S'il y a une catégorie du sport automobile que Renault a marquée de son empreinte au cours de son histoire, c'est bien la Formule 1. La compétition a toujours marqué l’histoire et la culture de Renault. Cette année, la marque au losange fête son 43e anniversaire en Formule 1. De 1977 à aujourd’hui, voici l’histoire d’une marque ancrée dans le sport automobile.
Le 28 novembre dernier s’est éteint un grand nom de la Formule 1 et un grand homme au passage, un certain Franck Williams. Fondateur de l’écurie, il s’est associé avec Renault entre 1989 et 1997.
Les Débuts de Williams en Formule 1
Williams Grand Prix Engineering, plus connue sous l’appellation Williams F1 Team, est une écurie britannique créée par Frank Williams et Patrick Head, basée à Grove (Grande-Bretagne) et engagée en Formule 1 depuis 1977. La grande histoire d’amour entre Frank Williams et le sport automobile a commencé bien avant la création de l’écurie Williams et de son arrivée sur la grille.
Si le Britannique créé une société à son nom en 1968 en premier lieu, c’est avant tout pour pouvoir vendre ses châssis à des écuries de pointes alignées sur les championnats de F2 et F3. Dès 1969, Frank Williams aligne plusieurs monoplaces en Formule 1 : il commence par une Brabham, puis une De Tomaso en 1970, deux March les deux années suivantes ainsi qu’une Politoys.
Si les résultats en piste de ses voitures s’avèrent médiocres, le Britannique ne se décourage pas pour autant et décide de se lancer dans le grand bain des constructeurs, en développant sa propre Politoys en 1972. Si Frank Williams se laisse convaincre par un partenariat avec l’écurie du milliardaire austro-canadien Walter Wolf, leur aventure commune prendra fin après seulement une saison, lorsque le magnat de plates-formes de forage sous-marines décide de le virer de son écurie pour en prendre seul le contrôle.
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Par manque de temps, les deux compères alignent en 1977 une March déjà présente sur la grille l’année précédente, mais obtiennent dès l’année suivante, leur propre titre de constructeur, sans grand succès pour le moment. L’écurie britannique se retrouve neuvième du championnat. C’est en 1979 que la belle histoire de Williams en F1 va réellement débuter, avec la première victoire de Clay Regazzoni lors du Grand Prix de Grande-Bretagne pour son écurie, suivie de quatre succès d’Alan Jones.
En 1980, Williams va réaliser ce qui cinq ans plus tôt, paraissait encore impensable, avec Alan Jones. L’Australien, présent depuis les tous débuts de l’écurie britannique, empoche cinq victoires au cours de la saison et ravit son unique championnat du monde, le premier pour Williams Grand Prix Engineering également.
Dès fin 1983, les vieillissants moteurs Cosworth laissent place à un motoriste plus ambitieux, en la personne de Honda. 1986 et 1987 vont être marqués par deux nouveaux titres au championnat des constructeurs pour Williams, sous l’impulsion du Brésilien Nelson Piquet. En 1986 toutefois, un drame va toucher la famille Williams, puisque Frank va être impliqué dans un terrible accident de la route alors que son équipe revenait d’une session de tests privés sur le Circuit Paul Ricard du Castellet (Var).
Williams retrouvera définitivement les sommets au cours d’une saison 1987 qu’elle dominera de la tête et des épaules. Jusqu’au bout, Nelson Piquet et Nigel Mansell se battront pour le titre, qui reviendra finalement au Brésilien pour la troisième et dernière fois de sa carrière. Mais sous fond de querelle en interne, il finira par quitter l’écurie, vexé de ne pas être clairement considéré comme le numéro un.
L’écurie britannique, qui s’est tournée vers la société Judd pour les moteurs, paye les pots cassés lors de la saison 88. En attendant Renault pour la saison suivante, Nigel Mansell décroche deux maigres podiums. C’est surtout la première année de Williams sans la moindre victoire en près de dix ans. Elle achève le championnat au septième rang, et perd de nouveau l’un de ses pilotes, Mansell, qui rejoint Ferrari.
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Le Partenariat Williams-Renault (1989-1997)
Après le retrait de Renault de la F1, les ponts ne sont pas complètement rompus avec la discipline reine du port automobile. Une cellule de veille est maintenue, dirigée par Bernard Dudot. Elle est chargée de garder le contact avec la Formule 1 et de plancher sur un nouveau programme technique. Au cas où l’entreprise déciderait un retour, un jour…
Dès le milieu de l'été 1988, Bernard Dudot et son équipe reviennent dans le paddock de la F1. Ils ont conçu un inédit V10 atmosphérique qui a vocation à faire ses débuts en 1989, date à laquelle les moteurs turbo seront exclus pour des raisons de sécurité - les puissances atteintes étaient démentielles. Toutefois, Renault n'envisage pas de conduire, comme par le passé, un programme complet châssis-moteur. C’est en tant que motoriste qu’il se place.
