Les arts marocains, issus de deux sources différentes, suivent deux cours parallèles et qui ne se mêlent qu'en de très rares occasions.

Les Arts Berbères

Les arts berbères apparaissent, au premier regard, d'une très forte unité. Ils n'usent guère que du plus simple et du plus abstrait des décors : le décor géométrique rectiligne. Cette manie de la ligne droite, la plus absente de la nature, a sans doute des origines religieuses.

Les Berbères ont certainement cru que créer une image c'est, sinon rivaliser avec Dieu, au moins créer un double de l'être vivant sur lequel toutes les influences malignes pourront s'exercer sans qu'il soit possible de les conjurer par une formule prophylactique ou par l'action d'un talisman.

Aujourd'hui encore, les Berbères du Maroc ne reproduisent la figure humaine que pour faire des poupées d'envoûtement. L'influence du judaïsme, puis celle de l'Islam, n'ont pu que confirmer cette loi restrictive, mais primordiale, de l'art berbère.

Nulle part ailleurs l'interdiction musulmane des images - qui, en droit, est loin d'être absolue - n'a été entendue dans un sens aussi strict qu'en Berbérie.

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Cette farouche iconoclastie vouait l'art berbère au décor abstrait, c'est-à-dire, chez ce peuple qui ignorait le plus souvent l'écriture, au décor géométrique.

Mais il est bien des familles de décors géométriques. Le décor géométrique rectiligne et complexe, riche en combinaisons à base de losanges et de chevrons, qui règne dans presque tous les arts berbères, a des origines qui nous apparaissent de mieux en mieux.

Il vient de l'Orient méditerranéen, sans doute du monde égéen, qui aurait fourni à la Berbérie la plus ancienne de ses civilisations encore vivantes aujourd'hui. La survivance de certaines techniques égéennes atteste, mieux encore que celle du décor, ces très lointaines origines de l'art berbère.

Ainsi l'art berbère s'apparente à bien des arts populaires de l'Asie antérieure ou du bassin méditerranéen, qui usent d'un décor géométrique de même famille.

Mais ce décor géométrique, qui, en d'autres pays n'existe plus qu'à l'état de survivances sporadiques, règne encore en maître chez tous les ruraux de l'Afrique du Nord qui ont conservé des traditions artistiques.

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Ce furent sans doute les Berbères Sanhaja, conquérants du Sahara et des confins soudanais, qui ont introduit ce décor géométrique dans les oasis du désert et jusque dans les pays du Sénégal et du Niger.

Ces arts berbères sont avant tout des arts familiaux. Les tapis et les étoffes de laine, les poteries, qui sont les plus riches et les plus harmonieuses des œuvres de l'art berbère sont l'ouvrage de la femme qui travaille d'abord pour sa famille et qui vend parfois au marché le surplus de son industrie.

Art familial, l'art berbère est aussi un art tribal : d'une tribu, et parfois d'une fraction de tribu à l'autre, les produits de l'industrie féminine changent, comme changent les tatouages et certains détails du costume.

Le fait que l'art berbère est surtout l'œuvre des femmes explique pour une large part son étonnante fixité. Il est prisonnier de techniques à la fois très simples et immuables.

Les femmes berbères viennent rarement à la ville et, lorsqu'elles y passent, elles ne peuvent avoir aucun contact avec les ateliers - surtout masculins - où se conservent les techniques de l'art hispano-mauresque.

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Les deux seuls domaines où l'art berbère se soit laissé pénétrer par quelques formes de l'art hispano-mauresque , l'architecture et les arts du métal, correspondent précisément à des métiers d'hommes.

Ces arts berbères sont très inégalement répartis. Aucune tribu n'en possède la gamme complète. Celles qui ont conservé des traditions artistiques semblent spécialisées dans un petit nombre de techniques, parfois dans une seule.

L'extension du nomadisme, après l'invasion hilalieime et ma'qilienne, a presque fait disparaître l'archi­tecture des grandes plaines du Maroc. Mais dans la montagne ou à son voisinage vivent toujours des traditions architecturales très anciennes.

La plus ancienne architecture du pays est sans doute une architecture de pierre - surtout de pierre sèche - que connaissent aujourd'hui encore les plaines sud-occidentales, le Grand-Atlas et l'Anti-Atlas.

