Pour le Royal Automobile Club de Spa, le pari était loin d’être gagné d’avance. Mais au bout du compte, la nouvelle mouture de la Commémoration du Circuit des Ardennes a ravi les participants et les observateurs.

Une Commémoration Éclectique et Appréciée

« Il est clair qu’au sein des inconditionnels de voitures anciennes et très anciennes, nous étions attendus au tournant, commente Pierre Delettre au nom du R.A.C. Spa. Dès vendredi soir, lors de la cérémonie de bienvenue, chacun a pu apprécier le décorum d’une place McAuliffe de Bastogne plus vintage que jamais. »

« En accueillant des voitures populaires comme la Renault 4CV, la Peugeot 203, la Fiat 500 ou les nombreux petites anglaises présentes, mais aussi des véhicules de prestige comme les Jaguar, Rolls-Royce, Daimler et autres, des très anciennes à l’image de l’UNIC 1909 qui n’avait aucune chance de passer inaperçue, mais aussi de vraies voitures de course comme la Bugatti Type 35c, l’Alfa Romeo 8C 2300 ou encore l’Aston Martin Le Mans, on a fait preuve d’un grand éclectisme, poursuit Pierre Delettre. Ce qui veut dire que chacun a pu en profiter. Certains propriétaires parmi les voitures les plus anciennes ont privilégié le parcours ‘Pioneers’, plus court, avec un roadbook spécifique, et ils nous ont remerciés d’avoir proposé cette alternative avec moins de kilomètres. »

L'Avenir de la Commémoration

Ce qui signifie que l’édition 2026 de la Commémoration du Circuit des Ardennes est d’ores et déjà confirmée, quand bien même les dates seront officialisées sous peu.

« Comme attendu, cette première édition nous a permis de comprendre pas mal de choses et de déjà envisager quelques changements, notamment au niveau du timing. L’objectif est d’aller plus en avant au niveau de l’animation, et de jouer la carte du grand public, qui a déjà répondu présent dimanche après-midi. On peut aussi annoncer que chaque prochaine édition sera enrichie d’une thématique, avec la mise à l’honneur d’une marque, d’un modèle, etc. »

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Merci à tous les concurrents, en auto ou en moto, dont le motard du Dakar Jérôme Martiny, héros régional, qui était avec nous samedi au guidon d’un original tricycle Messerschmitt. Ces participants nous ont d’emblée accordé leur confiance, et leur enthousiasme faisait plaisir à voir et à entendre. Les remarques et critiques des uns et des autres ont été enregistrées, mais ce qu’on retiendra avant tout, ce sont les sourires sur les visages et les éclats de rire permanents.

Les Origines du Circuit des Ardennes

Aux premières heures du sport automobile, les épreuves avaient lieu en ligne, de ville à ville. Jusqu’à ce que le Baron Pierre de Crawez imagine un tracé en forme de boucle. Traduisez : un circuit fermé ! C’était en 1902, et le Circuit des Ardennes venait de naître, reliant Bastogne, Martelange, Habay-la-Neuve et Longlier.

L’innovation mondiale qu’a représenté l’apparition du Circuit des Ardennes n’a jamais été oubliée. En 2002, les membres passionnés et enthousiastes d’une ASBL mettaient sur pied la première Commémoration du Circuit des Ardennes, un siècle après l’édition inaugurale de l’épreuve. Une initiative qui était reconduite à plusieurs reprises, jusqu’en 2022. L’association à la base de l’événement a décidé de passer la main.

Le Royal Automobile Club de Spa Prend le Relais

Qui d’autre que le Royal Automobile Club de… Spa pouvait lui succéder ? En accord avec les autorités bastognardes, l’équipe entourant Pierre Delettre donne donc rendez-vous aux amateurs et passionnés d’anciennes, à deux et quatre roues, le deuxième week-end de juillet 2025.

« Avant toute chose, j’aimerais saluer l’initiative et le travail abattu par l’ASBL qui a organisé cette Commémoration depuis 2002, commente Pierre Delettre, responsable du R.A.C. Spa. Lorsque nous avons appris que l’événement cherchait un nouvel organisateur, nous n’avons pas hésité longtemps avant de nous manifester. Et puis, n’oublions pas que Pierre de Crawez, à la base du Circuit des Ardennes, était aussi Président de… l’Automobile Club de Spa ! »

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Si le R.A.C. Spa devient le nouvel organisateur de la Commémoration du Circuit des Ardennes, pas question néanmoins de bousculer les habitudes, la tradition ou l’histoire. Si l’événement deviendra annuel, afin de fidéliser les participants, il conservera des dates dans la première partie du mois de juillet.

