Ce n'est pas la première fois que la rémunération du patron de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi lui vaut d'être sous le feu des projecteurs.
Rémunération et Controverses
Accusé ce lundi d'avoir notamment caché une partie de ses revenus au fisc japonais, le président de Nissan a été arrêté à Tokyo. De son côté, le constructeur automobile nippon confirme ces accusations, évoquant le rapport d'un lanceur d'alerte et une enquête interne.
Toujours incarcéré au Japon, Carlos Ghosn n'est plus le patron de Renault depuis mercredi soir. C'est désormais officiel : depuis mercredi soir, Carlos Ghosn n'est plus le président de Renault . La nouvelle a été annoncée ce jeudi matin par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.
Visé par trois inculpations au Japon , le désormais ex-patron du constructeur automobile a été remplacé ce jeudi par un tandem composé de Thierry Bolloré, qui devient directeur général, et de Jean-Dominique Senard, désormais président.
Un salaire élevé justifié ?
En 2010, son salaire de PDG de Nissan est révélé pour la première fois, il avoisine les 7,56 millions d'euros. Le Premier ministre japonais de l'époque, Naoto Kan, se fend aussitôt d'une pique : « Pourquoi est-ce que le salaire de Carlos Ghosn est si élevé ? Parce qu'il est très fort pour licencier des gens. »
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L'année suivante, le salaire du patron le mieux payé du Japon augmente pourtant encore de 10 %. Il perçoit alors 8,4 millions d'euros. Soit sept fois plus que le président de Toyota, quand bien même il n'est chez Nissan qu'une partie du temps, selon l'argument de ses détracteurs de l'époque.
Triple-patron
Carlos Ghosn est en effet également patron de Renault et président de l'Alliance Renault-Nissan. Sans oublier son poste de président de Mitsubishi depuis fin 2016. Pour son rôle au sein du constructeur français, il perçoit en 2011 une gratification de 1,23 million d'euros.
Si ce salaire fixe n'a pas évolué depuis, la part variable a quant à elle considérablement augmenté. En 2015, le dirigeant franco-brésilien a en effet touché au total pas moins de 7,25 millions d'euros, dont 4,2 millions d'euros liés à la valeur d'actions de performance qui lui ont été attribuées.
Mais en avril 2016, à l'occasion de l'assemblée générale de l'Alliance, les actionnaires rejettent la rémunération du PDG qui leur est présentée dans le détail pour la première fois.
L'ire d'Emmanuel Macron
Comme en 2011 pour Nissan, Carlos Ghosn justifie sa rémunération par les bonnes performances de Renault en 2015. Quelques jours après l'assemblée générale, les administrateurs du constructeur français ont décidé d'avaliser le salaire du PDG, passant outre le vote des actionnaires simplement consultatif.
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Assez pour susciter l'ire d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie. Ce dernier avait été jusqu'à menacer de « légiférer » si le conseil d'administration ne revoyait pas à la baisse la somme accordée à Carlos Ghosn. Même le patronat français s'est fendu d'une lettre pour appeler le dirigeant à la « mesure », rappelant qu'en intégrant le salaire versé par Nissan, la gratification de Ghosn s'élevait à 15 millions d'euros.
Baisse de salaire en 2018
Fin juillet 2016, le conseil d'administration de Renault avait accepté de réduire de 20 % la part variable de la rémunération du PDG. Pas de quoi calmer la colère de Bercy à l'époque qui avait promis « d'en rediscuter », ne jugeant pas ses propositions « suffisantes ».
En 2017, Carlos Ghosn a toutefois perçu 7,4 millions d'euros (+ 4,5 % sur un an), dont 4,6 millions d'euros en actions de performance, selon le rapport annuel de Renault. Mais la rémunération du dirigeant devrait bel et bien baisser en 2018, à la suite de la nomination d'un bras droit chez Renault (Thierry Bolloré).
En 2015, le PDG de Renault a encore touché un salaire faramineux à la tête du constructeur automobile français. Et c'est sans compter son double salaire chez Nissan.
