L’ancien pilote automobile français Jean-Pierre Jabouille, artisan de la première victoire de Renault en Formule 1, est décédé à l’âge de 80 ans. Sa famille a annoncé la triste nouvelle le 2 février. Jean-Pierre Jabouille laisse derrière lui un héritage considérable dans le monde du sport automobile. Sa contribution au développement technique de la Formule 1, notamment avec l’introduction du moteur turbo, a ouvert la voie à une nouvelle ère de performances.

Un Parcours Singulier

Né à Paris le 1er octobre 1942 dans un milieu aisé, titulaire d’un diplôme d’ingénieur, son palmarès compte aussi un titre de champion d’Europe de Formule 2 remporté en 1976. Il participe à sa première grande course automobile en 1966, lors des 1 000 km de Monza. L'année suivante, il participe au championnat de France de Formule 3 avec une Matra et se classe quatrième. En 1968, il participe à quelques courses de voitures de sport, dont les 24 Heures du Mans (épreuve qu'il courra à treize reprises). En Formule 3, il termine deuxième du championnat en 1968, puis troisième en 1969 et de nouveau deuxième en 1971.

C’est son association avec Renault qui va permettre à celui que la presse surnomme « le Grand Blond » de s’imposer dans la discipline reine du sport automobile, non sans commencer par s’attirer surtout des quolibets. Le constructeur français est alors le seul à parier sur le moteur turbo-compressé à six cylindres de 1500cc alors que les autres font courir des moteurs « classiques » V8 ou V12 de 3000cc.

Les Débuts en Formule 1

Jabouille fait des débuts plutôt anonymes en F1 en 1974 sans se qualifier et dispute sa première course en 1975. En 1975, alors qu'il court en F2 et qu'il remporte une course, il est engagé par Tyrrell pour le Grand Prix de France en F1. Qualifié en vingt-et-unième position, il termine la course à la douzième place.

En 1977, Jean-Pierre revient en F1 avec une Renault RS01 dotée d'un moteur turbocompressé. Il participe depuis le début à la mise au point de ce projet. Les débuts seront difficiles, car la voiture est peu fiable et il ne termine aucun Grand Prix. Après avoir effectué ses débuts en course à la mi-1977, la Renault RS01 est vite surnommée « la théière jaune » en raison de sa couleur mais surtout de sa propension à faire exploser son moteur dans un nuage de fumée blanche. Mais Jabouille n'en a cure. Il s'obstine, travaille avec les ingénieurs et croit au potentiel de la monoplace. Il connaîtra une série de 13 abandons avant de pouvoir enfin marquer ses premiers points au Grand Prix des Etats-Unis en octobre 1978 avec une 4e place.

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La Victoire Historique de Dijon-Prenois en 1979

En 1979, en Afrique du Sud, il réussit à décrocher sa première pole position, qui est également la première de Renault, profitant de la perte de puissance qui affecte les moteurs atmosphériques. Cependant la voiture continue de rencontrer des problèmes mécaniques et, à mi-saison, Jean-Pierre n'a toujours pas marqué de point. Puis arrive le Grand Prix de France. Lors des qualifications, Jean-Pierre décroche la pole position devant son équipier René Arnoux.

René Arnoux le rejoint chez Renault en 1979 et en juillet, sur le circuit de Dijon-Prenois, il monte pour la première fois, tout comme Renault, sur la plus haute marche du podium. Cependant, c'est Gilles Villeneuve qui s'empare du commandement au départ, mais Jean-Pierre parvient à prendre la tête après la mi-course et remporte sa première victoire en F1, qui est également la première pour un moteur turbo.

L'ironie est que l'histoire se souviendra davantage du duel que se livrent Arnoux et le Canadien Gilles Villeneuve (Ferrari) pour la 2e place que de la victoire de Jabouille. « Je pensais uniquement à terminer la course, racontait-il à l'AFP en 2018. Je savais qu'on avait une chance si on arrivait au bout. C'était une grande fierté parce que c'est dur de gagner en F1. Un soulagement aussi parce que j'avais souvent été en tête et, à chaque fois, j'avais connu des problèmes de fiabilité. »

Fin de Carrière en Formule 1

Il faudra ensuite attendre le GP d'Autriche plus d'un an plus tard pour voir Jabouille gagner à nouveau, et pour la dernière fois, en F1, non sans avoir encore abandonné à... 14 reprises entre ses deux triomphes. En 1980, il n'a pas plus de chances. Il ne sera classé que deux fois, dont le Grand Prix d'Autriche où il remporte sa deuxième victoire. Si la technologie du turbo devient la norme en F1, Jabouille cède sa place chez Renault à Alain Prost après s'être cassé les deux jambes à la fin de la saison 1980.

Au Canada, il est victime d'un terrible accident et le diagnostic est sévère : sept fractures à la jambe droite. Il rejoint Ligier la saison suivante mais se rend rapidement compte que les séquelles de ses blessures l'empêchent de revenir au plus haut niveau et décide de quitter la F1. Il revient l'année suivante avec Ligier. Il dispute quelques courses sans succès, et voyant qu'il ne parvient pas à retrouver son niveau, il préfère renoncer à piloter en F1 mais reste chez Ligier comme conseiller technique.

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Cela ne l'empêchera pas de déclarer dans un autre entretien à l'AFP en 2019 qu'"à l'heure actuelle, on sort, on va faire un tour dans l'herbe et on revient. On a fait d'énormes progrès en terme d'absorption des matériaux et il faudrait mettre des barrières autour des circuits pour que la voiture soit un peu endommagée en cas de sortie de route sans risques pour le pilote". Il reprend néanmoins la compétition en participant au championnat de voitures de tourisme.

L'Après-Formule 1 : Endurance et Reconversion

Jabouille reviendra ensuite à ses premières amours, l'endurance, avec Peugeot. Déjà riche de deux troisièmes places au 24 Heures du Mans en 1973 et 1974 avec Matra, il en obtient deux autres en 1992 et 1993 avec la marque au Lion. Après s’être retiré des circuits en 1981 suite à une grave blessure, Jean-Pierre Jabouille ne quitte pas pour autant le monde de la course automobile. Il se lance dans la gestion et le développement d’écuries, laissant sa marque indélébile sur divers aspects techniques de ce sport.

En dehors des circuits, Jean-Pierre menait une vie discrète mais riche de passions diverses. Amoureux de la nature, il consacrait son temps libre à cultiver des arbres fruitiers, transformant son jardin en un petit havre de paix.

Hommages et Héritage

« Nous sommes ce que nous sommes aujourd'hui grâce à Jean-Pierre et son héritage perdure », a indiqué Alpine, qui regroupe les activités courses de Renault, dans un communiqué. À la nouvelle de son décès, les hommages affluent de toutes parts. Pilotes renommés, constructeurs automobiles et fans de sport automobile ont exprimé leur tristesse et leur gratitude pour ses contributions inestimables.

Même après sa retraite sportive, il continuait d’enseigner et de transmettre son savoir lors de séminaires et sessions privées. Son travail sur les moteurs turbo révolutionna la conception des voitures de course.

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Palmarès de Jean-Pierre Jabouille en Formule 1
Saison Équipe Grands Prix Disputés Victoires Meilleur Classement
1975-1981 Iso, Surtees, Tyrrell, Renault, Ligier 49 2 1er (France 1979, Autriche 1980)

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