« Nous poursuivrons ce qui a été entrepris par l’ASBL Commémoration du Circuit des Ardennes tout en apportant notre touche, poursuit Pierre Delettre. Sous réserve de confirmation, l’événement débutera ainsi le vendredi en seconde partie de journée par une activité de type garden party dans un endroit à la hauteur du prestige de la Commémoration, afin d’accueillir comme il se doit les participants, et notamment ceux arrivant de loin. Le roulage aura lieu le samedi et le dimanche, et si nous allons élargir la date de production des véhicules acceptés jusqu’à 1976, l’objectif premier reste évidemment de mettre à l’honneur ces fabuleuses automobiles - sans oublier les motos ! »

La Commémoration du Circuit des Ardennes 2025 bénéficiera en outre du savoir-faire des membres du R.A.C. Spa, que ce soit au niveau du parcours, de la communication et du marketing.

« Nous avons déjà prévu, pour 2025, de rendre hommage au Baron Pierre de Crawez, pilote automobile émérite, à la base du Circuit des Ardennes… et de celui de Spa-Francorchamps, sourit Pierre Delettre. A Bastogne, l’implication du Royal Automobile Club de Spa sera encore plus importante dès l’été 2025.

Les Total 24 Heures de Spa

En 2018, les Total 24 Heures de Spa fêtaient leur 70ème édition. Au fil des ans, cette classique de l’endurance a été la pierre angulaire de quelques étapes importantes des courses longue distance internationales. Cette rétrospective, issue d'un communiqué de presse, en trois parties, revient en détails sur l’histoire de l’épreuve.

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1ère Période : 1924-1953

Après la Première Guerre mondiale, les Européens sont impatients de reprendre le cours de leur vie. Organiser des épreuves sportives d’envergure est l’une des façons d’y parvenir.

En 1921, un nouveau circuit est créé dans les Ardennes belges, autour du petit village de Francorchamps, près de Spa. Le légendaire circuit de Spa-Francorchamps est né. Un an plus tard, le Royal Automobile Club de Belgique, la fédération automobile belge, organise un Grand Prix et, après avoir assisté au succès de la première édition des 24 Heures du Mans en 1923, les dirigeants de la fédération belge décident de créer leur propre épreuve d’endurance. Les 19 et 20 juillet 1924, 27 voitures sont au départ du “Grand Prix de Belgique”.

Le système d’éclairage des voitures étant loin d’être suffisant pour rouler dans l’obscurité, deux cents lampes à acétylène sont placées autour de la piste, d’une longueur de 15 kilomètres. Il y a même des feux d’artifice le samedi soir ! Un des plus étonnants point du réglement est d’imposer au même mécanicien de rester dans la voiture pendant les 24 heures de course, tandis que deux pilotes se relaient au volant.

Bien que la pluie et le brouillard perturbent l’édition inaugurale des 24 Heures de Spa, les vainqueurs, Henri Springuel et Maurice Becquet, au volant de leur Bignan 2.0 l, atteignent une vitesse moyenne de 78 km/h.

L’enthousiasme créé par cette première édition incite à poursuivre l’année suivante, et même si la concurrence des 24 Heures du Mans est de taille, la grille de départ de Spa aligne 48 voitures. En 1927, Excelsior devient le seul constructeur belge à remporter la course. Peu de spectateurs sont témoins de cet impressionnant doublé car les conditions météorologiques sont les pires que l’on puisse connaître à Spa, il pleut pendant près de vingt heures. Ces conditions font obstacle à un succès total pour les Belges car la troisième voiture sort de la piste à 4 heures du matin, démolissant cinquante mètres de clôture avant de heurter un arbre. Fort heureusement, le robuste châssis de l’Excelsior “Albert 1er” (baptisée ainsi du nom du Roi de Belgique) sauve la vie du pilote.

L’année suivante, aucune voiture belge n’est au départ, et bien qu’il y ait sept voitures américaines sur la grille (cinq Chrysler, une Auburn et une Studebaker qui ne fera qu’un tour), ce sont encore les constructeurs européens qui se disputent la tête. Bugatti (engagé dans sa première course de 24 heures) défend les couleurs françaises, tandis que l’Italie compte sur le succès d’Alfa Romeo. C’est finalement cette dernière qui gagne avec Ivanowsky et Marinoni au volant, établissant ainsi un nouveau record de distance de 2.463 kilomètres.

Plusieurs constructeurs automobiles sont victimes de la récession mondiale et Minerva demeure la dernière marque belge à se battre pour la victoire absolue en 1929. Mais cette édition se révéle être un désastre pour les Belges. Une voiture quitte la piste, tuant un commissaire, et la seule Minerva qui réussi à franchir la ligne d’arrivée est disqualifiée pour avoir bénéficié d’une aide extérieure. Le pire incident implique le pilote le plus populaire du pays, Freddy Charlier. Après un retard de cinquante minutes pour réparer sa Bugatti Type 43, le pilote Belge prend de gros risques pour rattraper le temps perdu. Sa voiture s’écrase à Masta, le tuant sur le coup.