Détails de la rémunération de Carlos Ghosn
Patron de Renault comme métier, ça paie aussi bien que star du ballon rond: l’an dernier, Carlos Ghosn a gagné très précisément 7,251 millions d’euros, au titre de ses fonctions de PDG du constructeur automobile français. En 2015, Ghosn n’a bénéficié «que» d’une augmentation de 0,49%, alors que les profits de Renault ont bondi de 48% à près de 3 milliards d’euros.
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Mais sa rémunération avait flambé de 170% entre 2013 et 2014, passant de 2,669 millions à 7,215 millions d’euros, ce qui avait fait légèrement polémique au moment où Renault prévoyait près de 8000 suppressions de postes en France. D’autant que le bon Carlos touche, par ailleurs, plus de 8 millions d’euros par an au titre de ses fonctions de PDG de Nissan. Un double salaire qui l’amène tranquillement aux 15 millions d’euros de revenus et des brouettes par an. Autant que Zlatan au PSG.
Dans le détail, sur ses 7,251 millions d'euros payés par Renault, Ghosn a perçu 1,732 million cash, une part variable (445 875 euros) et le reste en «actions de performance» (4,184 millions d'euros), plus quelques gratifications supplémentaires (48 000 euros en tant qu'administrateur de Renault notamment).
Le tout devrait encore faire du PDG de Renault l'un des patrons les mieux payés de France, avec le boss de L'Oréal Jean-Paul Agon et celui de LVMH Bernard Arnaud.
Commentaire du délégué CGT de Renault, Fabien Gâche: «On est dans des rémunérations complètement indécentes au regard de ce que Carlos Ghosn et les premiers dirigeants imposent aux salariés...» A savoir, zéro augmentation générale cette année encore.
Et de conclure avec un certain bon sens populaire: «Ceux qui expliquent aux autres qu'il faut qu'ils se serrent la ceinture ne manquent pas de s'attribuer des salaires extravagants et qui coûtent de plus en plus cher à l'entreprise.»
Ancien bras droit de Ghosn chez Renault, le patron de PSA Peugeot Citroën, Carlos Tavares, fait, lui, figure de «petit salaire» avec ses 2 750 936 euros brut perçu en 2014 (son salaire 2015 n'a pas encore été dévoilé), même s'il s'était largement augmenté lui aussi: «Alors que le seul PDG a eu une augmentation de rémunération de 211% en un an, pour les salariés la dernière augmentation de salaire (43 euros bruts par mois) remonte à mars 2012!», avait tonné la même CGT il y a un an en découvrant sa fiche de paie.
Révélations sur un contrat secret
"Je dois vous dire que je suis toujours profondément sous le choc. J'ai encore beaucoup de mal à digérer ce qui s'est passé." Interrogé par les Echos en janvier, Hiroto Saikawa n’avait pas pardonné à Carlos Ghosn. Le patron de Nissan aurait-il la mémoire courte ? C’est ce que sous-entend le Financial Times, relayé par les Echos.
A en croire le quotidien économique américain, Hiroto Saikawa aurait lui-même donné son accord pour la rémunération polémique de Carlos Ghosn, qui a conduit à son interpellation à Tokyo le 19 novembre dernier.
En 2012, le dirigeant japonais avait cosigné un contrat de dix ans offrant à l’ancien PDG de Renault le versement de 40 millions de dollars après son départ à la retraite. Carlos Ghosn se voyait également assurer un salaire annuel de 4,4 millions de dollars en qualité de conseiller, et la possibilité de pouvoir continuer à profiter de ses résidences à Beyrouth, Rio de Janeiro et Paris. Son salaire pouvait même atteindre 6 millions de dollars par an selon les objectifs atteints. Ce document aurait été signé également par Greg Kelly, ancien bras droit de Ghosn arrêté dans cette affaire.
Aucun commentaire chez Nissan
Le quotidien japonais Asahi avait révélé l’existence de ce contrat en décembre, mais c’est la première fois que ces détails sont connus. Comme le rappellent les Echos, le fait de ne pas avoir déclaré cette rémunération différée aux autorités boursières sur deux périodes a conduit à la mise en examen de Carlos Ghosn, également inculpé pour un montage financier par la suite. Nissan a refusé de commenter ces informations du Financial Times, se contentant de préciser qu’Hiroto Saikawa serait convoqué pour s’expliquer.