Elle ne produit guère, en dehors des maisons du commun, que des demeures fortifiées ou des magasins collectifs. Ce sont des édifices massifs, aux plans sans régularité, qui s'ornent parfois d'une tour aux parois obliques ou d'une tour ronde.

Mais, jusque dans la montagne, on voit apparaître l'architecture berbère des pays sahariens, qui a produit ses plus beaux édifices dans la ligne d'oasis qui va du Drâ au Tafilelt et qui a rayonné dans la vallée de la Moulouya, dans le Sous et jusque sur le versant atlantique du Moyen-Atlas.

C'est une architecture de pisé et de briques crues. A côté de la tirrhemt, sorte de château fort de plan carré avec quatre tours d'angle, aux murs obliques, se voient des qsour, véritables cités fortifiées où se mêlent les courtines, les épais bastions et les hautes tours minces.

Dans quelques rares cantons, la tirrhemt se couvre d'un décor peint. Mais dans les plus beaux édi­fices, en particulier dans l'oasis de Skoura, dans le Dadès et le Todrha, de grandes frises de briques crues - dérivées des décors de briques de l'art hispano-mau­resque - couvrent les édifices d'un somp­tueux décor.

L'architecture de pierre et l'architecture de pisé ignorent toutes deux la voûte et font de ce fait un très large usage du bois. La charpente berbère, très simple en ses dispositions, a souvent une réelle valeur décora­tive.

Dans les régions qui restent les plus boisées du Maroc, dans le Rif, les Jbala et le Moyen-Atlas, on retrouve les restes d'une véritable architecture de bois qui a pu connaître, avant le déboisement du pays, une plus grande extension.

Les poteries berbères décorées ne se trouvent plus guère que dans le Nord marocain, surtout dans le Rif. Ces poteries, faites par les femmes, sont modelées à la main sans l'aide du tour et cuites sur l'aire.

Les galbes ont, malgré leur raideur, une grande fermeté. Le décor, tantôt peint en noir sur la terre elle-même, tantôt en noir et rouge sur un engobe blanc, est presque toujours admirablement mis en place et d'une grande science de détail.

Par leur technique et leur décor, ces poteries du Nord marocain rappellent de très près certaines poteries égéennes. Dans bien d'autres régions du Maroc, les poteries rurales, plus grossières, ne se distinguent en rien des poteries néolithiques.

Les tapis et les étoffes, d'une grande richesse de types, sont sans doute ce que l'art berbère a produit de plus achevé. Les arts textiles sont surtout florissants chez les transhumants du Moyen-Atlas.

On trouve là de nombreuses variétés de tapis à très haute laine, aux motifs tout géométriques, aux teintes à la fois vigoureuses et cha­toyantes. Les mêmes tribus produisent des étoffes ornées de bandes décoratives, souvent même couvertes de motifs géométriques, où le décor rectiligne des Berbères atteint à la richesse et à la virtuosité.

Dans le Sud marocain, si le décor se fait plus simple, si le jeu des couleurs se réduit parfois à l'opposition du blanc et du noir, la composition décorative, surtout chez les Ait Ouaouzguit, est admirable de sûreté et d'une éton­nante variété.

Dans les plaines du Sud, divers tapis mêlent, dans des proportions variables, les traditions berbères à des influences venues des villes. En revanche, on fabrique dans une des villes les plus andalouses du Maroc, à Salé, des étoffes de tradition berbère.

Les arts du métal ne sont pratiqués que dans l'Extrême Sud et dans le Moyen-Atlas. Les bijoux, les armes et les cuivres du Sud marocain dérivent manifestement de l'orfèvrerie, de la bijouterie et de la dinanderie espagnoles des XV° et XVI° siècles.

Des fugitifs grenadins et morisques ont sans cloute amené en pays berbère les formes d'art de leur patrie. Mais l'ancien décor hispano-mauresque s'est simplifié et géométrisé : il a pris ainsi une force et une beauté nouvelles.

Les bijoux du Moyen-Atlas, plus rudes, accusent ainsi des influences urbaines. Ainsi l'art ne se trouve plus guère que dans de vieux pays berbères, au coeur et en bordure de la montagne.

