Le tuning, également appelé « bolidage », se rapporte aux modifications effectuées sur un véhicule dans l’optique d’améliorer ses performances ou de personnaliser son apparence.
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Les Origines du Tuning et des Hot Rods
On peut dater les débuts du tuning à proprement parler à la fin des années 1930, au sortir de la Grande Dépression qui secoue à l’époque l’économie mondiale. Cette période marque effectivement l’apparition en Californie du Sud des Hot Rods, typiquement de vieilles Ford du début du siècle modifiées pour accroître leurs performances.
Le poids est réduit au moyen de la suppression de nombreux éléments, allant de la capote au capot moteur, en passant par les pare-chocs, les ailes ou encore le pare-brise. Le toit est également “choppé” (raccourci) pour une meilleure vitesse de pointe, les roues remplacées pour une meilleure motricité et tenue de route, et les moteurs sont “swappés” (remplacés) pour plus de puissance.
Dès cette époque certains possesseurs d'automobiles, déçus par le manque de puissance et de sportivité de leur voiture, décident d'en modifier les caractéristiques.
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Le terme "Hot Rod" se traduit "Bielle chaude" (les bielles étant des éléments mobiles dans un moteur) ce nom se veut évocateur de grosse mécaniques.
Des noms de préparateurs comme Vic Edelbrock deviennent très vite associés à ce mouvement.
L'Ère des Low Riders et Muscle Cars
Dans le courant des années 1940, alors que les premières courses de drag ont lieu sur les pistes d’atterrissage de bases aériennes déclassées, les Low Riders, menés par la jeunesse mexicano-américaine de Californie, proposent une idée du tuning qui va à l’exact opposé des Hot Rods et de leur quête de vitesse. En effet, les amateurs de ce mouvement cherchent simplement à “cruiser” dans les rues avec style, selon la devise “Low and Slow”.
Les années 1960 en Amérique coïncident avec le pic de popularité des muscle cars, ces coupés aux looks nerveux animés par de gros V8 gloutons. Bien que les constructeurs proposent des versions spéciales et des packs optionnels pour le drag racing (avec des moteurs plus puissants et des freins, pneus et suspensions revus), les aficionados de tuning n’hésitent pas à préparer davantage les modèles afin de repousser toujours plus loin leurs limites. Si des monstres de puissance comme la Dodge Charger Daytona et la Plymouth Superbird, conçues spécifiquement pour les courses de NASCAR, font sensation, les tuners s’en donnent également à cœur joie avec des Ford Mustang et autres véhicules plus abordables.
Les véhicules américains étant naturellement prisés par les tuners, le milieu de années 1960 marque également le début de la scène import aux Etats-Unis. Des voitures comme l’Austin A40 Devon, la Ford Popular (construite en Angleterre) ou la Volkswagen Coccinelle sont alors préparées pour la compétition, notamment le quarter mile, et rencontrent un franc succès. La compacte allemande pourra d’ailleurs compter sur le film américain de 1968 Un amour de Coccinelle pour accroître encore sa popularité au pays de l’Oncle Sam.
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L'Influence Japonaise et Européenne
Fin des années 1970, après l’engouement pour les européennes, c’est au tour des petites japonaises fraîchement débarquées de se voir modifiées.
Sur l’archipel nippon, l’éclosion du tuning est directement liée à la popularisation des courses sur circuit dont le Grand Prix automobile du Japon, introduit en 1963. En effet, les fans ont alors envie d’avoir eux aussi leur voiture de course, même s’ils ne participent pas à des compétitions. Dans les années 1970, les Fuji Grand Champion Series amènent un public toujours plus nombreux à s’intéresser aux véhicules modifiés. Destiné à l’origine aux barquettes deux-places, aux sport-prototypes et aux voitures de tourisme, la compétition offre un spectacle haletant pour le public. Les particuliers, inspirés par ces courses, se mettent à transformer leur véhicule dans cet esprit avec des jantes au look racing, des pneus slicks, des numéros sur les portières et des peintures originales.
