Depuis leur lancement en 1992, les Mitsubishi Lancer Evolution se sont construites une réputation enviable de berlines ultra sportives, capables d'offrir des performances de haut vol pour un prix très attractif.
Au tout début des années 90, Mitsubishi connaît des résultats en berne dans son programme compétition, notamment en groupe A des rallyes avec la Galant VR4 lancée en 1988. La décision est donc prise par le département compétition Ralliart de se tourner vers un modèle plus petit et plus léger : la Lancer.
Pour obtenir son ticket d'entrée en groupe A, Mitsubishi doit cependant produire 2500 exemplaires homologués route du véhicule engagé. C'est ainsi que les versions de Lancer Evolution destinées à la compétition furent baptisées RS et les versions plus luxueuses GSR. Pour l'anecdote, les 2500 premiers exemplaires de la Lancer Evo 1 GSR furent vendus en 3 jours.
Depuis, ce sont 10 modèles de "lan evo" qui se sont succédés, élevant sans cesse le niveau de performances et d'efficacité. Outre une popularité acquise par le biais du jeu vidéo Gran Turismo, la Mitsu Lancer est surtout connue des passionnés pour avoir permis à Tommi Mäkinen d'inscrire 4 fois son nom en tête du championnat pilote entre 1996 et 1999 avec les Lancer Evo III, IV V et VI. Cette saga mémorable fût même couronnée par le sacre de Mitsubishi au titre de champion du monde des constructeurs en 1998.
La Mitsubishi Lancer Evolution est complètement revue en 1996. Construite sur cette nouvelle plateforme, la Lancer Evo IV va continuer à établir le rayonnement international de la Lancer par une série d'évolutions victorieuses en WRC, conduisant jusqu'à l'Evo 6 qui nous intéresse ici. L'Evo VI fait son apparition en janvier 1999.
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Sur l'Evo VI, les modifications sont surtout d'ordre aérodynamique et répondent à un changement de réglementation du WRC. Ainsi le pare-choc avant adopte des antibrouillards plus petits et repoussés aux extrémités pour élargir la grille centrale. La plaque d'immatriculation est au format carré et décalée à droite de la grille. Le refroidissement du moteur et de l'échangeur est aussi grandement optimisé au passage. Le Cx et la portance sont améliorés à l'avant et à l'arrière, grâce à un nouvel aileron à double lame dont celle du haut est réglable.
Fruit d'une réflexion intensive, la Lancer Evo est avant tout une voiture d'ingénieurs, exposant sa technicité bien avant une quelconque préoccupation esthétique. Rien de superflu, que de l'utile !
L'intérieur de la Lancer Evolution VI
L'intérieur Recaro bleu et noir fait bonne impression dès qu'on ouvre la porte. Néanmoins, on déchante assez vite à la vue d'une finition typique des japonaises des années 90. Plastiques durs et brillants, assemblages aux normes US... bref, le dessin sans âme de la planche de bord ne séduit pas particulièrement.
Le pilote se consolera avec un compte-tour sur fond bleu dont la zone rouge démarre à 7 et un petit volant Momo à trois branches très agréable en mains. L'ergonomie ne prête pour autant pas flanc à la critique, exception faite du volant à droite, auquel nous ne sommes pas vraiment habitués !
L'équipement de série comprend l'essentiel de l'époque, dont les vitres électriques et la climatisation sur cette version GSR presque bourgeoise. Les petit plus sont le repose-pied et un support de jambe Ralliart ajoutés à gauche du poste de pilotage.
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Les baquets maintiennent à la perfection et on sent très vite monter une irrésistible envie de bousculer cette brute épaisse !
Les versions RS de la Lancer Evolution
Les versions RS de lancer Evolution correspondent au modèle de base destiné avant tout à la compétition. Allégé et dépouillé de ses équipements, dotée de petites roues en tôle hébergeant des freins plus petits avec étriers 2 pistons et dépourvu d'ABS, ces modèles ne sont pas vraiment destinés à un usage routier bien que leur puissance soit identique à celle des versions GSR et qu'ils soient homologués pour. RS2, correspondant à une finition intermédiaire conçue sur la base de la RS avec un équipement légèrement plus fourni...