Il est absent des plaines, sauf lorsque des tribus berbères ont pu conserver ou réoccuper le pays. Si les arts berbères nous apparaissent aujourd'hui sporadiques, il ne faudrait pas en conclure que cet art - à l'intérieur de ses limitations volon­taires - manque de sève et de force.

Il reste vivace et étonnamment riche en variantes de détail partout où il a pu se maintenir. Si l'art des villes l'a parfois contaminé, il n'a pas tardé à modifier, suivant sa tradition propre, ces apports étrangers.

Ses formes, et surtout son esthétique, ont, à leur tour, franchi les portes des cités : les thèmes de l'art hispano-mauresque, surtout dans les arts féminins comme les broderies, et en particulier dans la broderie de Fès, tendent invinciblement à se géométriser, à s'ordonner en chevrons et en losanges.

Les plus antiques traditions artistiques du pays transforment de nos jours des apports étrangers déjà anciens. Si l'art berbère est aujourd'hui un art résiduel, c'est que les plaines ont été arabisées et bédouinisées, puis balayées sans cesse par les expéditions des sultans.

La rupture des anciens cadres sociaux, la disparition des vieilles tribus, la recrudescence du nomadisme ont fait reculer l'art berbère. Mais l'art des villes n'est pas venu occuper cette place vide.

Les Arts Hispano-Mauresques

Si les origines des arts berbères se perdent jusque dans les ombres de la préhistoire, les origines des arts hispano-mauresques qui survivent dans la plupart des villes du Maroc, nous sont bien connues : comme presque toute la civilisation musulmane et urbaine du Maroc, ils ont été empruntés à l'Espagne.

L'art du Maroc romain semble déjà s'apparenter à l'art de la Péninsule ibérique autant et plus qu'àl'art romain d'Afrique. L'Islam paraît d'abord relier la Berbérie à l'Orient : les plus anciens monuments duMaroc révèlent l'influence de l'art du califat de Bagdad.

Mais à partir du X° siècle, Cordoue et l'Andalousie,devenues le foyer de la civilisation musulmane d'Occident, font sentir leur toute-puis­sante attraction. Et lorsque des sultans marocains, les Almoravides et les Almohades, régneront des deux côtés du Détroit, l'art hispano-mauresque fera la conquête des grandes villes du Maroc.

Les premiers monuments hispano-mauresques qui s'élevèrent au Maroc, aux X°, XI° et XII° siècles, sous les Zénètes, les Almoravides et les Almohades, sont mani­festement l'œuvre d'architectes et d'ouvriers d'art espagnols.

Mais dès la fin du XII° siècle, des ateliers d'art durent exister dans quelques grandes villes du Maroc. Ces ateliers, surtout ceux de Fès, vécurent du XIII° au XV° siècle en étroite liaison avec ceux de la Grenade nasride, devenue, après la grande conquête du XIII° siècle, le refuge de la civilisation musulmane d'Espagne.

Grenade tombée, les villes du Maroc recueillirent à la fin du XV° siècle les derniers legs de l'art hispano-mauresque. Mais elles se montrèrent incapables de faire fructifier et même de garder intact ce bel héritage.

Exilé d'Espagne, l'art hispano-mauresque ne fut plus qu'un art sans sève, tout entier tourné vers son passé et qui, incapable de se renouveler, commença dès le XVI° siècle, une lente et irrémédiable décadence.

Au début du XVII° siècle, les derniers tenants de l'Islam et du judaïsme espa­gnols, les Morisques, furent expulsés d'Espagne. Ils apportèrent avec eux dans les villes de la côte ou du Nord du Maroc où ils se réfugièrent, un peu de l'art de la Renaissance espagnole.

Mais le Maroc se fermait déjà à toute influence étrangère. L'influence des Mo­risques, celle de quelques renégats qui purent élever des forteresses pour les sultans sa'diens ou 'alaouïdes, celle des places portugaises de la côte, ne changèrent rien à l'art du Moyen Age qui survivait au Maroc.

Bien plus : quelques-unes des formes em­pruntées à l'art de la Renaissance furent envahies et comme reconquises par le décor hispano-mauresque.

Cet art importé est presque toujours un art dynastique : ce sont les grandes dynasties marocaines qui se sont mises à son service et qui ont réussi à l'acclimater au Maroc.

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