Sur les éditions suivantes, Alfa Romeo est le constructeur à battre. Entre 1929 et 1938, les modèles 6C et 8C remportent cinq autres victoires, Attilio Marinoni décrochant trois victoires consécutives. Il faudra attendre 54 ans pour que Hans Heyer puisse égaler le record de Marinoni. En 1931, la Mercedes SSK conçue par Ferdinand Porsche se révèle comme un sérieux challenger face à l’armada italienne.

Au cours de la seconde moitié des années trente, les effets du krach de Wall Street se font sentir sur le monde de l’automobile et, en 1934, 1935 et 1937, les 24 Heures de Spa ne sont pas organisées. Les éditions de 1936 et 1938 ont été remportées par Alfa Romeo, deux fois avec Francesco Severi au volant.

Alors que des nuages noirs s’amoncèlent au dessus de l’Europe durant l’été 1939, organiser une course automobile est la dernière chose à laquelle chacun pense.

Le guerre laisse le circuit et les installations de Francorchamps dans un état de délabrement avancé. La “Bataille des Ardennes”, durant le rigoureux hiver 1944/45, laisse des traces dans la région, notamment dans la ville de Stavelot, à proximité du circuit. Des centaines de civils meurent alors que les Allemands cherchent à s’emparer de la ville.

Il faudra attendre neuf ans avant que les 24 Heures de Spa ne reviennent sur le calendrier international, un an avant que les organisateurs des 24 Heures du Mans ne fassent de même. Bien que la moitié des 41 voitures engagées en 1948 soient des voitures d’avant-guerre, l’équipe officielle Aston Martin (appartenant depuis quelques années à l’industriel David Brown) parvient à engager une toute nouvelle DB1. St John Horsfall et Leslie Johnson montent sur la plus haute marche du podium au terme d’une course éprouvante sous la pluie et dans le brouillard.

L’édition de 1949 est baignée de soleil, et Luigi Chinetti devient le premier pilote à remporter la même année deux courses de 24 heures, Spa et Le Mans. Il manque de peu de laisser filer une victoire pourtant bien méritée à Spa, quand l’huile répandue sur la piste le fait partir à la faute à seulement 30 minutes du damier. Miraculeusement, Chinetti parvient à ramener sa Ferrari 166 aux stands et, après de brèves réparations, s’impose.

Alors que l’intérêt pour les courses de 24 heures diminue, les organisateurs de Spa décident de mettre entre parenthèses leur épreuve et se concentrent sur des courses de voitures de production d’une durée de deux heures. La création du Championnat du Monde des Voitures de Sport, en 1953, relance brièvement les 24 Heures du Spa, mais une date identique à celle du Grand Prix de Lisbonne des Voitures de Sport fait que l’épreuve n’a pas le nombre d’engagés escompté. Pourtant, Ferrari et Alfa Romeo envoient des pilotes d’usine renommés comme Ascari, Villoresi ou Fangio, et les Belges Gendebien, Frère et Swaters sont également au départ. Nino Farina et Mike Hawthorn remportent une nouvelle victoire pour Ferrari, mais Spa perd son statut de championnat du monde peu de temps après et la course de 24 heures disparaît du calendrier.

2ème Période : 1964 - 2000

Après l’édition de 1953, date à laquelle les 24 Heures de Spa perdent leur statut de Championnat du Monde, il faudra attendre onze années pour que la course soit à nouveau organisée. Pour faire suite au projet d’Hubert de Harlez, du Royal Automobile Club de Belgique, et du journaliste-pilote Paul Frère, les 24 Heures du Spa sont relancées en 1964. Leur idée est aussi simple que géniale : marquer clairement sa différence avec les 24 Heures du Mans, Spa sera désormais réservée aux voitures de tourisme.

Les équipes d’usine Alfa Romeo, BMC, BMW, Citroën, Glas, Ford, Lancia et Mercedes sont sur la liste des engagés et la course de 1964 répond à leurs attentes. Le constructeur bavarois prend sa revanche lors des deux éditions suivantes, avec les victoires des frères Pascal (associés à Gérard Langlois) et de Jacky Ickx (associé à Hubert Hahne). La 1800 TISA (pour « Touring Internationale Sonderausführung ») et la 2000 TI sont des évolutions de la BMW 1500, la voiture qui a sauvé BMW en 1961 après que ses Bubble cars et ses grosses berlines V8 se soient montrées incapables d’assurer l’avenir de la marque.