Sans surprise, en Europe également, les débuts du tuning sont marqués par un souhait d’imiter les voitures stars des compétitions. Les premiers véhicules modifiés proviennent vraisemblablement d’Allemagne, d’Italie et de Grande-Bretagne avant que cette pratique devienne peu à peu globale et touche tous les pays européens. Très répandue, la Coccinelle de Volkswagen devient une base de choix, portée par les pionniers de la préparation en Allemagne comme Gerhard Oettinger, fondateur de la société du même nom dès 1946. En Italie, l’une des premières voitures à être modifiées est la Fiat 600 dès la fin des années 50, rapidement suivie par la plus populaire encore 500. De nombreux kits de transformation voient alors le jour et des fabricants comme Abarth connaissent le succès en commercialisant des pièces, notamment des pots d’échappement, en dehors de véritables autos de compétition. En Grande-Bretagne, c’est la Mini apparue en 1959 qui suscite l’intérêt des bricoleurs grâce à sa mécanique simple et à son potentiel de préparation.
Cette effervescence autour de la modification automobile en Europe donne naissance aux premiers salons dédiés à la préparation. En 1968 voit le jour l’International Sports and Racing Car Exhibition Essen, qui deviendra l’Essen Motor Show, considéré à l’époque comme la version allemande du SEMA Show.
L'Apogée du Tuning: Années 1980-2000
A partir des années 1980 dans le monde, et ce jusqu’aux années 2000, on assiste véritablement à un pic de popularité du phénomène tuning. La modification, jusque-là souvent focalisée sur les performances de la mécanique et des trains roulants, touche de plus en plus tous les éléments constitutifs des véhicules, comme la carrosserie, l’éclairage, la sellerie ou le système audio embarqué.
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Sur le continent américain, malgré un nombre croissant d’infrastructures dédiées à la pratique du quarter mile et d’autres compétitions, les courses illégales dans les rues continuent de séduire les jeunes en mal de sensations fortes. On assiste bientôt à une guerre des clans, avec d’un côté les amateurs d’américaines comme les Dodge Viper, Ford Mustang, Chevrolet Corvette et Camaro ou encore Pontiac Firebird Trans Am, et de l’autre les fans d’imports, et plus particulièrement de japonaises.
Les styles de tuning évoluent, et si beaucoup des anciennes modes perdurent, de nouvelles se distinguent, à l’instar du Donk. Indissociable du début 2000, ce courant met à l’honneur des Chevrolet Impala ou Caprice, mais aussi de grandes berlines et coupés de General Motors, lesquels sont surélevés et reposent sur des jantes démesurées et des pneus taille basse.
A l’autre bout du globe, au Japon, les années 1980 sont notamment synonymes de “top speed” où les tuners s’affrontent sur les voies rapides nippones ou sur l’anneau de Yatabe avec des autos de plus en plus puissantes. Inspiré par les voitures de course Super Silhouette, le style Gurachan très exubérant émerge également, définissant ses propres codes : lame avant démesurée (deppa), petites roues, ailes larges, échappement extra-long (takeyari)… Dans un autre genre, la fin des 80s au Japon voit arriver la mode Haiso (High Society), précurseure du mouvement VIP avec ses bases luxueuses et ses modifications clinquantes.
Les Salons et la Presse Spécialisée
A mesure que la scène tuning a progressé dans le monde, des événements, salons et autres manifestations autour de la customisation auto ont fleuri dans la dernière partie du XXe siècle. Si les grand-messes comme le SEMA Show et l’Essen Motor Show ont continué sur leur lancée, d’autres rendez-vous d’envergure ont également vu le jour dès les années 1980.
Créé en 1983, le Tokyo Exciting Car Show, désormais Tokyo Auto Salon, a très vite séduit en proposant un vaste éventail de véhicules représentant les différentes tendances japonaises en matière de tuning. En France, on se souvient particulièrement du Paris Tuning Show, renommé ensuite PTS, qui s’est tenu chaque année de 2000 à 2009, mais surtout du célèbre GTI Tuning International.
En effet, si au Japon c’est le magazine Option, créé en 1981, qui a chapeauté le Tokyo Exciting Car Show, en France c’est GTI Mag qui a été l’instigateur du GTI Tuning International (et d’autres rassemblements).
