Au pays de l’oncle Sam, le fameux Pick up Ford F 150 (12e génération) a retrouvé logiquement sa place de leader des ventes… position qu’il occupe depuis plus de 30 ans ! Si cet incontournable des grands espaces d’Amérique du Nord reste du domaine du rêve chez nous à l’heure du carburant à la pompe hors de prix et de l’écologie politique, il fut facile pour le pilote Darrel Skilton de vendre son projet “Dakar“ à Ford.

Le Projet Dakar et l'Équipe Américaine

Le marché automobile Sud-Américain en pleine expansion fut un bon atout, mais le fait de participer à cette épreuve mythique avec la célèbre journaliste Off road Sue Mead, fut le ticket gagnant pour Buenos Aires. Pour un budget “modeste“, assuré de retombées médiatiques importantes, le feu vert Ford s’allume, notre second équipage 100% USA fonce sur les traces du fameux Robby Gordon, grand animateur de la catégorie “Open“.

Qui sont-ils ?

Avouons que si le Dakar connaît une telle notoriété aux États-Unis, on le doit au spectaculaire enfant terrible Robby Gordon. Mais en Europe, à part lui, les pilotes stars du monde des Bajas 500, 1 000, Parker 425 et autres Las Vegas 300 où San Felipe 250, restent des inconnus. On ne parle même pas des nombreuses catégories et “Class“ dénommées là-bas, Score, class 3 et 6 dont parfois les finesses nous échappent totalement. Darrel Skilton fait pourtant partie de ces pilotes stars en son pays, il serait réducteur de parler de la seule Californie, patrie du monde de la compétition Baja.

Venu d’Angleterre à l’âge de 10 ans, ce quadragénaire propriétaire de l’une des plus importantes concessions Jeep (2 500 vendues par an) fut durant 10 ans l’un des leaders des courses organisées dans les déserts du Sud-Ouest. Mais pour Darrel, le Dakar n’est pas une épreuve nouvelle. C’est sur l’édition 2000 qu’il découvre l’Afrique ses pistes et ses déserts au volant d’un proto T1 Kia (56e au général). Sa copilote de l’époque n’est autre que la célèbre journaliste Sue Mead.

Si elle est aussi une inconnue chez nous, pour nos amis américains, elle fait partie des passionnées incontournables que l’on retrouve régulièrement sur CNN et dans la presse écrite. Sa spécialisée ? L’off road (copilote sur Baja 1 000) et l’aventure (elle couvra les Camel Trophy). Si certains ne se souviennent pas des débuts de Darrel sur le Dakar, ils se souviennent certainement de son retour en tant que copilote de Robby Gordon en 2006 lorsqu’il déboula avec son Hummer (les pare chocs arrière de quelques concurrents s’en souviennent !).

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Le Ford Raptor SVT : Un "Super T2"

Pas question avec cette icône de l’Amérique rurale qui illustre toujours selon la brochure publicitaire… L’esprit de l’Ouest… De céder aux habituelles préparations sur base de châssis/ treillis tubulaire habité d’une mécanique surpuissante et habillé d’une tenue composite. Ce Raptor SVT jouera l’épreuve en catégorie “Open“ (autrement dit “inclassable“, comme peut l’être le Hummer de Robby) de par ses mensurations d’origines US hors normes dans nos contrées. Mais, et c’est bien là le défi que ce lance notre équipage, il restera au plus proche possible de l’origine, l’imposant de fait comme un “super T2“.

Malgré, ce handicap de taille, Darrel et Sue pourront compter sur le 5,4 litres V8 essence Triton EFI qui procure d’entrée 320 ch (à 5200 tr/mn), un atout puissance qui reste d’origine. Question couple, les 530 Nm suffiront t’ils dans le sable du Chili ? Afin de répondre au règlement du Dakar, notre Raptor passe tout d’abord entre les mains expertes des professeurs de la Fabschool (école de soudure renommée), en Californie.

Préparation et Modifications

À ce niveau, si le SVT est déjà bien loti à sa sortie d’usine avec 4 robustes amortisseurs Fox Racing à bonbonnes séparées et des triangles inférieurs robustes, Darrel confit le Raptor à Deaver Suspensions, l’un de ses préparateurs favoris. Voilà notre Yankee paré pour la piste, il ne lui manque plus que de quoi étancher sa soif. Là, pas question de lésiner, aux 28 Gallons US (105 litres) d’origine s’ajoutent les 85 Gallons (321 litres) d’un réservoir homologué placé derrière la cabine bien au centre du Pick up.

