Someca est la marque française issue de la pénétration de Fiat sur le marché français. C’est une longue histoire qui comporte dans ses évolutions, le 615, un tracteur bien français de bonne réputation, mais sans l’aura du SOM 40. À tort peut-être.
Fiat est une marque de renom international, qui cherche depuis des décennies à pénétrer le marché français sans beaucoup de succès. Nous avons déjà relaté cette belle histoire dans notre numéro 78 avec l’arrivée du DA 50. Après la prise de contrôle de MAP (Manufacture d’Armes de Paris), la disparition du MAP DR 30 peu fiable, puis DR 40, fiabilisé mais entaché de la sale réputation du DR 30, Fiat prend une décision radicale et excellente.
Il installe un moteur fiable et connu qui donnera naissance au DA 50 puis DA 50 L et SOM 40. C’est un succès incroyable qui propulsera Someca parmi les premières marques en France au début des années 60. Malgré cet immense succès, Someca souffrira dans le développement des tracteurs de forte puissance.
Le SOM 40 a une image bien à lui, tandis que les petits modèles SOM 20, 25, 30 et 35 sont issus du savoir-faire italien de Fiat. Someca, l’exception mondiale pour Fiat, continue de se distinguer et le SOM 40 deviendra 511 lors de la sortie de la gamme 11, une gamme un peu intermédiaire qui dura peu de temps.
Someca aura également des déboires avec les modèles SOM 55 et 612, des modèles malencontreusement équipés de l’amplicouple, dispositif d’amplification de couple grâce à un boîtier intermédiaire Borg et Warner dont la fiabilité ne sera pas au rendez-vous.
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C’est alors l’arrivée de la gamme 15 en 1964, aussi dénommée Diamant composée des 215, 315, 415, de purs produits italiens et 615 qui arrive, lui, en 1965, un pur produit français. La gamme Diamant a un mérite, celui d’homogénéiser la gamme Someca qui désormais revêt la même robe pour tous les modèles.
Tracteur de large envergure, le 615 représente, en 1965, le tracteur le plus puissant de la série Diamante. A l'image des Someca 215, 315 et 415, le 615 puise ses origines auprès d'un grand constructeur italien : Fiat. Rencontre avec un tracteur indestructible.
En 1965, le constructeur turinois présente une toute nouvelle série nommée Diamante. Elle se compose de quatre tracteurs : le 215, le 315, le 415 et le 615. Pourquoi Diamante ? Comme vous l'aurez deviné, cette dénomination fait référence à la pierre précieuse, alliant une beauté fascinante à une résistance mécanique exemplaire.
D'un point de vue technique, l'étude des quatre tracteurs composant cette série prometteuse est confiée à l'un des piliers du bureau d'études Fiat, notamment dans le secteur automobile : Emilio Martinotti. Le cahier des charges est le suivant pour la série Diamante : en marge d'être robustes et performants, les modèles doivent être accessibles d'un point de vue mécanique et aisés d'entretien.
Dans la mesure du possible, ces tracteurs devront être composés de bases mécaniques déjà existantes et éprouvées sur d'autres tracteurs. L'esthétique de l'ensemble des tracteurs composant cette série doit être unifiée. Sur le même fil conducteur, ces « diamants » de l'agriculture doivent utiliser un maximum d'éléments standardisés.
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Voilà des pistes de travail qui permettront au constructeur de rationaliser les coûts de production et de proposer ces tracteurs à un tarif attractif. Lorsqu'ils sont présentés, ces quatre modèles font sensation. Fines et aiguisées à l'image du diamant, les lignes audacieuses de ces nouveaux Fiat ne laissent personne indifférent.
Rationnels, aisés d'utilisation, ces quatre Fiat ont bénéficié d'une conception soignée où le confort de travail et l'ergonomie sont au rendez-vous. Détaillons ces quatre modèles :
- Equipé d'un moteur bicylindre de 1135 cm3, le 215 descend en ligne directe du modèle La Piccola. Sa puissance est de 24 ch SAE.
- Le 315 dispose quant à lui d'un 4 cylindres de 1901 cm3, dont la puissance SAE est de 35 ch.
- Tracteur de 45 ch, le 415 est équipé d'un moteur 4 cylindres de 2270 cm3. Ce modèle est l'héritier du 411.
