Le marché français de l’automobile poursuit sa contraction, une tendance qui inquiète les professionnels du secteur, d’autant qu’elle s’inscrit dans un contexte de profonde transformation industrielle.
Recul Général du Marché Automobile Français
Entre janvier et juin 2025, 842 203 voitures particulières neuves ont été immatriculées, soit une baisse de 7,9 % par rapport au premier semestre 2024. Le mois de juin a confirmé cette tendance, avec un recul de 6,7 % des immatriculations, pour un total de 181 711 unités. Cette série noire marque le sixième mois consécutif de baisse des volumes. Par rapport à 2019, dernière année complète avant la pandémie, le marché reste en baisse de près de 30 %.
En mai 2025, le marché français des voitures neuves a enregistré 123 919 immatriculations, soit une baisse de 12,3 % par rapport à mai 2024. Ce repli est plus marqué que celui d’avril, qui atteignait -5,6 %. Il s’agit du cinquième mois consécutif de baisse des ventes. Sur les cinq premiers mois de l’année, le marché a reculé de 8 % par rapport à 2024, et de près de 30 % par rapport à 2019, dernière année pleine avant la pandémie.
Le marché automobile français était attendu en baisse en mai, mais certainement pas à une telle ampleur. Avec un recul de 12,30 %, le marché des voitures particulières s’établit à 123 919 unités. « C’est un véritable coup de froid printanier sur le marché automobile français », comme le souligne à juste titre AAA Data, qui compile chaque mois les données d’immatriculations.
En effet, selon les chiffres officiels, le marché automobile recule de 12,30 % en mai, avec seulement 123 919 immatriculations. Le segment des véhicules utilitaires suit une tendance baissière de 5,38 %. Au-delà de la succession des ponts en mai, une première explication à cette chute vertigineuse repose sur la désorientation des acheteurs particuliers, confrontés à des changements fréquents de politique publique, notamment en matière d’aides à l’électrique et de renforcement des malus. À cela s’ajoute la disparition des véhicules chinois, jusque-là très abordables, il y a encore un peu plus d’un an. Certains acheteurs pourraient également adopter une posture d’attentisme, espérant profiter des annonces relatives au retour du leasing électrique.
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« Le marché automobile fait les ponts en mai et se débranche à - 12,30 %, au même niveau qu’en 2022, soit l’un des pires mois des dernières décennies, analyse Xavier Horent, délégué général de Mobilians. Par rapport à 2019, à la même période, le marché a perdu un tiers de son volume. Sur les cinq premiers mois de l’année, la tendance reste préoccupante, s’apparentant à celle de 2022, année historiquement la plus faible depuis 1974. Avec un recul de 8,25 % sur cette période, le marché semble se diriger vers un atterrissage annuel autour de 1,529 million de voitures neuves immatriculées.
« C'est un nouveau mois de baisse sans perspective d’embellie, qui projette le marché vers la très mauvaise performance de 2022, confirme Julien Billon, directeur général de AAA Data. À l’instar du mois d’avril, cette forte baisse concerne principalement le canal des particuliers, dont la part ne représente plus que 40 %, ainsi que les flottes, en recul de 18 %. Face à cette situation, les constructeurs se tournent vers les canaux dits « tactiques » pour soutenir leurs volumes.
Avec des commandes de voitures particulières neuves en baisse de 14 % selon les données du CCFA (janvier à avril 2025 vs 2024), nous n’attendons pas de redressement de la tendance des immatriculations dans les prochains mois.
Évolution de la Part de Marché des Marques Françaises
Les marques automobiles françaises sont en perte de vitesse depuis quelques années. Nous avons analysé l’évolution des ventes de voitures françaises par rapport aux marques étrangères. Entre 2012 et 2020, la part de marché des marques de voitures françaises est restée relativement stable, entre 47 et 49 %. Après le Covid, la situation est bien différente. Quand, en janvier 2020, 48,6 % des voitures vendues aux particuliers étaient de marque française, elles n’étaient plus que 37,8 % en janvier 2023.
Performance des Principaux Groupes Automobiles
- Renault: Renault a surpris en reprenant la première place sur le marché français. Le groupe a enregistré une hausse de 5,1 % de ses immatriculations en juin, et une progression de 2,2 % sur l’ensemble du semestre. Cette dynamique est portée par Dacia, dont les modèles abordables rencontrent un fort succès auprès des ménages. Sur un marché du véhicule d’entreprise qui peine à trouver son rythme de croissance depuis le début de l’année, Renault conserve sa première place, avec une part de marché de 23,8 % et des immatriculations en progression de 2,96 % (98 216 VP + VUL).
- Stellantis: En revanche, Stellantis est à la peine. Ses ventes ont reculé de 7,98 % en juin, et certaines de ses marques sont en fort repli. Fiat, notamment, chute de 41,75 %. Peugeot et Citroën perdent également du terrain. Le groupe pâtit d’un positionnement produit moins lisible et d’une offre jugée moins compétitive sur le plan tarifaire. Stellantis, avec 34 441 immatriculations, affiche une baisse de 10,1 %.
- Toyota: A l’inverse, c’est une bonne année pour Toyota, qui gagne deux points de part de marché (5,7 %) avec des ventes en hausse de + 45,22 % (44 998 VP + VUL). Toyota réintègre le Top 5, en lieu et place de Ford, grâce à des immatriculations en hausse de 60 % (22 612 VP + VUL) et un gain de deux points de part de marché (5,5 %).
Autres Marques
- Tesla: Les immatriculations de Tesla chutent fortement, avec seulement 721 voitures immatriculées en mai 2025, en recul de 67 % par rapport au même mois l’an dernier. Depuis le début de l’année, la marque américaine enregistre un recul cumulé de près de 50 %. Tesla voit ses ventes s’effondrer. Sur le segment des entreprises, Tesla avec une part de marché de 1,7 % (- 0,3 point) et des ventes en chute de - 19,7 % (13 155 unités).
