Le candidat de la droite à l'élection présidentielle d'avril 2017 adore les courses de voitures, une passion qu'il ne renie pas en tant qu'homme politique, bien au contraire.

Un homme politique auto-centré

C'est un fait, François Fillon roulera pour la droite lors de la prochaine élection présidentielle. Mais il roulera toujours dans sa vieille Peugeot 306 S16, comme il le rappelle parfois en interview. Le vainqueur de la primaire a toujours assumé son penchant pour la course automobile, y compris quand il était Premier ministre. Pendant la campagne, sa passion a encore pris beaucoup de place. Portrait d'un candidat auto-centré.

Des métaphores automobiles

C'est plus fort que lui, dès qu'il prend la parole, François Fillon semble prêt à enfiler un casque et à passer la première. Dans ses discours s'immiscent des références au sport auto, comme dimanche soir, lorsqu'il se disait fier de "tracer (sa) route avec (son) projet, (ses) valeurs".

Depuis qu'il est candidat à la primaire, le Sarthois compare cette élection à "une course d'endurance", comme les 24 Heures du Mans dont il est un fan absolu. Avant de battre Alain Juppé au second tour, il parlait d'une campagne qui "se termine sur les chapeaux de roues". Le candidat de droite peut aussi prendre directement le volant comme lors de cette séquence tournée il y a un an et demi dans l'émission TopGear. L'occasion de découvrir un Fillon déridé, voire hilare, par moments face aux caméras. Une vidéo collector.

Des anecdotes révélatrices

Au moins deux fois, l'ancien Premier ministre s'est comparé à Jacky Ickx pendant cette campagne. Le 21 novembre tout d'abord, puis dimanche soir, juste après l'annonce des résultats. "Au début de la course des 24 Heures du Mans 1969, Jacky Ickx part le dernier... Et le dimanche à 16 heures, il franchit la ligne d'arrivée le premier", savourait Fillon, tout fier de son remake personnel du Lièvre et la Tortue. A l'époque, personne n'aurait misé sur le pilote belge, vice-champion du monde de F1 la même année. Mais il a finalement remonté une à une les places au classement, pour s'imposer avec 120m d'avance sur le deuxième.

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Il y a quelques semaines, il avait aussi parlé "voitures" sur le plateau de Dimanche en Politique sur France 3. Invité à présenter une image "instantanée", le candidat LR avait sorti un cliché du dernier prototype Renault électrique. "Il s'appelle le Trésor. Je l'ai choisi parce qu'on va vivre une révolution dans le domaine de l'automobile. Elle va être électrique, connectée, autonome, c'est un changement radical. Mais je préfère encore les voitures avec les vrais moteurs." Comme la R5 Alpine de sa jeunesse peut-être? Oui, la même qu'il a précipitée dans un ravin en Espagne, dès le deuxième jour de son voyage de noces, comme il le confiait dans l'émission TopGear. L'embardée lui avait valu un tassement de vertèbres et quelques jours d'hospitalisation à San Sebastian.

Chez les fans de F1, on ne peut y voir qu'une inspiration, si ce n'est un plagiat. Le logo de campagne de François Fillon ressemble à s'y méprendre à celui de la Formule 1. L'élu de la droite est un amoureux de vitesse mais historiquement, la F1 ne l'a pas emballé tout de suite. "Franchement, je suis très Le Mans. La F1 je la découvre beaucoup plus tard, au moment où, m'occupant du Mans, j'ai le projet d'y faire venir la F1", confiait-il dans une interview à Sportauto. Son élection devrait d'ailleurs ravir ceux qui rêvent d'un retour du Grand Prix de France.

Un bureau décoré avec passion

Difficile de différencier le bureau de François Fillon à l'Assemblée d'un musée hébergeant une collection privée. En guise de décoration, le Sarthois affiche un "cache culbuteur" et un "arbre à cames" de Matra, la voiture mythique victorieuse des 24 Heures du Mans en 1972. L'objet lui aurait été offert par Henri Pescarolo, recordman de participations à la plus célèbre des courses d'endurance (33 fois). Il expose aussi un volant de Formule 1 remis par l'ancien patron de Ferrari.