Le Dakar : Une Épreuve d'Endurance

Au départ de ce Dakar, pas d’illusions. Inutile de rêver, le combat en tête sera bien (et fut) réservé au ténors. Pas vraiment à l’aise sur les premières étapes aux pistes sinueuses rendues piégeuses par des trombes d’eau, notre équipage choisit la prudence et si cela se paye cash en 126e position (sur 146) au classement général, la stratégie s’avère payante avec le temps. Comme ils l’avaient constaté sur leurs Dakar précédents, la guerre d’usure avait bien commencé.

Au fur et à mesure des spéciales de cette édition, les abandons se font de plus en plus nombreux pour atteindre un sommet lors des terribles étapes dans le désert de l’Atacama au Chili. Sue et Darren qui se partagent le volant depuis le début font partie de ceux qui y ont vécu l’enfer par cette nuit sans lune, à la recherche d’un CP dans ces dunes où c’est bien l’apocalypse… Autos et camions sur le toit, ensablés, les moteurs hurlants partout, il a fallu qu’on dorme un peu face à l’épuisement.

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Au réveil c’était toujours l’enfer…Se souvient Darren, ajoutant…Si le lourd Raptor n’est pas à l’aise sur ce terrain, on s’en est sorti en dégonflant à la limite, les transmissions bloquées on est passé pieds dedans. Par où ? Le manque d’essais avant la course et notre petit budget ne représentent rien lorsque on y met tout son cœur et que le défi, avant d’être sportif, est une histoire humaine…Écrira plus tard Sue. Peut-être est-ce là le secret du rallye raid ?

Tenir Bon et Rallier Buenos Aires

À mi- rallye, la petite équipe du Ford n’a plus qu’une idée en tête ; Rallier Buenos Aires. L’abandon de Robby Gordon, le rôle de porteur d’eau échu à Miller après sa sortie de route avec le VW Touareg fait déjà de l’aventure de… Sue Mead qui fête ses 60 printemps sur le Dakar à bord d’un F 150… la star des infos sportives aux Etats-Unis. Plus le choix, il faut tenir, finir la boucle. Et ça va marcher jusqu’au bout de la piste.

Le Raptor fait son show déchaînant la passion chez les spectateurs, s’offrant même à Copiapo une belle 33e place au général avant de connaître quelques problèmes de direction. Mais, Sue et Darrel tiendront, ils se sortiront indemnes des deux terribles étapes menant de Copiapo à San Juan à travers les Andes, les dunes, les Rios et la boue par une chaleur accablante. Le Raptor a fait ses preuves, ce Ford c’est vraiment du costaud !

Après le Dakar : Le Silk Way Rally

Arrivé à Buenos Aires après son passage sur le podium, le Raptor SVT ne reprendra pas la direction de la Californie, mais il embarquera comme tous les véhicules Européens en direction du Havre. Oui, Darrel s’engage sur le Silk Way rally là-bas, loin vers l’Est cette fois. Si lors de notre essai précédent, le Raptor SVT stock avait réellement créé l’écart face au Dodge RAM en off road, nous ne sommes pas déçus de ce petit détour par la France.

En effet, les qualités de pistard perçues sur le modèle d’origine sont ici décuplées. S’il n’est évidemment pas l’engin affûté idéal pour mettre dix minutes dans la vue d’un Nasser Al Attiyah en spéciale, le plaisir d’avaler bosses et pistes à vive allure sans avoir à rattraper quelques dérives que ce soit assis confortablement dans ce qui semble être un char d’assaut, n’a pas d’égal. Les sensations sont complètement décalées par rapports à la brutalité de certaines autos de rallye raid.

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On est loin du moteur essence vif mais pointu où du diesel turbo qu’il faut maîtriser sans cesse pour rester sur le bon régime. On est à des années-lumière l’habitacle étriqué, de la brutalité d’une boîte séquentielle et de suspensions fermes. Nous sommes à bord d’un Raptor V8 aux 320 ch veloutés, bien présents et volontaires sous le pied, boîte automatique 6 rapports à main droite et quelques 300 mm de débattement nous isolent de la dure réalité du terrain.

Une perception bien différente des trajectoires en découle, serein on se joue alors du poids de cet animal en s’adonnant aux bonheurs de la glisse en virage. Un 1/4 de tour sur un bouton et l’effet deux roues motrices accentue cette tendance naturelle, c’est moins efficace question chrono, certes, mais tellement plus amusant.

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