Motorisation et performances
Le 4 cylindres en ligne type 4G63 de Mitsubishi a été introduit au début des années 80 dans le Mitsubishi Chariot. Hormis ce monospace sans vocation sportive, il équipera plusieurs modèles de la marque et se trouve encore de nos jours dans la... Brillance BS6 !
Le potentiel incroyable de cette mécanique, maintes fois démontré en compétition, ira jusqu'à décrocher le titre de la plus haute puissance spécifique pour un moteur de série dans la Lancer FQ-400, série limitée Mitsubishi UK, avec 202 ch/L !
Coiffé par une culasse double ACT à 16 soupapes dans la Lancer, ce 1997 cm3 reçoit un équipage mobile spécifique et l'appui d'un turbocompresseur IHI TD05HR-16G6-10.5T avec échangeur. A partir de l'Evo 4, il s'agit d'une turbine twin-scroll permettant une réduction significative des temps de réponse. Dans l'Evo 6, la fiabilité mécanique a encore été augmentée par la réorganisation du circuit de refroidissement, sans évolution de puissance ni de couple cependant.
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On dispose donc "officiellement" de 280 ch à 6500 tr/mn et de 380 Nm dès 3000 tours. Si les chiffres ne vous parlent pas, il faut traduire ces données par une énorme disponibilité à tous les régimes et des reprises époustouflantes !
Un peu timide au démarrage, le 2.0 japonais demande à monter en température tranquillement avant de dévoiler sa vraie personnalité. Ferme dans son guidage, mais précise, la boîte manuelle 5 rapports semble étagée pour tirer le meilleur parti du moteur.
Souple et étonnamment civilisé à bas régime, on en oublierait assez facilement les gènes de la compétition qui circulent dans les veines de ce moteur là. Et pourtant, il suffit d'appuyer un peu plus au fond à droite pour qu'instantanément l'avalanche de couple se déverse sur les 4 roues et vous expédie dans une montée en régime enivrante ! Poussant comme un enragé jusqu'au rupteur, le moteur Mitsubishi ne présente presque aucune inertie et sa sonorité, plutôt bien audible de l'intérieur, permet de prendre conscience des choses. En trois mots : ça pousse fort !
Le chronomètre affiche un peu plus de 5" au 0 à 100 km/h et un stupéfiant 24" au 1000m D.A. En tenant compte du poids respectable de l'Evo GSR, cela donne une bonne idée de la santé du bignou... de même que la jauge à essence qui descend à vue d'oeil confirme un appétit à l'avenant.
Châssis et tenue de route
Déjà bien conçue à la naissance, la coque de la Lancer Evo 6 a été sensiblement rigidifiée via 130 points de soudure supplémentaires. L'objectif étant de compenser un amortissement plus ferme avec abaissement de la caisse de 10mm et des trains montés plus rigides.
Les dessous sont bien ceux d'une voiture de course, avec une double triangulation ultra soignée aux 4 coins et des possibilités de réglages dans tous les sens. Volant en mains, cela se ressent immédiatement par un guidage très précis du train avant et l'absence de bruits parasites dans l'habitacle. Aucun craquement de caisse, aucun mouvement incontrôlé, c'est du grand art... du Ralliart.
Le clou du spectacle est bien entendu la collection de 3 autobloquants montés en sortie de boîte, avec un Torsen sur l'avant, un viscocoupleur au centre et le fameux pont piloté AYC (Active Yaw Control) inauguré par l'Evo IV (de série, uniquement sur les versions GSR).
Emprunté à la Galant VR-4, ce pont piloté électroniquement gère le blocage de chaque roue arrière en fonction de l'angle de dérive de la voiture et divers paramètres mesurés en temps réels, tels que la vitesse, l'accélération latérale et longitudinale ou encore le freinage.
Quand on sait la difficulté de concilier ces deux aspects, on ne peut qu'applaudir l'étalage du savoir-faire Mitsubishi. Même un pilote non professionnel pourra se faire énormément plaisir au volant, avec un comportement vif et agile, semblant totalement naturel. Il en résulte un plaisir de conduite rare sur ce type d'auto et une efficacité sans pareil.
