 SE W112, lui-même récupéré sur la 300 Adenauer.

En novembre 1967, la gamme est remaniée. La 250 SE et la 300 SE disparaissent et laissent la place à la 280 S/SE/SEL. Le moteur de la 250 S a été encore une fois réalésé, jusqu'à parvenir aux côtes maximales. Ce moteur appelé M130 est également partagé avec la 280 SL et la nouvelle série W114. La cylindrée parvient alors à 2778 cm3 et la puissance augmente à 140 ch avec deux carburateurs et même 160 ch avec l'injection mécanique. La vitesse de pointe grimpe à 193 km/h pour la 280 SE (0 0 100 km/h en 10,5 s) et 185 km/h pour la 280 S (0 à 100 km/h en 12,5 s). La 300 SE disparaît et seule la 300 SEL subsiste, mais avec le moteur M130 de la 280 SE.

En janvier 1968, au salon de Bruxelles, apparaît un nouveau moteur 6 cylindres 2,8 litres (les 250 deviennent donc Mercedes 280 SE et S), toujours à simple arbre à cames en tête, mais profondément remanié au bénéfice de la fiabilité.

Au cours de l'année 1969, la 250 S disparaît du catalogue en mars et les 280 S, 280 SE, 280 SEL peuvent recevoir une boite à 5 rapports à partir du mois de mai. On note au passage que Mercedes proposait gratuitement de transférer la commande de boite du volant au plancher. En septembre, la 300 SEL à moteur 2.8 est supprimée pour laisser place à la 300 SEL à moteur V8 de 3.5 litres (200 ch, 200 km/h). Au passage, le capot est discrètement retouché pour pouvoir accueillir le V8 (modèle photographié dans l'Eure).

C’est donc en mars 1971 que la 280 SE 3.5 fut présentée, un an et demi après que la 300 SEL 3.5 ait fait son apparition. D’une cylindrée exacte de 3 499 cm3, l’appareil, codé M116 en interne, n’avait guère de leçons à recevoir en matière de raffinement.

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En avril 1971, la 280 SEL ne peut plus accueillir le 6 cylindres de 2.8 litres, ce qui implique la suppression de la 300 SEL 3.5. Le V8 est aussi disponible dans la 280 SE.

Caractéristiques Techniques

Coté châssis, les trains roulants reprennent les principes des séries précédentes, avec cependant un nouveau compenseur hydraulique sur le fameux train arrière à essieu brisé et des freins à disque sur les 4 roues.

Techniquement, ce nouveau modèle reprend la plate-forme et les trains roulants de la génération d’avant ainsi que le moteur six cylindres trois litres.

La liste des équipements fournis sur commande est plutôt longue: boîte automatique, climatiseur, lève-vitre électrique, toit ouvrant électrique, verrouillage centralisé, accoudoir central avant formant une sixième place, sièges “orthopédiques“, sellerie en simili Tex ou tout cuir, sans oublier un large choix de teintes et de fournitures. Sans supplément le choix d’un sélecteur au plancher au lieu de la commande traditionnelle au volant demeure aussi possible.

Les différentes versions de la série W108-W109 font aussi apparaître une complexité alors jamais vu dans la gamme Mercedes-Benz. Ainsi les appellations 250, 280 et 300 ne correspondent pas toujours aux cylindrées des moteurs. De même, il n’est pas possible de scinder la série en supposant que les versions 300 reçoivent une suspension pneumatique puisque la version 300 SE n’en dispose pas. Enfin, les versions SEL n’indiquent pas forcément « Lang » pour longue.

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Certaines versions peuvent recevoir des doubles phares ronds verticaux qui sont montés d’origine sur les versions américaines et sur la 300 SEL 6,3.