François Fillon et le Mans Classic

François Fillon, ministre le plus rapide de l’histoire de France ? Probablement. Après avoir essayé la Peugeot 908 et participé plusieurs fois au Mans Classic, ce pilote amateur nous dévoile toutes les facettes de sa passion authentique. Rendez-vous est pris dans le cadre solennel de l’Assemblée Nationale, dans le bureau de député de François Fillon. Lieu inhabituel pour moi, surtout pour parler de sport automobile.

François Fillon et moi nous connaissons par notre intérêt commun pour le sport automobile, mais c’est la première fois que nous avons un véritable échange sur le sujet.

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Les souvenirs automobiles de François Fillon

François Fillon : "Cela doit dater de 1963 ou 1964. Je suis à l’école communale de Cérans-Foulletourte, petite ville de la Sarthe où mon père est notaire. D’un côté de la route, il y a l’école des garçons. De l’autre, l’hôtel-restaurant du Croissant. Il est, dans les années 60, le siège de l’écurie Austin-Healey pendant les 24 Heures du Mans. A 16h30, dès que la cloche sonnait, on partait comme des moineaux, et on passait le reste de l’après-midi à admirer les Austin-Healey. J’allais déjà aux 24 Heures du Mans avec mon grand-père. Mais le moment où vous touchez les voitures, où vous approchez les pilotes, les mécaniciens, cela marque".

Un héritage familial

François Fillon : "Mon grand-père a dirigé le garage Peugeot du Mans. Et il a été engagé aux 24 Heures du Mans dans les années 20. Mais il n’a pas couru. Il raconte toujours que sa femme le lui avait interdit. Il m’a emmené aux 24 Heures du Mans en 1955, l’année de l’accident. J’avais un an, je ne m’en souviens évidemment pas.

Ensuite, pendant très longtemps, cette passion se résume à deux choses : les 24 Heures et mon intérêt personnel pour les voitures rapides. A cette époque, je m’achète une R5 Alpine, ou une 405 MI 16. Les choses changent à la fin des années 90. Là, les 24 Heures sont en très grande difficulté, quasiment condamnées. Je suis président du Conseil Général de la Sarthe. On rachète le circuit, on crée une société d’économie mixte pour organiser la course. Et les moniteurs de l’ACO commencent à me donner des cours de pilotage. Cela me pousse à participer à des courses historiques. C’est une petite porte d’entrée dans la compétition, à un niveau raisonnable pour quelqu’un qui n’a pas d’entrainement".

Le Mans ou la F1 ?

François Fillon : "Franchement, je suis très Le Mans. La F1 je la découvre beaucoup plus tard, au moment où, m’occupant du Mans, j’ai le projet d’y faire venir la F1".

Des univers différents

François Fillon : "Complètement. D’abord, il y a une méfiance, une incompréhension totale entre l’ACO et le monde de la F1. Que j’ai trouvée à certains moments excessive, notamment quand j’ai voulu faire venir la F1 au Mans. Nous avions des investissements en infrastructure considérables, que les collectivités locales avaient contribué à financer. Je jugeais plus intelligent de les rentabiliser sur deux grands événements dans l’année.

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Il y a eu un moment fantastique : nous sommes allés présenter notre dossier au moment du renouvellement du contrat de Magny-Cours. Le directeur que j’avais recruté pour diriger le Mans, Bruno David, présente le projet. Il est accompagné du président de l’ACO de l’époque. Bruno David défend le dossier du Mans... et le président de l’ACO le démolit. Devant le jury ! Au début, j’étais très fâché contre les gens de l’ACO. Avec le temps, je ne suis pas sûr qu’ils n’aient pas eu un peu raison. Leur idée, c’est qu’il s’agit de deux mondes, de modes d’organisation et de financement différents. Si l’on mélangeait les deux, compte tenu du poids de la F1, ce n’est pas l’esprit de l’endurance qui l’aurait emporté".

