À la fin des années 1950, John Ford et John Wayne étaient tous deux au sommet de leur gloire. Ford avait une carrière légendaire derrière lui et bénéficiait du respect inconditionnel de la profession. Wayne, pour sa part, était l’acteur numéro un du box-office américain depuis une décennie, sa popularité ne souffrait aucune faille et traversait également les océans, déchaînant les foules jusqu’en Europe.

C’est dans ce contexte favorable que ce duo réalisateur / acteur extrêmement prolifique, détenteur de quelques chefs-d’œuvre parmi les plus mythiques de l’âge d’or hollywoodien, s’investit dans un nouveau film destiné à remporter un grand succès en 1959. Or, pour la première fois de sa carrière, Ford annonce la mise en chantier d’un film tout entier concentré sur la guerre de Sécession, cette guerre civile fratricide entre les États du Nord et ceux du Sud, et qui traumatisa durablement les USA. Jamais une guerre ne fut plus meurtrière pour le pays par la suite.

Il est étonnant pour un tel metteur en scène, passionné par cette page de l’Histoire, que ce projet n’arrive qu’au crépuscule de sa carrière et qu’il n’ait encore jamais affronté ce sujet, si ce n’est de façon indirecte (l’après-guerre, dans des films tels que Rio Grande ou La Prisonnière du désert). Et pourtant, John Ford est plus que jamais l’homme de la situation, comme le raconte William H. Clothier, directeur de la photographie qui a notamment souvent travaillé avec John Wayne : « Je n’ai jamais de ma vie rencontré un homme qui en savait autant sur la guerre de Sécession que Ford. Il peut vous citer le nom de tous les généraux des deux armées. Il connaît parfaitement tous les uniformes que portaient les soldats. Quand nous étions en extérieurs, il avait une caisse de livres plus grande que sa malle. »

Ford avait bien tenté l’aventure avec le projet avorté The Valiant Virginians, mais celui-ci avait finalement été rejeté par les studios. Ce sont les scénaristes John Lee Mahin et Martin Rackin qui lui apporteront le bon script, celui qui portera le titre Les Cavaliers (The Horse Soldiers) à l’écran. L’histoire est alors basée sur les exploits du colonel H. Grierson en 1863 qui, sur les ordres du général Grant, mena une brigade entière à près de mille kilomètres derrière les lignes ennemies, afin de détruire le maximum de matériel (à commencer par le circuit ferroviaire) et de détourner l’ennemi des intentions d’offensive de Grant en direction de Vicksburg.

Un Projet Semé d'Embûches

Malheureusement, le projet des Cavaliers ira de mal en pis, devenant rapidement une entreprise laborieuse pour le metteur en scène et son équipe. Tout d’abord, ce ne sont pas moins de six sociétés de production qui décident d’investir dans le film (dont les deux compagnies appartenant aux deux scénaristes-producteurs John Lee Mahin et Martin Rackin), ce qui rallonge les préparatifs et multiplie les exigences de part et d’autre. Ensuite, les deux stars censées jouer dans le film, John Wayne et William Holden, réclament 750 000 dollars chacun (ainsi que 20 % des bénéfices) sur un budget total de cinq millions de dollars. Ford touche quatre fois moins d’argent (et seulement 10 % des bénéfices), l’écart lui paraissant amer, d’autant plus qu’il avait lancé la carrière de Wayne en 1939 avec La Chevauchée fantastique.

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Mais le Hollywood des années 1950 a changé, et les stars gagnent désormais bien plus d’argent que les réalisateurs. Sur le tournage, Ford se montre difficile à vivre et ne supporte pas l’un des producteurs, Rackin. L’enthousiasme des débuts retombe très vite et l’entreprise devient vite agaçante et surtout fatigante. De son côté, John Wayne est très préoccupé par le projet de sa vie et qu’il s’apprête à tourner, Alamo, une superproduction de 12 millions de dollars (un immense budget pour l’époque) qu’il finance en grande partie de ses propres deniers (ce qui explique sans doute les velléités financières du Duke sur le tournage des Cavaliers notamment). Sa femme, Pilar, le rejoindra sur le tournage des Cavaliers afin de le soutenir.

« Mon mari transgressa sa règle de ne pas boire sur les tournages, raconte Pilar Wayne. Holden, qui avait aussi quelques problèmes d’alcool, buvait régulièrement en extérieurs. Ford les sermonnait et souffrait lui-même parce qu’il ne pouvait pas se permettre de se joindre à eux. » Les accidents s’enchaînent, Pilar affronte une crise de démence (elle sort alors d’une désintoxication suite à son abus de somnifères) et tente de s’ouvrir les veines, Patrick Ford se casse la jambe en faisant des repérages... Mais le pire est encore à venir. Un matin, lors du dernier jour de tournage en extérieurs, après quelques hésitations Ford décide de confier une cascade à son vieil ami Fred Kennedy, une simple chute de cheval. Kennedy, vieilli et pas très en forme, accepte et les caméras se mettent à tourner.