Même fin de non-recevoir du côté du bureau du procureur de Tokyo, tandis qu’aucune personne de la défense de Carlos Ghosn n’a pu être jointe par le journal américain.
Négociations et pressions politiques
Itinéraire sans faute chez Michelin, investissements dans la presse, spectaculaire redressement de Nissan et indiscutable réussite stratégique à la tête du groupe Renault : le parcours de Carlos Ghosn, le patron aux 15 millions d’euros annuels, est une véritable saga. Après plus de 12 ans à la tête du groupe Renault puis de l'Alliance Renault-Nissan, Carlos Ghosn dirige 120 000 salariés et 38 usines à travers le monde, pour plus de 10 millions de voitures vendues chaque année.
En février 2018 le gouvernement français (présent à 15 % au capital du constructeur automobile) a autorisé sa reconduction pour 4 années supplémentaires, soit jusqu’en 2022. Mais pour cela, il lui faut encore obtenir le feu vert de l'assemblée des actionnaires le 15 juin 2018.
Pour pouvoir être reconduit à la tête de Renault, Carlos Ghosn a dû négocier ferme durant de longs mois avec l'État français, quitte à tenir tête à l'exécutif et passer outre l'avis des actionnaires. En jeu, son salaire - de plus de 7 millions d'euros en 2016 ! L'État exige une baisse significative de sa rémunération pour autoriser la prolongation de son mandat.
En avril 2016, l’assemblée générale des actionnaires de Renault vote contre le montant du salaire de Carlos Ghosn. Mais, fort du soutien de son conseil d'administration, le PDG passe en force, provoquant la colère d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie.
"Quand des gouvernances sont défaillantes parce qu’elles pensent que tout est permis et qu’il n’y a plus de comportement en responsabilité et en éthique, on est obligé de réouvrir des sujets comme celui de la loi" menace-t-il sur la chaîne LCP, promettant de légiférer si Carlos Ghosn ne diminue pas son salaire.
Officiellement, Carlos Ghosn accepte finalement une baisse de 30 %. "J’ai dit très clairement à Monsieur Ghosn que nous ne pouvions pas voter pour un dirigeant qui avait des rémunérations aussi élevées" explique Bruno Le Maire, successeur d'Emmanuel Macron à Bercy, sur CNews, qui s’attribue le mérite de cette baisse.
Une baisse de rémunération en trompe-l'œil
Mais qu'en est-il vraiment de cette baisse de salaire ? En ce qui concerne la partie française de son salaire, en tant que patron de Renault - car le PDG est aussi à la tête des constructeurs automobiles japonais Nissan et Mitsubishi - il s’agit plutôt d’une baisse de 20 % et non de 30 %.
Mais quand on regarde en détail, cette baisse apparente dissimule bien autre chose : en effet Carlos Ghosn a accumulé au fil des ans des centaines de milliers d'actions de Renault, ce qui lui permet de considérablement gonfler son revenu en réalisant ses stock-options. "Le cours de l’action Renault a beaucoup augmenté ces dernières années, explique Loïc Dessaint, analyste dans une société de conseil en investissement. Le 16 décembre 2017, Carlos Ghosn a dégagé une plus-value de 6 millions d’euros sur l'exercice de stock-options. En 2020, il pourra même bénéficier de 8 millions supplémentaires s'il revend les 100 000 actions gratuites obtenues en 2016." Une rémunération en stock-options qui s'ajoute donc à son salaire de PDG.
La valorisation des 100 000 actions détenues par Carlos Ghosn en décembre 2016 atteignait déjà 4 360 714 euros Cette addition de revenus lui permet de gagner environ 15 millions d'euros en 2017, une jolie somme comparée aux autres patrons du CAC 40 qui ne touchent en moyenne "que" 5 millions d'euros.