Une fausse bonne ambiance en endurance

François Fillon : "Vous savez, j’ai quand même eu des sujets terribles avec l’ACO. Je les ai sauvés, et ils m’ont flanqué plusieurs procès, que j’ai perdus ! Au bout d’un moment, quand la situation s’est redressée, que Le Mans a recommencé à devenir une belle course, ils nous ont dit : vous n’avez pas le droit de faire ceci ou cela, vous ne pouvez pas utiliser le nom du Mans, il nous appartient, etc. On était dans une situation invraisemblable !"

Les idoles de François Fillon

François Fillon : "J’ai eu énormément d’admiration pour Ickx. Chaque fois que je le revois, je suis comme un petit garçon. C’est un homme d’une gentillesse extrême. Bien sûr, il y a Pescarolo. C’est difficile de dire que c’est un ami, parce qu’il est toujours en train de vous engueuler (rires). Mais j’aime beaucoup Henri, j’ai beaucoup de respect pour lui. Et il y a le petit épisode Steve McQueen, avec le tournage du film Le Mans, dans lequel je suis figurant. On ne me voit pas, mais j’y suis ! Je prenais ma Mobylette le matin pour faire les 18 km qui me séparaient du circuit et participer au tournage.

Ce qui m’a toujours impressionné, c’est le décalage entre l’image qu’en ont les gens qui ne sont pas intéressés par le sport automobile, leur vision d’une « bête » qui appuie sur l’accélérateur, alors que ce sont en général des types fins, très calmes. Souvent dans le milieu de la politique, on me pose cette question : comment peut-on être aussi calme et aimer la course automobile ? J’ai répondu l’autre jour : vous avez déjà vu un pilote excité ? En général, il ne dure pas longtemps".

Un compétiteur

François Fillon : "Mais les hommes politiques sont des compétiteurs ! Toute ma vie, c’est la compétition. J’ai été candidat à des élections à plus de vingt reprises. A chaque fois, vous remettez votre vie en cause !"

Au volant d'une voiture de course

François Fillon : "La preuve que ça m’intéresse, c’est que j’ai fait un tête à queue ! Mon meilleur tour, de mémoire, devait être en 1’50. Ce n’est pas extraordinaire pour une 908 sur le Bugatti. Mais pour moi, c’était déjà pas mal. J’ai fait une première série, je suis descendu en dessous de 2 minutes. Après, j’ai voulu améliorer et j’ai fait un tête à queue au raccordement. Il ne faut pas se raconter d’histoire, je ne suis pas très rapide. D’abord, parce que je ne m’entraine pas assez. Et aussi parce que je suis raisonnable. Je n’ai pas envie de tout casser. J’ai un frère, l’actuel président de l’ACO, qui est beaucoup plus rapide que moi. Ce qui m’énerve !"

L'industrie automobile française

François Fillon : "J’ai toujours pensé que le mode de recrutement de ses dirigeants était un problème. Ce n’est probablement pas vrai seulement pour l’automobile. Mais le fait que la plupart des grandes entreprises françaises aient, pendant très longtemps, été dirigées par des hauts fonctionnaires de très grande qualité mais n’ayant aucun affect, aucune proximité avec l’automobile, explique en partie l’écart qui s’est creusé avec l’industrie automobile allemande. Car elle est dirigée par des gens qui aiment l’automobile.

Une idée, très répandue parmi les dirigeants politique, veut que l’automobile ce soit fini, quelque chose qui appartient au passé. Toute cette subjectivité autour de l’automobile, cette passion, reste totalement incomprise. J’ai une anecdote à ce sujet. J’ai assisté à toutes les éditions des 24 Heures du Mans depuis quasiment 40 ans. En 2003, je suis ministre des affaires sociales, je défends la réforme des retraites à l’Assemblée nationale. Le débat dure trois semaines, jours et nuits. Le samedi des 24 heures du Mans, je suis en séance à l’assemblée. Je ne peux pas regarder le départ de la course, et je suis fou furieux.

Quand je dis qu’il y a 250 000 spectateurs, que seul le Tour de France rassemble plus de public, les dirigeants français ne comprennent pas. J’ai essayé dix fois d’amener Chirac au Mans, de lui faire donner le départ, je n’ai jamais réussi. Je pense que sa fille Claude s’y opposait".