Le Tuning Moderne
Ces dernières années, on peut remarquer que le tuning s’est diversifié et compte énormément de styles différents dont découlent des mouvements variés, un peu à la manière des courants musicaux. Aujourd’hui, peut-être plus que par le passé, le tuning semble davantage refléter un état d’esprit et pour certains, affirmer une volonté d’appartenir à une communauté avec les phénomènes Hoonigan, Fatlace, Stancenation, Illest, Watata, etc.
Question tendances, certaines perdurent et d’autres émergent, voire se transforment. Des styles comme le DUB (grandes jantes chromées), le Stance (voiture posée sur des jantes à fleur d’ailes), le Restomod ou Pro Touring (préparation d’une base ancienne avec des pièces modernes) restent très appréciés en Amérique. Au Japon, berceau du style JDM (véhicule modifié avec des pièces originales japonaises) si prisé à l’étranger, les Toyota GT86 et Subaru BRZ demeurent très populaires et bénéficient d’une vaste gamme d’articles spécifiques, au même titre que la Toyota GR Yaris. Les petites voitures légères, les kei cars, sont toujours bien représentées sur la scène tuning, et la mode des Itasha (décorations avec des images de personnages de manga, anime ou jeux vidéo) ne semble pas s’essouffler.
Les Différents Types de Hot Rods
On distingue aujourd'hui plusieurs types de hot rods :
- Traditional rod (ou nostalgia rod): un hot rod construit selon les méthodes de la première époque, sur une base ancienne et avec des matériaux et des techniques anciennes, ou dans la lignée des Hot-Rod de l'époque.
- Street rod: construit exclusivement à partir de pièces neuves, aux influences plus modernes (l'aspect du moteur et de certaines pièces).
- Show rod: hot rod construit principalement pour être exposé dans des rassemblements ou des salons et non pour circuler couramment.
- Drag rod: il consiste à monter un moteur surpuissant sur une structure de type Ford T renforcée et adaptée, pour participer à des courses de dragster (là encore la voiture n'est pas conçue pour circuler sur route).
- Rat rod: la dernière tendance, un hot rod dont on a laissé rouiller certaines parties métalliques pour lui donner une patine et un aspect négligé (paradoxalement cela peut représenter davantage de travail qu'un hot rod peint de manière classique) et qui est généralement très surbaissé. Outre l'aspect rouillé, la peinture peut être travaillée pour donner une allure usée. Tout ceci est fait dans une pure recherche de style ou pour donner à la caisse et à l'ensemble de la voiture une allure d'automobile qui a traversé les âges. Il est aussi dit "rat rod" d'un véhicule resté totalement dans son jus (avec ses stigmates dues à d'éventuels accidents et/ou accrochages, sa patine et sa rouille), mais avec une mécanique propre (moteur, freinage, direction etc.) ainsi qu'une structure saine (châssis, etc.). Aussi, en dehors de l'état d'esprit de "style", le "rat rod" est une façon de prendre plaisir à rouler avec une restauration mineure et de ce fait, à moindre coût !...
- Volks rods: construits sur une base de VW Coccinelle modifiée.
L'Expérience Personnelle d'un Passionné
Je suis né à Hawaï d’un père américain d’origine française et d’une mère chinoise. La première fois que j’ai vu un rod, je devais avoir neuf ans. Un type près de chez nous avait un Ford 32 coupé 5 fenêtres choppé, droppé et chanelé, avec un moteur Oldsmobile à 6 carburateurs : le style du début des années 50. A chaque fois qu’il passait devant la maison, je me disais qu’un jour moi aussi j’aurais une voiture comme celle-là.
A dix-sept ans, avec les 150 dollars offerts par ma famille pour mon succès au baccalauréat, j’ai pu acheter ma première voiture, un convertible Mercury 51 simplement droppé et équipé de jupes d’ailes arrière. Il avait un flathead préparé 3/4 course que j’ai cassé au bout d’un mois, et j’ai dû faire la plonge tout I’été dans un restaurant pour payer les réparations.
Le phénomène du hot rodding atteignit son point culminant vers 1955, avant de décliner lentement jusqu'au milieu des années 1960.
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