Fiche technique (280 SE) :

  • Moteur : 6 cylindres en ligne, essence
  • Emplacement : longitudinal, avant
  • Puissance fiscale : 16 CV
  • Cylindrée : 2778 cm3
  • Alésage x course : 86,5 x 78,8 mm
  • Taux de compression : 9,5:1
  • Vilebrequin : 7 paliers
  • Puissance maximale : 160 ch à 5500 tr/min
  • Couple maximal : 24,5 mkg à 4250 tr/min
  • Distribution : arbre à cames en tête
  • Nombre de soupapes : 12
  • Alimentation : injection mécanique Bosch
  • Type de transmission : propulsion
  • Boite de vitesses manuelle à 4 rapports
  • Direction à recirculation de billes (3,2 tours)
  • Suspension av : roues indépendantes type McPherson, doubles triangles, barre stabilisatrice, ressorts hélicoïdaux
  • Suspension ar : essieu semi-rigide, bras radiaux, ressorts hélicoïdaux
  • Longueur : 490 cm
  • Largeur : 181 cm
  • Hauteur : 144 cm
  • Empattement : 275 cm
  • Voie av : 148,2 cm
  • Voie ar : 148,5 cm
  • Pneus av : 185 HR 14
  • Pneus ar : 185 HR 14
  • Freins av : disques (273 mm)
  • Freins ar : disques (279 mm)
  • Vitesse maximale : 193 km/h
  • 0 à 100 km/h : 10,5 s
  • Capacité du réservoir : 82 litres
  • Consommation moyenne : 10,5 l/100km
  • Volume du coffre : 610 litres
  • Poids : 1495 kg

La 300 SEL 6.3

À partir de la W108-W109, Mercedes-Benz inaugure aussi la tradition d’une version berline porte drapeau de la marque. Ainsi, la Mercedes-Benz 300 SEL 6,3 apparaît en mars 1968. Elle est équipée du moteur et de la transmission de la Mercedes-Benz 600.

Quelques semaines plus tard, au salon de Genève 1968, la surprise est totale: Mercedes a osé placer un gros V8 de 6,5 litres dans la 300 SEL (L pour version longue). Avec 250 ch et un couple phénoménal, les accélérations sont du niveau de certaines GT de haute volée: 6,5 secondes pour passer de 0 à 100 km/h, avec une vitesse de pointe délibérément limitée à 220 km/h.

Réglons immédiatement le cas de la 300 SEL 6.3 : il s’agit, substantiellement, d’un cas à part, avec son moteur de 600 autorisant un niveau de puissance bien plus redoutable encore - et qui fera prochainement l’objet d’un article à elle tout entier consacré.

Fin de Production et Héritage

La production de la W108 cesse en novembre 1972. Grâce à sa ligne, ses performances, son confort, elle assoit la réputation de Mercedes dans le secteur du haut de gamme. 50 % plus chère qu'une Citroën DS 21 Pallas, qui est le modèle le plus cher et le plus haut de gamme en France, elle trouve une clientèle d'hommes d'affaires, de profession libérales ou de chef d'entreprise qui la plébiscitent pour son allure, son confort et son agrément. Même si elle n'est pas classée comme telle, elle fonde la racine de la future Classe S qui signifie tant actuellement. La suivante, la W116 aura à coeur de porter le flambeau encore plus haut.

C’est ainsi sans grandes modifications, si ce n’est l’apparition de V8 plus petits (3,5 et 4,5L), que les W108 continueront leur carrières jusqu’en 1972 avec un production totale de 383 000 exemplaires.

La W108 a été produite à 364 699 exemplaires auxquels il faut ajouter 18 662 W109.

Appréciation et Marché Actuel

Très bien accueilli par la presse tant pour ses apparences cossues que pour ses performances, la grande Mercedes prend un très bon départ commercial. En France notamment, elle séduit nombre de chefs d’entreprises et nombres de professions dite libérales. Il faut dire que la construction nationale ne leur propose alors rien au dessus de la Citroen DS 21 Pallas à 16 935 F, en particulier aucune auto à 6 cylindres. Les berlines Mercedes coûtent de 26 000 à 36 500 F.

Si les coupés et cabriolets furent arrêtés dès le mois de juin 1971, les berlines ont perduré jusqu’à l’été 1972, à la veille de la présentation de la Classe S W116.

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