- Enfin, le 615 reçoit un 4 cylindres Diesel 4 temps de 4397 cm3, en provenance du 511, l'ultime évolution du Som 40. Sa puissance SAE est de 58 ch.
Signées Pininfarina, les lignes étaient communes à l'ensemble des modèles composant la série Diamante. Les 215, 315, 415 et 615 sont strictement identiques à leurs homologues transalpins, à « l'étiquette commerciale » près.
Représentant la branche agricole de la marque automobile Simca, Someca n'a pas tardé à recueillir la confiance des agriculteurs français, avec le succès qu'on lui connaît.
Rencontre avec un passionné du Someca 615
Ce 615 date de 1966. Nous l'avons rencontré chez Jean-Jacques Le Rat, un grand passionné costarmoricain de Someca. « Fils d'agriculteur, j'avais acheté ce 615 en 1983 auprès des établissements Joseph Gicquel à Lamballe, indique le propriétaire.
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Très réputés dans la région et parfois même bien au-delà, ces établissements étaient d'ailleurs concessionnaires de la marque sous leur entité précédente, les établissements Henri Féat. A son acquisition, le tracteur avait environ 5000 heures au compteur. Il en cumule aujourd'hui pas moins de 16 000 !
Des années durant, j'ai aidé mon père avec ce tracteur sur sa petite exploitation. Cette dernière était dotée jusqu'alors d'un seul tracteur, un Ferguson FF30 DS. Autant dire que l'arrivée du 615 a été perçue comme une petite révolution sur notre exploitation familiale !
J'ai fait beaucoup de labour avec ce tracteur, à l'aide d'une charrue bi socs HB1. De même, j'ai effectué pas mal de hersage sur cette période. Une poulie de battage était disponible en option sur le 615. Son diamètre est de l'ordre de 300 mm et sa largeur de 175 mm.
Ce 615, Jean-Jacques ne l'a d'ailleurs pas acheté par hasard. En effet, cet exemplaire a appartenu sur une très longue période à un voisin de ses parents, Gabriel Traorel. Cette personne que tout le monde surnommait affectueusement « Gaby » était entre autres entrepreneur de battages.
Il s'en servait de concert avec une batteuse Merlin. Cette Merlin, Jean-Jacques l'a d'ailleurs rachetée il y a 21 ans, ce qui lui permet de reconstituer régulièrement cet ensemble qui était très connu dans la région.
Hérité du Som 511, son moteur 4 cylindres de 4397 cm3 est de type OM-Fiat CO 2D 45. En passant du 511 au 615, cette mécanique gagne 3 ch supplémentaires. Robuste, le 615 n'a nécessité qu'un minimum de travaux, à l'exception d'un joint de de culasse.
Restauration du Someca 615
Ce 615 mène Jean-Jacques sur les pas de la collection de tracteurs, avec une nette prédominance pour Someca. « Ma collection s'étant quelque peu tissée et structurée au fil des ans, j'avais décidé voici une bonne dizaine d'années de restaurer mon 615 une première fois.
Cette opération fût menée de concert avec mes enfants, Baptiste et Marie.» Le plaisir des tracteurs d'hier, voilà une passion qui se partage chez les Le Rat !
Afin que le 615 soit digne de la collection, Jean-Jacques a entrepris une nouvelle restauration de son 615. « Cette fois, nous avons tout démonté, ajoute-t-il. L'ensemble des éléments de carrosserie a été sablé puis planés avant l'enduit, apprêtés et repeints.
La mécanique a fait l'objet d'une révision intégrale et l'embrayage a été refait. Tous les jeux au niveau de la direction ont été repris. Bagues et roulements ont été changés. Les optiques de phares d'origine et leurs carénages caractéristiques ayant été changés sur le fil de la carrière du tracteur, il m'a fallu en retrouver d'autres.
J'ai déniché ces derniers auprès avoir passé une petite annonce dans un journal local. Le faisceau électrique a été refait, les jantes ont été sablées et métallisées et les pneumatiques changés.
A l'origine, le 615 était équipé de pneumatiques de dimensions 6.00-19. Celui de Jean-Jacques Le Rat est aujourd'hui chaussé en 7.50-20. A l'arrière, deux montes de pneumatiques étaient disponibles au catalogue Someca, 11-36 ou 14-28.
