En début de soirée, le 22 août 1962, au Petit-Clamart, la voiture du président de la République essuyait plusieurs rafales d'armes automatiques. Quatorze impacts de balles seront identifiés sur le véhicule mais aucun des occupants ne sera blessé.
Le Contexte et le Déroulement de l'Attentat
Dix ans plus tôt, en 1958, Charles de Gaulle revenait sur le devant de la scène après une longue traversée du désert pour devenir Président du Conseil puis, avec la création de la Vème République, Président de la République. Le 22 août 1962 en fin de journée, le général de Gaulle quitte l'Elysée pour rejoindre l'aéroport de Villacoublay d'où il doit s'envoler pour Colombey.
19h45 : deux Citroën DS 19 banalisées et escortées de deux motards quittent le palais de l'Élysée vers la base aérienne de Villacoublay pour y prendre un hélicoptère à destination de Colombey-les-Deux-Églises. A bord du second véhicule se trouvent le général de Gaulle et son épouse.
20h10 : le cortège traverse la commune de Clamart et passe devant une Estafette jaune garée sur le bas côté. Arrivé à la hauteur du véhicule en stationnement, plusieurs armes automatiques se mettent à tirer. La DS est touchée à plusieurs endroits et deux pneus sont crevés. Le chauffeur accélère mais une seconde voiture, une Citroën ID-19 bleue, la prend en chasse.
Arrivée non loin de sa destination, au carrefour du Petit-Clamart, sa Citroën DS est prise sous les feux croisés d'un commando de tueurs qui s'est posté des deux côtés de la route. Les balles se fichent dans la carrosserie, crèvent deux pneus, font exploser les vitres et traversent l'habitacle. Dans un réflexe salvateur, le chauffeur enfonce l'accélérateur, le gendre du Général assis à l'avant crie à son beau-père «père, baissez-vous !». Le Général et sa femme, Yvonne, se plient en deux, une des balles passe à dix centimètres de leur tête. Quarante secondes plus tard, après une fusillade qui semble interminable - plus de deux cents douilles seront retrouvées sur les lieux -, la DS, qui tangue dangereusement, s'est extirpée du piège et file dans la nuit, suivie par deux motards et une voiture de protection qui n'a servi à rien.
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Arrivé sur le tarmac, le Général tient à passer en revue le petit piquet de militaires qui lui rend les honneurs, puis, imperturbable, il monte dans l'appareil qui l'attend. Il dit seulement : «Cette fois, c'était tangent.» Puis, plus tard : «Ils tirent comme des cochons !»
Dans les heures qui suivent, une véritable chasse à l'homme est organisée pour retrouver les auteurs de l'attentat. Quinze jours après les suspects sont interpellés et avec eux les armes utilisées pour l’attentat. le procès débute au fort de Vincennes le 28 janvier 1963.
Les Acteurs de l'Attentat
Dans la banlieue sud de Paris, le 22 août 1962 à la tombée de la nuit, un commando de 13 personnes que dirige le lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry, attend le passage du petit convoi qui amène le général de Gaulle vers l’aéroport de Villacoublay, d’où il doit s’envoler vers la base militaire de Saint-Dizier puis, de là, gagner sa demeure de la Boisserie, à Colombey-les-deux-Eglises. Bastien-Thiry affirmera qu’il a agi sur les ordres du « comité exécutif » du CNR, auquel il se serait rallié en avril 1962, donc après l’attentat manqué de Pont-sur-Seine, et juste après les accords d’Evian.
L’auteur reconstitue les circonstances dans lesquelles s’est constitué le commando et en présente les acteurs. Alain de Bougrenet de La Tocnaye, né dans une famille de la petite noblesse bretonne « inscrit dans ses gènes la haine de la République et les ardeurs d’un catholicisme intégriste (…) irréductiblement fidèle à Vichy, adversaire de toujours du général (…) mû par deux obsessions : le communisme marxiste et « la haute finance internationale ».
Arrêté, Bastien-Thiry nie pendant deux jours, puis, deux heures durant, il raconte à peu près tout. Huit hommes sont alors arrêtés. Leur procès s’ouvre devant la Cour militaire de Justice, la Cour de sûreté de l’Etat n’étant pas encore en activité. Les débats durent du 28 janvier au 4 mars 1963.
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Les Motifs des Assassins
Une attaque à l’arme automatique perpétrée par des terroristes obsédés d’identité, de tradition et d’intégrisme religieux, qui ébranle le pouvoir, justifie l’état d’urgence et le changement de la Constitution, débouche sur une traque impitoyable menée contre des combattants suicidaires regroupés dans des réseaux informels et implacables, dont les bases arrière se situent de l’autre côté de la Méditerranée.
Jean-Marie Bastien-Thiry et Alain Bougrenet de La Tocnaye sont des soldats révulsés par la perte de l'Algérie. Mais ce sont aussi des catholiques pratiquants, animés d'une foi fiévreuse et exclusive. Leur justification, eux qui ont été élevés dans une religion qui proscrit le meurtre et prêche le pardon, revêt une résonance étrangement contemporaine. Comment ont-ils surmonté la contradiction ? En consultant des prêtres.