Curieusement, la Porsche 911, considérée par beaucoup comme un pur-sang GT, est autorisée à se mesurer aux voitures de tourisme lors des trois éditions suivantes. Gaban-« Pedro », Kremer-Kelleners-Kauhsen et Chasseuil-Ballot-Léna saisissent pleinement cette opportunité.

A la fin des années soixante, des machines assez « exotiques » débarquent dans les Ardennes belges, à l’image de la Mazda R100. L’entreprise tente de s’implanter en Europe et considère la Belgique, avec son marché libre et ouvert, comme un pays très favorable aux affaires. Le moteur Wankel twin-rotor 1.0l est un révélateur, mais avec un niveau sonore de 150 décibels, il est aussi très bruyant !

Les années 70 et leur âge d’or sont marquées par un long duel entre la Ford Capri RS et la BMW 3.0 CSL. Le point d’orgue de ce face-à-face est l’édition de 1973. Avec des vitesses en constante augmentation (en 1973, la vitesse moyenne de Hans Stuck est de 221,5 km/h, et les vitesses de pointe près de 260 km/h), le Royal Automobile Club de Belgique réalise que quelque chose doit être fait.

Le « Groupe Francorchamps » nouvellement créé (une nouvelle réglementation permettant de modifier les voitures du Groupe 1, mais excluant les voitures rapides du Groupe 2) se révèle être un précurseur des futurs règlements internationaux. En 1977, la réglementation est à nouveau modifiée, les organisateurs réservent la course aux voitures du Groupe 1, voitures de série légèrement modifiées. BMW et Ford remportent les deux dernières éditions sur le « vieux » circuit de 14 km. En 1979, la nouvelle piste de presque 7 km est utilisée pour la première fois. Les frères belges Jean-Michel et Philippe Martin remportent la victoire inaugurale au volant de leur Ford Capri, un exploit qu’ils répétent l’année suivante.

À l’exception de 1981 (Mazda RX-7 de Tom Walkinshaw et Pierre Dieudonné) et 1984 (Jaguar XJS de Walkinshaw-Heyer-Percy), la guerre entre Ford et BMW fait rage, se terminant la plupart du temps en faveur de cette dernière. L’édition de 1985 est marquée par une série de pannes de courant totales, nécessitant la neutralisation de la course à plusieurs reprises. Mais cela (et de fortes pluies en fin de course) n’empêche pas la BMW 635 CSi victorieuse de Ravaglia, Berger et Surer de franchir pour la première fois la barre des 500 tours.

Mais à la fin des années 80, la catégorie Voitures de Tourisme décline. Le Championnat du Monde de 1987 s’avére être un échec, et en 1989, le Championnat d’Europe des Voitures de Tourisme est annulé par la FIA. Cette décision laisse les 24 Heures de Spa sans règlement international et les organisateurs doivent ouvrir la course aux voitures du Groupe N et aux GT, en particulier aux voitures conformes à la lecture du règlement belge du Groupe N. Cela conduit, non seulement à des grilles de départ complètes, mais aussi à l’apparition de bolides atypiques comme la Ferrari Mondial de l’ancien champion du monde de F1 Keke Rosberg.

À partir de 1991, édition gagnée par la puissante et technologiquement avancée Nissan Skyline, les engagements des GT sont de plus en plus nombreux. En 1992, les Voitures de Tourisme gardent l’avantage. Steve Soper passe devant le pilote BMW Eric van de Poele dans les derniers tours et le bat de seulement 0,48 seconde, permettant à l’équipier de Soper, Jean-Michel Martin, de devenir le premier pilote à remporter à quatre reprises les 24 Heures de Spa. Mais en 1993, la Porsche GT se révèle d’une classe à part.

Cette édition de 1993 décide les organisateurs à de nouveau changer la catégorie reine des 24 Heures de Spa. Les voitures de la Classe 2 FIA, plus connue sous le nom de «Super Touring», deviennent l’arme absolue. Ces voitures de 2.0l sont conçues à l’origine pour des courses sprint, courtes, mais se révèlent à la hauteur des courses longue distance. Bien que les équipes officielles Audi, Honda, Opel, Peugeot et Toyota fassent tout ce qu’elles peuvent pour trouver une faille dans l’armure, BMW poursuit sa domination et gagne toutes les éditions entre 1994 et 1997. Cela permet à Thierry Tassin de rejoindre Jean-Michel Martin en qualité de quadruple vainqueur des 24 Heures du Spa.

Alors que les coûts augmentent de manière significative, la réglementation Super Touring est remplacée en 1998 par la règlementation Super Production, moins onéreuse.

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