Doté d'un empattement de 2,13 m, le 615 témoigne d'un certain équilibre, tant sur route qu'au travail. Tracteur tout en muscles, le 615 était aussi proposé au catalogue en variante AR.
Aujourd'hui, ce 615 est en première ligne dans la collection de Jean-Jacques qui a décidé de se consacrer à 100 % aux Someca. « Bien qu'étant en semi-retraite, mon 615 reprend régulièrement du service, notamment dans le cadre du broyage où il est attelé à un Perfect de 3 mètres.
De même, il fait un peu de hersage de temps à autre et tracte régulièrement une remorque Rolland qui lui est contemporaine. Le 615 représentait un tracteur extrêmement performant pour l'époque. L'étagement de la boîte de vitesses est optimal, la précision de son relevage hydraulique est époustouflante.
Ses capacités inépuisables et sa robustesse m'ont toujours impressionné. » Il a bien quelques défauts ce Someca ? L'œil malicieux, notre interlocuteur costarmoricain nous répond « Honnêtement, j'en vois peu si ce n'est que le 615 aurait mérité de bénéficier d'une direction assistée et, refrain connu sur différents modèles de la marque, le fait que les goujons de culasse dont les filetages d'embase sont immergés au niveau du circuit de refroidissement.
Dans le cadre d'un tracteur ayant été entretenu régulièrement et qui a toujours tourné au liquide de refroidissement, le risque d'usure prématurée est plus limité, mais pour tous ceux qui ont « carburé » à l'eau des années durant, l'état de conservation de ces derniers peut être assez désastreux, pouvant entraîner des travaux nettement plus conséquents au niveau du moteur. »
Le 615 est un tracteur qui en impose de par sa carrure. Suspendu par une double lame d'acier, le siège coquille est doté d'un coussin et d'un dosseret soigneusement rembourrés et habillés de simili cuir. En tôle d'acier, la planche de bord est dotée de trois cadrans circulaires. La planche de bord est en tôle d'acier.
Le 615 dispose d'une double gamme de vitesses. Le 4-cylindres répond à la première sollicitation. Sur route comme au champ, le 615 se révèle être un tracteur coupleux. D'une vivacité époustouflante, sa mécanique n'a aucun mal à entraîner les 2640 kg de ce tracteur bâti pour l'endurance.
Ancien agriculteur qui a beaucoup travaillé en Someca, Bernard Andrieux connaît particulièrement bien ces tracteurs. « Le 615 était assez proche du 511 dont il descendait en ligne directe, explique Bernard. Je confirme le point de vue de Jean-Jacques, le 615 bénéficiait d'un relevage aussi précis que performant.
Le levier de vitesses est légèrement recourbé, ce qui favorise l'accès à bord. A droite de ce dernier se trouve le levier du frein à main. Le levier de gammes prend place sur le côté gauche du poste de conduite.
Ce dernier agit sur le réducteur à pignons baladeurs intégrant la partie avant du carter de la boîte de vitesses. Trois positions sont possibles. Actionné vers le haut, il enclenche la gamme lente. Au milieu se trouve le point mort. Actionné vers le bas, le levier actionne la gamme rapide.
Une petite plaque en aluminium rappelant le schéma de la grille de vitesses est disposée en avant du levier de vitesses. Loin de jouer dans la catégorie des poids plume, le 615 sollicite à la fois les biceps et les mollets de son utilisateur.
Coté embrayage, le 615 est en effet quelque peu « brut de fonderie » alors que le maniement de la direction, lorsque le tracteur est en plein effort, nécessite parfois une bonne dose d'épinards. Vif et spontané, le 615 est un tracteur qui étonne toujours par ses capacités.
Inépuisables les ressources du 615 ? C'est ce qu'il en ressort au terme d'une séance de labour sur une terre difficile. Même constat lors d'un essai routier où le tracteur ne faiblit pas, même à pleine charge...
Côté freinage, c'est efficace, très efficace même, dans le crissement caractéristique de ce dernier. Bâti pour les travaux lourds, ce modèle à la force herculéenne a parfaitement traversé les décennies. Construit pour durer, il compte parmi les modèles incontournables de l'aventure Fiat / Someca.
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