Transparence et montages financiers
Carlos Ghosn est le maître de la discrétion dès qu'il est question de son salaire. Il a longtemps refusé de communiquer le montant de sa rémunération versée par Nissan. "Dévoiler le salaire de Carlos Ghosn au Japon était contraire aux coutumes et à la pratique japonaise, défend Louis Schweitzer, ancien patron de Renault. Une position peu crédible selon certains observateurs qui ne vise qu'à préserver le secret de la rémunération du PDG. Il a fallu que la loi japonaise s'impose pour que la transparence se fasse enfin.
En matière de montages financiers, là aussi la discrétion règne, comme le montre l’affaire des super-bonus néerlandais révélée par l’agence Reuters en juin 2017. Un banquier d’affaire londonien aurait proposé à Carlos Ghosn un schéma permettant d'apporter un complément de rémunération aux 6 principaux dirigeants de "L’Alliance" Renault-Nissan-Mitsubishi, via une fondation aux Pays-Bas qui aurait capté 80 millions d’euros, permettant ainsi de contourner le contrôle des rémunérations par les actionnaires.
Malgré le démenti de Carlos Ghosn, ce projet était bel et bien sur les rails. Carlos Ghosn maitrise parfaitement les clés de ce capitalisme financier, ce que confirme un autre épisode. Chez Renault, le syndicat Force ouvrière s’est intéressé aux flux financiers entre le siège français et les filiales du groupe (Belgique, Luxembourg, Russie, etc.) qui transitaient via une curieuse société, la Société financière et foncière, banque d'affaires dotée de 106 millions d’euros au moment de sa dissolution en 2009, sans information des actionnaires. "Ces actifs ont été transférés non pas sur les comptes de Renault mais sur une plateforme virtuelle située en Suisse, s'étonne l’avocat Jean-Paul Baduel_. Pour le moment il n’y a aucun élément qui permet de dire que c’est une caisse noire ou une caisse grise ou blanche. On est dans des opérations financières non expliquées."_ De son côté, le constructeur précise qu'à sa dissolution le patrimoine de cette banque a été "naturellement absorbé" par Renault SAS.
Rémunération de Carlos Ghosn en 2009-2010
Avec près de huit millions d'euros touchés en tant que PDG du constructeur, le patron de l'alliance Renault-Nissan est l'un des dirigeants les mieux payés du Japon.
Carlos Ghosn, on le sait, pilote à la fois Renault et le japonais Nissan. A ce titre, le dirigeant automobile cumule deux rémunérations, et pour la première fois cette année, la loi japonaise a exigé la publication des salaires des dirigeants supérieurs à 100 millions de yens (900 000 euros environ).
Carlos Ghosn a donc fait savoir qu'il avait touché 891 Millions de Yens, soit 8 Millions d'euros, en 2009-2010 (exercice à fin mars), en tant que PDG de Nissan. M. Ghosn a donné lui-même cette information ce matin à l'occasion de l'Assemblée générale de Nissan. Le dirigeant a également touché 1,24 million d'euros en 2009 en tant que PDG de Renault (à noter qu'il a renoncé à la part de variable qui aurait pu faire doubler ce montant).
Une tradition Nissan
Carlos Ghosn se retrouve ainsi parmi les patrons les mieux payés du Japon, voire le mieux payé d'entre eux, selon les estimations de l'agence de presse Bloomberg, qui le classe devant celui de Sony, Howard Stringer (810 MY, soit 7,3 ME). La rémunération cumulée de M. Ghosn, qui atteint environ 9,24 ME, reste toutefois légèrement inférieure à la moyenne mondiale du secteur, qui avoisine les 12 M$ (9,8 ME), selon le cabinet Towers Watson & Co. En 2009, le patron le mieux payé du secteur a été celui de Ford Motor, Alan Mulally, qui a empoché 17,9 M$ (14,6 ME).
La question des rémunérations élevées chez Nissan n'est pas nouvelle au Japon, où les salaires des états-majors des autres constructeurs sont inférieures. M. Ghosn a toujours défendu l'échelle des salaires de Nissan, le 3ème constructeur nippon, par la nécessité d'attirer les talents et d'être compétitif sur le marché mondial.
| Année | Entreprise | Salaire (millions d'euros) |
|---|---|---|
| 2009-2010 | Nissan | 8 |
| 2009 | Renault | 1.24 |
| 2015 | Renault | 7.25 |
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