Le Grand Prix de France

François Fillon : "Je n’ai rencontré quasiment aucun soutien, ni « au-dessus », ni auprès de mes propres collaborateurs. Il y avait même un côté un peu méprisant de la part des politiques. Cela dit, je me fais le reproche de n’avoir pas été assez combatif sur le sujet. Surtout, l’erreur a été de croire à cette histoire d’un nouveau circuit. Cela nous a fait perdre quatre ans. Et après, il était trop tard.

Une passion risquée ?

Les gens se sont habitués à mes passions. Je peux vous dire que quand je suis arrivé à Matignon, tout le monde m’a expliqué : maintenant, tu arrêtes !

Fillon et Loeb à Matignon

En décembre 2008, François Fillon alors Premier ministre de Nicolas Sarkozy, convie Sébastien Loeb à Matignon et ensemble, ils ont fait quelques tours de voitures dans les jardins. François Fillon est un passionné de sports automobiles et il ne l'a jamais caché. L'ancien Premier ministre a même participé à l'édition 2014 de Le Mans Classic , le 4 juillet 2014, où il a été filmé au volant d'un bolide et où il semblait totalement dans son élément.

Le mari de Penelope Fillon n'a pas pu s'empêcher de monter à la place de copilote dans la Citroën C4 WRC HybriD4 de Sébastien Loeb pour faire quelques tours... dans les jardins de Matignon. Nos confrères précisaient même que l'homme politique avait fait une petite erreur lors du second tour dans les jardins, et que ce tour avait donc été "plus mouvementé". "J'ai été un mauvais copilote, je l'ai emmené dans une impasse.

Dans une interview accordée à Sport Auto en 2016, un an avant la présidentielle, François Fillon avait fait un parallèle entre le monde de la politique et sa passion. "Les hommes politiques sont des compétiteurs ! Toute ma vie, c’est la compétition. J’ai été candidat à des élections à plus de vingt reprises. A chaque fois, vous remettez votre vie en cause !" s'était-il exclamé. Et de raconter qu'on lui avait demandé de laisser sa passion derrière lui : "Je peux vous dire que quand je suis arrivé à Matignon, tout le monde m’a expliqué : maintenant, tu arrêtes !

On peut y voir François Fillon en combinaison blanche de pilote. François Fillon est un habitué de la course, il y a dix ans, l'ancien Premier ministre participait déjà au Mans Classic. Son frère Pierre est le président de l'Automobile Club de l'Ouest, association qui organise les 24 heures du Mans. Une histoire de famille pour ces Sarthois. On est fan de sport automobile de père en fils chez les Fillon.

Son implication dans les 24h du Mans

Les 24 Heures du Mans doivent beaucoup à François Fillon. Dans les années 1990, l’évènement a failli disparaître. Et ça marche ! "Voir les grandes marques revenir aujourd’hui au Mans est un symbole très fort", se réjouit François Fillon, interviewé au Mans Classic. François Fillon participe régulièrement à des prix automobiles historiques comme ici lors de l’édition 2014 de Le Mans Classic.

Fillon après la politique

Aujourd'hui, l'ancien Premier ministre a pris ses distances avec la politique. Auprès de Match, cette semaine, des amis le décrivaient «épanoui» dans ses nouvelles fonctions chez Tikehau Capital.

Il avait répondu aux journalistes à l'occasion du Grand prix de formule 1 sur le circuit Paul-Ricard , affirmant être «très heureux que la Formule 1 retrouve la France». Il a évité les questions politiques, préférant évoquer... sa course à venir au Mans Classic. Même lorsqu'il était au gouvernement, François Fillon n'avait rien caché de sa passion pour l'auto.

Fillon au Mans Classic 2018

Fidèle à la course, François Fillon participe cette année encore au Mans Classic. Aux côtés de son frère Pierre, le patron de l'Automobile club de l'Ouest, il prendra le volant d'une Lotus Elan de 1965 affublée du numéro 55. Il avait déjà piloté ce modèle lors de l'édition 2016, dans une livrée bleue et orange aux couleurs mythiques de la compagnie pétrolière Gulf. A l'époque candidat à la primaire de la droite, bien loin d'en être le favori, François Fillon n'avait rien cédé de sa passion pour l'automobile.

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