- Audi: Autre déconvenue, Audi, dont les ventes reculent de - 2,56 % (18 702 unités).
- Skoda: Skoda progresse également avec 20 664 unités (+ 3,95 %).
- Cupra: Cupra progresse également avec + 23,69 % à 7 754 unités.
Les Marques Chinoises
Les marques chinoises étaient très attendues (et craintes) sur le marché automobile français. Pour l’instant, force est de constater que leur expansion reste timide. Les règles mises en place en Europe et en France pour contenir leur croissance, y sont sans doute pour quelque chose. Sur le segment des entreprises, sept marques sont désormais présentes, avec des performances, là encore, limitées. Selon les calculs de l’Arval Mobility Observatory, il s’est immatriculé l’année dernière 4 539 VP et VUL chinois dans les entreprises, contre 3 199 unités en 2023 et 1 136 en 2022.
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Même taxées ou privées de bonus, les marques chinoises font de la France un de leurs marchés privilégiés. Quatre marques étaient d’ailleurs présentes sur le marché entreprise en 2022, six en 2023 et sept en 2024. En termes de croissance, c’est toujours MG, malgré une baisse, qui fait la course en tête, avec 1 761 immatriculations contre 1 843 en 2023. BYD monte à la deuxième place avec une croissance significative, 1 744 immatriculations en 2024 contre 141 l’année précédente. Si la marque Aiways a disparu des radars du marché entreprise l’année dernière, deux marques ont à l’inverse fait leur entrée : XPeng (125 immatriculations) et le spécialiste des VUL, Maxus (657 unités). Même limitées, il faudra continuer à surveiller dans les prochains mois les performances des marques chinoises, dans la mesure où certaines d’entre elles (MG et BYD notamment) ne commercialisent pas que des modèles 100 % électriques, mais se diversifient dans les hybrides. En outre, leur réseau commercial est toujours en cours de construction.
Évolution des Motorisations et des Préférences des Consommateurs
En France, les particuliers se détournent des véhicules électriques au profit des motorisations thermiques et hybrides.
Véhicules Électriques
Les véhicules 100 % électriques représentent 17,6 % des immatriculations en juin, en recul de 14,7 % sur un an. Ce fléchissement intervient malgré le maintien d’aides publiques. Le prix d’achat, les contraintes d’usage et la faible densité du réseau de recharge freinent leur progression. Sur les cinq premiers mois de l’année 2025, les voitures électriques représentent environ 18 % des immatriculations totales. Cette part est stable, mais en volume, les ventes ont diminué d’environ 7 % par rapport à la même période en 2024. Ce recul s’inscrit dans une tendance générale de contraction du marché, malgré les attentes placées dans la transition énergétique.
Sur le segment du véhicule électrique, les immatriculations chez les particuliers s’effondrent de 58 %, l’électrique ne représentant plus que 14 % de leurs achats. En revanche, les flottes enregistrent une forte progression de 15 %, atteignant 19 % de leurs acquisitions.
Véhicules Hybrides
Les hybrides poursuivent leur ascension, dépassant 50 % de parts de marché. Pourtant, leur domination suscite des interrogations. Leur coût reste élevé, et leur impact environnemental est discuté. Le marché semble saturé sur ce segment, et le discours commercial manque de clarté pour convaincre durablement. Chez les particuliers, seules les motorisations hybrides et mild-hybrides affichent une croissance, avec des hausses de plus de 30 %, atteignant respectivement 26 % et 21 % de part de marché.
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Autres Tendances
- Prix des véhicules: En moyenne, une voiture neuve coûte aujourd’hui environ 35 000 euros, soit une hausse de 33 % en dix ans. Ce niveau de prix rend le neuf inaccessible à une large partie des ménages. Les acheteurs de voitures neuves sont désormais majoritairement issus des 20 % les plus aisés de la population. Il faut toujours plus de 35 000 euros en moyenne pour acquérir un véhicule neuf, près de 43 000 euros pour un véhicule électrique.
- Incertitude réglementaire: Le manque de lisibilité des politiques de mobilité pénalise les décisions d’achat. Les annonces autour de l’interdiction des moteurs thermiques en 2035 sont perçues comme instables, et le sentiment que ces mesures pourraient être modifiées ou reportées freine les projets.
- Marché de l’occasion: Le marché de l’occasion poursuit sa croissance et s’impose comme une véritable valeur refuge, notamment pour les professionnels. Dans un contexte de repli du marché du neuf, le marché de l’occasion répond aux besoins de mobilité des Français. Le segment le plus dynamique reste celui des transactions entre particuliers (CtoC), en hausse de 12 % depuis le début de l’année.
Tableau Récapitulatif des Parts de Marché
| Marque | Évolution des ventes (Juin) | Part de marché (Entreprise) |
|---|---|---|
| Renault | +5,1 % | 23,8 % |
| Stellantis | -7,98 % | N/A |
| Toyota | +45,22 % | 5,7 % |
| Tesla | -67 % | 1,7 % |
Le climat général reste marqué par une grande incertitude. Les consommateurs sont freinés par la montée des prix, mais aussi par l’instabilité des politiques de mobilité. Les débats autour de l’interdiction du thermique en 2035, les contraintes liées aux zones à faibles émissions (ZFE) et la crainte d’acheter un véhicule bientôt obsolète alimentent une posture attentiste.
Cette situation pénalise l’ensemble du secteur : les commandes reculent, les délais s’allongent, et les prévisions tablent désormais sur 1,6 million d’immatriculations pour 2025, bien loin des 2,2 millions enregistrées en 2019.
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