L'écurie Williams, qui connaît la qualité des hommes de Viry-Châtillon, n'hésite pas à montrer son intérêt. C’est elle qui va bénéficier du V10 français, dont le premier succès ne tarde pas. Il intervient dès la sixième épreuve de la saison au Canada avec Thierry Boutsen aux commandes de la monoplace anglo-française. Le pilote belge récidivera en fin d’année en Australie. Un bon départ confirmé par les deux nouveaux succès qui ponctuent l’année 1990 : Ricardo Patrese à Saint-Marin et Boutsen en Hongrie.
Si la paire de pilotes est complètement renouvelée en 1989, avec Thierry Boutsen et Riccardo Patrese au volant, les résultats vont sensiblement s’améliorer. Le pilote belge décrochera deux victoires, et permettra à l’écurie de Frank Williams de remonter au deuxième rang des constructeurs, toujours derrière les intouchables McLaren. Même bilan pour l’exercice suivant, conclu par deux nouvelles victoires du duo lors des Grands Prix à Imola et Budapest, mais une décevante quatrième place aux constructeurs.
L’association avec Renault connaît un léger coup d’arrêt. Le retour dans l’écurie de Mansell à la place de Boutsen donne un nouvel élan à la Williams F1 Team. Malgré un début de saison poussif, elle arrache sept victoires au terme d’un nouveau championnat dominé par Ayrton Senna et McLaren, dont l’avance était finalement trop importante.
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Mais le vent a semble-t-il tourné, et permet à Williams en 1992 de décrocher pas moins de dix victoires et quinze pole positions, dont neuf pour le seul Nigel Mansell. Le Britannique peut enfin jubiler, il est sacré champion du monde de Formule 1 pour la première fois de sa carrière, après treize longues saisons d’attente.
Malgré le nouveau départ d’un de ses champions du monde, l’écurie britannique ne perd pas de sa superbe. Alain Prost est venu garnir les rangs d’une écurie déjà cinq fois championne du monde, et le Français compte bien y ajouter une nouvelle ligne. Il fera équipe avec le désormais ex-pilote d’essai de Williams, un certain Damon Hill, venu combler le départ de Patrese.
L’expérience du Professeur va permettre à l’écurie britannique de surfer à nouveau sur le championnat, avec quinze pole positions dont treize à lui seul - portant à 24 le nombre de poles consécutives de Williams, à cheval sur les saisons 92 et 93. Bien qu’un temps, la domination annoncée des monoplaces britanniques ne soit qu’un mirage, McLaren ayant largement comblé son retard, Prost finira par être de nouveau sacré champion, au terme d’une belle série de sept victoires consécutives.
Si le Français tire sa révérence sur ce dernier exploit, Ayrton Senna le remplace pour la saison 1994. Celui qui aura longtemps été le bourreau de Williams, fait équipe avec Damon Hill, dont la première saison fut une réussite aux côtés de Prost. La monoplace britannique, la FW16, est dépourvue d’aides au pilotage électroniques à l’entame de la saison, comme la F1 le souhaitait.
Si le pilote brésilien entame la saison avec deux pole positions, il finira par abandonner à chaque reprise, laissant Michael Schumacher et sa Benetton l’emporter. Lors de la troisième épreuve de la saison, le Grand Prix de Saint-Marin à Imola, il réitère ses précédentes performances en s’élançant de nouveau de la première place sur la grille.
Il faut dire que le week-end est déjà marqué par la violente sortie de piste de Barrichello lors des essais, mais surtout par le tragique décès de Roland Ratzenberger en qualifications. Le Grand Prix est pourtant maintenu le lendemain, et, alors que les pilotes s’élancent finalement, Ayrton Senna perd le contrôle de sa monoplace après à peine un tour lancé à pleine vitesse, dans le virage de Tamburello.
Quelques heures après son transfert à l’hôpital, Ayrton Senna décède des suites de ses blessures à la tête. Le reste de la saison pourrait sembler anecdotique tant le week-end à Imola s’est avéré tragique, mais le sport a repris ses droits et Damon Hill poursuivait l’œuvre de son coéquipier, face à la remuante Benetton de Michael Schumacher.