Tommi Mäkinen Edition
Proposée en série limitée en mars 2000, la série limitée Tommi Mäkinen Edition (aussi appelée Evo 6.5 ou "TME") fête le 4ème sacre de champion du monde des rallyes du pilote fétiche Mitsubishi. Cette version se différencie de l'Evolution VI GSR par son pare-choc avant optimisé pour le refroidissement du radiateur et la trainée aérodynamique. La décoration aux couleurs du modèle engagé en WRC avec les stickers Ralliart est complétée par une sellerie noire et rouge et des appliques en alu. Cette version est aussi équipée d'un turbo titanium offrant plus de couple à bas et mi-régime. La ligne d'échappement est également spécifique à la Tommi Makinen Edition. Les jantes 17" blanches reprennent le dessin de celles utilisées en groupe A par l'équipe officielle WRC.
Importation et homologation en France
Jusqu'à la Lancer Evo VIII, première importée officiellement en France, les Mitsubishi Lancer furent rarement immatriculées chez nous, les démarches étant aussi longues que complexes. Il faut pourtant savoir que la branche allemande de Ralliart a réalisé une homologation par type de ces véhicules importés sur son sol (chaque numéro a été identifié spécifiquement), ce qui a permit à certains d'homologuer de manière assez simple quelques Lancer Evo 6 RS2 en France.
Malheureusement, cette filiale a fermé depuis 2008 et ne vous sera plus d'aucun secours pour homologuer une Evo LHD avec un Vin à 17 chiffres, à part si sur un coup de chance incroyable le propriétaire précédent avait gardé un certificat de conformité (CoC) issu de l'Union Européenne !
A défaut, Mitsubishi France quant à lui, ne pourra vous fournir qu'un certificat de non conformité, néanmoins indispensable. Bref, pour profiter d'une Evo 6 en France, importée par exemple d'Angleterre où les prix et le nombre de modèles proposés se montrent alléchants, concrètement il vous faudra démontrer à la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) que ce véhicule est à même de rouler nos routes (RTI obligatoire).
Et notamment en s'affranchissant de 5 tests auprès de l'UTAC, à Montlhéry, seul laboratoire agréé par l'état : pollution, freinage, bruit, anti-parasitage et rétrovision. Moyennant un petit supplément budgétaire de 1500€ environ et surtout de la bonne volonté au sein de votre Dreal pour reconnaître que le véhicule est en conformité avec le code de la route français (ce qui implique de changer plusieurs pièces spécifiques, notamment les phares) votre rêve de rouler en Mitsubishi Lancer Evo 6 pourra se réaliser...
Fiabilité et entretien
Globalement fiable avec un entretien scrupuleux, la Lancer ne souffre en général que de modifications mal maîtrisées ou d'un usage trop exigeant. L'embrayage est un fusible assez sensible, première victime du couple moteur avant que cela ne se répercute sur la transmission elle-même. La boîte et le pont piloté AYC coûtent une petite fortune.
Le moteur peut émettre des bruits de poussoirs hydrauliques importants, souvent liés à un problème de niveau ou de qualité d'huile. Gare également aux fumées bleues à l'échappement, signe d'une mécanique bien fatiguée ! Côté châssis, les disques de freins ont une forte tendance à se voiler. Sur ce point, on acceptera volontiers une petite entorse à l'origine.
Enfin, bien que peu fournie en équipements électroniques, la Lancer Evo peut présenter des dysfonctionnements au niveau électrique, que ce soit sur le branchement de batterie lui-même, la jauge à essence ou le compteur de vitesse, une réception radio médiocre ou des remontées d'odeurs de la climatisation.
L'Evo 6 au cinéma
Au-delà de ses coups d'éclats en compétition, l'Evo 6 est également celle qui a fait connaître le modèle "civil" au grand public par son apparition au cinéma dans le film Taxi 2. Ce film français réalisé par Gérard Krawczyk, produit et écrit par Luc Besson, est sorti en 2000 soit quelques années après la Lancer Evo 6. Confronté à un gang de Yakuza le taxi Marseillais va avoir fort à faire pour se débarasser des méchants.
Conclusion
Véritable icône, la Mitsubishi Lancer Evolution 6 mérite amplement sa réputation. Grisante à piloter et aussi fonctionnelle que n'importe quelle berline de bon père de famille, cette WRC endimanchée n'a rien perdu de sa rage de vaincre.
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