Comme Charlotte Corday, Bastien-Thiry entend délivrer la France d’un tyran. Dans sa vision du monde, que partagent ses acolytes, de Gaulle est à la fois l’agent du communisme et « l’incarnation d’un capitalisme désincarné ». Il s’agit aussi de sauver la civilisation chrétienne, et grand fut le soutien accordé à Bastien-Thiry par tout un ensemble de prêtres et de clercs.
Le Rôle Clé de la Citroën DS
Dans les garages de l’Élysée, on trouvait alors une 15/6 H limousine carrossée par Franay, mais aussi un cabriolet d’apparat, lui aussi sur base 15/6 H, mais de Gaulle préférait utiliser une Citroën DS 19 classique, choix plus modeste mais pourtant judicieux : c’est grâce à cette dernière que le Président sortira indemne de l’attentat du Petit Clamart malgré ses pneus crevés. Une belle frayeur pour Yvonne de Gaulle, mais une belle publicité pour Citroën, sa tenue de route et sa suspension hydraulique.
Mais la DS 19 acquiert une notoriété plus grande quand elle a sauvé la vie du général De Gaulle à l'occasion de l'attentat du Petit-Clamart dirigé contre lui le 22 août 1962.
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A sa sortie, le véhicule de Citroën était admiré à cause de ses multiples atouts. Au niveau technique, la DS dans sa version originale se caractérise par une suspension hydropneumatique sur les 4, un freinage assisté, une direction assistée, un embrayage, des freins à disque, une importante surface vitrée, un tableau de bord futuriste, un levier de vitesse assisté situé derrière le volant, des lignes futuristes avec notamment des ailes arrières sans échancrures et un capot plongeant sans entrée d'air apparente, des sièges assez confortables et une utilisation accrue de l'aluminium.
La DS Présidentielle de Chapron
Si de Gaulle affectionnait ses “DS” classiques pour ses déplacements personnels, il rêvait d’un véhicule plus protocolaire, basé sur la berline Citroën, pour remplacer notamment la vieille limousine Franay. Alors qu’il avait engagé la France sur la voie du modernisme et de l’indépendance, il désirait un véhicule symbolisant la grandeur du pays. Dès 1962, le carrossier Henri Chapron fut donc mandaté pour réaliser ce véhicule hors-norme, avec une exigence particulière : la voiture devait être plus longue que celle du président américain.
Pour base, les hommes de Chapron piochèrent le haut de gamme du catalogue Citroën d’alors, une DS 21 dotée d’un 4 cylindres de 2 175 cc et développant 109 chevaux : le must de l’époque. La future voiture présidentielle récupérait ainsi la fameuse suspension hydraulique Citroën, mais elle allait ensuite s’éloigner de la voiture donneuse en récupérant des dimensions gigantesques : 6,53 mètres de long (contre 4,8 mètres pour la DS 21 d’origine), 2,13 mètres de large (contre 1,79 mètre) et 1,6 mètre de hauteur (contre 1,47 mètre).
Pour le style, Chapron fit appel à Robert Opron et Henri Dargent, lesquels réalisèrent une oeuvre étonnante. Si l’on retrouve bien quelques traits de DS, la voiture s’avère totalement différente, sorte de caricature excentrique et mal proportionnée. Car c’est bien cela qui choque le plus quand on la voit en vrai : sa taille démesurée, sa lourdeur (au sens propre comme au figuré puisque la bête pèse 2 660 kg, presque le double de la DS 21 “usine”).
Il faudra trois années pour réaliser cette limousine d’apparat. Livrée en 1968, elle récupéra l’immatriculation 1 PR 75 du cabriolet 15/6 H Chapron. Malheureusement, la période tourmentée de mai rendit cette longue limousine un peu trop ostentatoire. Le Général l’aimait peu d’ailleurs, regrettant de ne pas pouvoir parler au chauffeur et préférant encore et toujours ses chères DS classiques. Il ne l’utilisera que trois fois avant de quitter le pouvoir (et notamment en février 1969 pour accueillir Nixon). Une fois les SM présidentielles livrées, la DS 21 Présidentielle Chapron fut revendue à un collectionneur puis récupérée par le Conservatoire Citroën qui la conserve pieusement aujourd’hui.
Les Véhicules de De Gaulle au Mémorial de Colombey
A Colombey-les-Deux-Eglises, en Haute-Marne, le mémorial Charles de Gaulle expose trois voitures ayant marqué la vie du général. Autre véhicule exposé dans le mémorial Charles de Gaulle de Colombey-les-Deux-Eglises : la Citroën DS, qui a subi la tentative d'attentat du Petit-Clamart en 1962. Après cette tentative d'attentat, il a fallu renforcer la sécurité du général. Chose faite avec la Renault-Rambler. Une voiture franco-américaine extrêmement lourde, imposante. Elle est intégralement blindée et pèse un peu plus de 2 tonnes 5.
| Caractéristique | DS 21 d'Origine | DS 21 Présidentielle Chapron |
|---|---|---|
| Longueur | 4,8 mètres | 6,53 mètres |
| Largeur | 1,79 mètre | 2,13 mètres |
| Hauteur | 1,47 mètre | 1,6 mètre |
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