Henri-Jacques Citroën, petit-fils d'André Citroën, incarne l'héritage de l'illustre fondateur de la marque automobile aux chevrons. Conseiller du Commerce Extérieur de la France, il est profondément engagé dans la préservation et la promotion de l'œuvre de son grand-père.

« Tu devrais te laisser pousser la moustache! » disent ses proches à Henri-Jacques Citroën. Le visage barré de quelques poils, la ressemblance avec son illustre grand-père serait impressionnante. Même ovale de visage, même traits, mêmes petites lunettes et même regard pétillant dans lequel on décèle une certaine malice.

Un Hommage Vivant à André Citroën

Il adore poser sous le portrait de son grand-père. Au chapeau et à la moustache près, la ressemblance d’Henri-Jacques Citroën avec André, fondateur du constructeur automobile, est saisissante. Les fans de la marque aux chevrons en raffolent.

« Citroën est la marque la plus collectionnée au monde », rappelle-t-il, fier de son pouvoir d’attraction. Il égrène les exemples : le Rassemblement du siècle à La Ferté-Vidame (Eure-et-Loir) en juillet 2019, 11 000 collectionneurs et 60 000 visiteurs, l’inauguration à Glowno, en Pologne, d’une place André-Citroën avec un public enthousiaste - c’est là que l’engrenage à chevrons qui a donné son identité à la marque a été inventé - ou encore les 90 ans de la Traction Avant à Charade (Puy-de-Dôme), en mai 2024, avec un millier de voitures et plus de 20 000 visiteurs…

Comment le vivez-vous ? Ça me fait sourire, mais en même temps, ça me fait comprendre pourquoi les gens viennent vers moi. Ils ont vraiment l'impression d'être en contact avec mon grand-père.

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Le Centenaire de Citroën et l'Hommage à La Ferté-Vidame

Henri-Jacques est aujourd’hui mobilisé par un travail d’importance. Il rédige un discours célébrant le centenaire de Citroën. Il le prononcera dans quelques jours à La Ferté-Vidame, l’un des sites historiques de la marque. Henri-Jacques peaufine son texte. Il biffe un mot, modifie une phrase, recherche une anecdote. Comme, par exemple, celle où André Citroën avait réuni une douzaine de chansonniers qui le brocardaient à l’envi mais qu’il adorait.

L'Ingéniosité d'André Citroën

Henri-Jacques Citroën entend d’autant plus rappeler l’incroyable ingéniosité de son grand-père, le fondateur de la firme aux chevrons, qu’elle est snobée par Stellantis, le groupe franco-italien détenteur de la marque.

Pour comprendre André Citroën, il faut mieux connaître son parcours de fils d'immigré, né en 1878 à Paris. Son père, juif néerlandais et diamantaire, s'est suicidé en se défenestrant alors qu'il n'avait que six ans, et sa mère, juive polonaise, est devenue une mère courage.

Un mot déjà sur le nom Citroën. Votre arrière-arrière-arrière-grand-père était marchand d'agrumes néerlandais. Son nom Citroën signifie citron. Le tréma est posé sur le "e" lors de l'inscription d'André Citroën au lycée, pour pouvoir faciliter la prononciation de Citroën. Mais effectivement, on est une famille d'immigrés, puisqu'André Citroën devient français à l'âge de 18 ans pour pouvoir entrer à Polytechnique.

Pour en revenir à la partie polonaise, André Citroën se rend à l'âge de 20 ans en Pologne. On lui fait visiter une fonderie et dans un coin de la fonderie, il voit un engrenage qui a les dents qui ont la forme du chevron. Il demande ce que c'est. Et alors l'industriel lui répond : "C'est un truc qu'on vient d'inventer. On pense que pour la transmission de puissance, ça augmente l'efficacité. C'est plus silencieux", c'est toute une série d'avantages. Il trouve ça génial et il achète le brevet. La forme de ces dents, c'est ce qui a donné le logo à la société Citroën. Et d'ailleurs, entre parenthèses, c'est la première fois dans l'histoire économique qu'une entreprise choisit un symbole comme logo.

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Il va se rendre aux États-Unis et visiter l'usine Henry Ford. Il veut lui aussi démocratiser les biens de production industrielle fabriqués en série, donc à moindre coût de revient. Ça va être un énorme tournant pour lui.

Les gens ne savent pas qu'avant la Première Guerre mondiale, il était aussi directeur d'une petite société automobile qui s'appelait Mors, qui l'avait appelé pour la redresser. Avant d'accepter le poste, il se rend effectivement aux États-Unis pour voir un peu ce que les Américains faisaient, puisqu'ils étaient déjà connus comme étant très en avance dans l'organisation industrielle du travail.

André Citroën est envoyé dans les tranchées, comme tous les hommes valides et assez vite, il se rend compte que les Allemands envoyaient sur les lignes françaises beaucoup plus d'obus que le contraire. À l'époque, il n'était pas du tout connu. En quatre mois, il commence la production. Ce qui est intéressant, c'est de voir que face à l'adversité qui le touche personnellement, puisqu’au début de la guerre, il perd son frère dans une tranchée, il réagit tout de suite.

L'Usine d'Obus et le Rôle des Femmes

Il a renforcé le rôle de la femme parce que quand il a créé l'usine d'obus pendant la Première Guerre mondiale, les trois quarts du personnel étaient des femmes. Pour qu'elles puissent travailler dans de bonnes conditions, il y avait une nurserie, une garderie, une prime d'accouchement ou encore une prime d'allaitement.

Dans les années 30, André Citroën a mené une campagne publicitaire qui avait fait beaucoup de bruit à l'époque, dont le slogan était : ‘La femme moderne ne roule qu'en Citroën’. Vous vous adressez à une clientèle qui n'existe pas encore.

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Vers une Panthéonisation d'André Citroën

Le petit-fils d'André Citroën œuvre aujourd'hui pour que son grand-père entre au Panthéon.

En 2019, j'ai vécu une année exceptionnelle parce que la société Citroën fêtait ses 100 ans. J'ai eu l'occasion d'aller à beaucoup de célébrations et de remarquer l'enthousiasme, l'engouement, mais surtout l'émotion des gens par rapport à André Citroën. Quand j'ai vu ça, je me suis dit qu'on était là face à un personnage qui a marqué son temps. Même si évidemment, il s'est fait connaître comme ingénieur automobile, il s'est d'abord fait connaître comme industriel et comme digne représentant et défenseur du personnel. C'est fondamental de le préciser. C'est effectivement important. Vous avez une personne qui a été très proche de son personnel.

Samedi 5 octobre, le Groupement national des agents Citroën et DS - 3 000 adhérents - a fêté ses 40 ans au Pavillon d’Armenonville, à Paris, en sa présence. Les organisateurs avaient fait imprimer 500 cartons pour qu’Henri-Jacques Citroën les dédicace. A 1 h 30 du matin, il était encore à sa table en train de signer… Pour lui, c’est devenu une habitude. Depuis le centenaire de la marque, en 2019, il enchaîne les hommages.

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