Le Britannique échouera finalement à l’emporter, pour un point seulement, au profit de l’Allemand. En 1995, après que David Coulthard et Nigel Mansell se soient échangés le second baquet aux côtés d’Hill, le premier cité en hérite finalement. Mais face à la Benetton, elle aussi équipée d’un moteur Renault, les deux pilotes anglais se retrouvent impuissants et commettent de nombreuses erreurs.
Malgré cinq victoires de Damon Hill au cours de la saison, Schumacher l’emporte pour la seconde fois consécutive au championnat. En 1996, Damon Hill fait désormais équipe avec le néo-champion d’Indycar, Jacques Villeneuve. La FW18 s’avère encore plus rapide que ses devancières, et va très rapidement donner un combat à deux têtes pour le championnat des pilotes.
Mais l’expérience de l’Anglais lui permettra finalement de l’emporter, enfin, après avoir signé huit victoires au cours de la saison. Troisième titre en cinq saisons pour le prestigieux duo Williams Renault. Justement, en parlant du pilote canadien, il va lui aussi se faire un nom au cours de la saison 1997.
La monoplace britannique est à nouveau au-dessus du lot et de la concurrence, mais Villeneuve va devoir faire face au coriace Michael Schumacher, parti chez Ferrari entre-temps. Surtout que le Canadien n’est plus le coéquipier de Damon Hill, remplacé par un Heinz-Harald Frentzen plus discret au championnat.
Si Villeneuve commence la saison sur les chapeaux de roue, son avance va rapidement s’étioler à la faveur d’un très bon Schumacher lors de la période estivale. À tel point que le pilote allemand prend les commandes du championnat avant la dernière course de la saison, à Jerez (Espagne). Une course qui s’apprête à rentrer dans les livres d’histoire, tant l’issue en sera tragique pour l’un, merveilleuse pour l’autre.
En qualifications, Jacques Villeneuve s’assure de la pole position, bien que trois pilotes se retrouvent à égalité totale à son terme, dont Schumacher. Mais le Canadien, qui a réalisé le chrono en premier, hérite de la première place sur la grille. Le lendemain, il est rapidement dépassé par son adversaire à la suite d’un départ plus que moyen.
Mais le Canadien ne lâche pas le morceau, et se rapproche au fil des tours de Schumacher, jusqu’à tenter un dépassement. Une manœuvre qui n’a semble-t-il pas été du goût du Baron Rouge, qui tente d’un coup de volant sec, de sortir son homologue de la piste.
Fort heureusement, Villeneuve trouve le moyen de rester en tête, alors que Schumacher se retrouve coincé dans le bac à graviers. Si la victoire échappe à Villeneuve, l’issue est désormais connue : pour sa deuxième saison en F1, le Canadien est sacré champion du monde, au même titre que la Williams F1 Team.
Car dès l’année suivante, les Williams pâtissent du départ de Renault et de l’ingénieur, quasi directeur technique, Adrian Newey. Villeneuve n’a pas les armes pour se battre et tenter de conserver son titre, qu’il laisse au profit de la McLaren de Mika Häkkinen. C’est d’ailleurs la première année de Williams sans victoire depuis près de dix ans, ce qui provoquera le départ de Villeneuve et Frentzen à son issue.
Les Chiffres Clés du Partenariat Williams-Renault
Cette alliance a connu de nombreux succès entre 1989 et 1997, avec quatre titres pilotes, cinq titres constructeurs et 63 victoires en course à son palmarès.
| Championnat | Année |
|---|---|
| Pilotes | 1992 (Nigel Mansell), 1993 (Alain Prost), 1996 (Damon Hill), 1997 (Jacques Villeneuve) |
| Constructeurs | 1992, 1993, 1994, 1996, 1997 |
| Victoires en course | 63 |
L'Héritage et l'Avenir
Le retour dans l’écurie de Mansell à la place de Boutsen donne un nouvel élan à la Williams F1 Team. L'Alliance anglo-française originelle a connu de nombreux succès entre 1989 et 1997, avec quatre titres pilotes, cinq titres constructeurs et 63 victoires en course à son palmarès. Ensemble, nous avons produit des voitures de course reconnues pour leur innovation technique et cela reste toujours la période la plus fructueuse de Renault en F1 à ce jour. C'est une opportunité extrêmement exaltante, pour les deux entités Renault et Williams."
En proie à de grandes difficultés financières à la fin des années 2010, Williams est rachetée par le fonds d’investissement américain, Dorilton Capital, qui place Jost Capito à la tête de l’équipe.
La saison 2020 a marqué pour l'écurie Williams un tournant important de son histoire longue de quatre décennies. Après avoir été éclipsé par McLaren à la fin des années 1980 et au début des années 1990, Williams va connaître son âge d'or grâce au partenariat avec Renault.
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