La catastrophe se produit : le professionnel ne maîtrise pas sa chute et décède peu après, au beau milieu de l’équipe. Le choc est terrible pour John Ford qui ne s’en remettra jamais vraiment. Dès lors, le restant du tournage se fera avec un complet détachement de sa part. « Duke m’a dit que Ford semblait incapable d’oublier l’accident, raconte Pilar Wayne. Il se rendait responsable de la mort de Kennedy. Il s’est remis à boire et a perdu tout intérêt pour le film. » Quand John Wayne revint des extérieurs, il dit à sa femme : « Ford ne s’intéresse plus à rien. Il a l’air d’un homme vaincu. »

Un Film Sous-estimé

Les Cavaliers sortira enfin sur les écrans en juin 1959 et ne fonctionnera pas très bien auprès du public. Une injustice. Non seulement, Les Cavaliers est un film de Ford plus important que ce que l’on veut bien admettre, mais en plus il demeure avec le temps un petit chef-d’œuvre qu’il serait temps de reconsidérer à sa juste valeur. En premier lieu, il a souvent été admis que le film n’avait ni la beauté plastique des grands westerns du réalisateur ni la fulgurance de leurs personnages. Or, il est clair que si Les Cavaliers n’a pas une image aussi séduisante et marquante que celle de La Charge héroïque ou encore de La Prisonnière du désert (pour ne citer que ceux-là, afin de comparer uniquement avec d’autres films en couleur du cinéaste), c’est tout simplement parce que le film ne prend absolument pas la même direction esthétique et thématique que ses prédécesseurs.

Les Cavaliers est un projet unique dans la carrière de Ford, il est en ce sens malvenu de le comparer avec des films qui ne gèrent pas les mêmes enjeux et ne s’articulent pas autour des mêmes types de personnages. Ici, il n’est par exemple pas question de retrouver Monument Valley. La guerre de Sécession a mis les valeurs de l’Amérique et la conquête de l’Ouest en suspens : les teintes sobres, tirant vers le marron et apparaissant plus sales et moins soignées ne font que souligner et traduire la guerre qui a par ailleurs lieu dans la boue, les sous-bois et les prairies ravagées. Il serait donc illusoire de s’attendre aux couleurs chaudes et aux décors naturels fabuleux auxquels Ford nous a habitué.

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Il sélectionne un cadre qu’il juge nécessaire à l’intrigue, parvient à créer une ambiance parfois oppressante et sous-tend également par-là les déchirements psychologiques qui vont animer les personnages principaux. L’interprétation de John Wayne et l’écriture de son personnage permettent de faire ressentir au spectateur tout le poids de cette responsabilité et des fâcheuses conséquences que la moindre erreur commise pourrait présenter. Marlowe est un officier constamment sur le qui-vive, tout à fait préparé à faire preuve de violence pour sauvegarder ce qui peut l’être.

Moins ambigu que le Ethan Edwards de La Prisonnière du désert et moins chaleureux que le capitaine Nathan C. Brittles de La Charge héroïque, Marlowe n’en reste pas moins un superbe et complexe personnage de militaire torturé pour John Wayne, et personne d’autre n’aurait pu lui donner cette stature, ce charisme et cette humanité franche. Il est en outre à la fois le plus beau personnage du film, parce que le plus ténébreux et le plus terrible, car la destruction qu’il mène sur des voies ferrées va à l’encontre de son métier civil qui est d’en construire. Ou comment un homme pour qui le quotidien est de bâtir devient une arme de destruction à des fins guerrières.

Face à lui, figure unilatérale mais contrepoint idéal, le major Kendall est un médecin uniquement tourné vers son propre devoir. Il résiste à la brutalité apparente de Marlowe et affiche ses propres desseins (sauver le plus de vie). Par son insubordination constante, par son opposition au caractère de Marlowe, il est tour à tour admirable mais aussi irritant. C’est là toute la magie de ce duel de personnages, aucun n’a jamais tout à fait tort ou raison. Il s’agit là de toute l’absurdité de cette guerre, où les missions menées ont plus d’importance que l’existence des hommes, et où les repères sont brouillés, empêchant quiconque d’occuper une place déterminée. Dans ce contexte, il est impossible d’espérer en ressortir totalement héroïque.

Pour que la mission parvienne à son but, pour que la guerre s’arrête, il faut qu’il y ait souffrances et tueries. Le colonel Marlowe est plus que jamais ce militaire tourmenté, il n’a pas d’arme sur lui et évite l’affrontement autant que possible mais il n’hésite pourtant pas à lancer une charge désespérée contre l’ennemi afin de rejoindre le Nord. Tout plutôt que de tomber entre les mains de l’adversaire, tout plutôt que d’admettre l’échec d’un retour improbable, tout plutôt que de sacrifier ses hommes à cette mort-là.

Au milieu de tout cela, Constance Towers incarne Hannah Hunter, une jeune femme issue de l’aristocratie sudiste, et que l’on devine ruinée par la guerre de Sécession. Sa maison est belle, mais son âme s’est envolée devant les premiers coups de canons. Ce personnage, c’est le civil qui va peu à peu se rendre compte de l’horreur de la guerre. Forcée de suivre le détachement nordiste en tant que prisonnière de circonstance, elle fait elle-même son voyage au bout de l’enfer. Certes, l’actrice manque d’expérience et affiche parfois trop de sincérité dans la moindre de ses répliques, mais sa beauté simple fait bel effet et culmine à mesure que ses cheveux se défont.

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Sa candeur, que l’on devine en partie calculée, vole en éclat tandis que Marlowe avance dans sa mission. C’est tout d’abord le Sud qu’elle défend, puis finalement aucun des deux camps. La scène de sabotage à Newton Station traduit merveilleusement son trauma naissant, alors presque inconscient : Ford ne filme pas l’actrice en gros plan et lui offre un plan large dans lequel le regard qu’elle porte à ses mains (elle aide alors le médecin depuis des heures) n’est plus qu’un élément parmi d’autres. On peut mesurer la finesse de Ford dans la démonstration de l’irréparable, la brisure secrète qui se produit en quelques secondes et qui se perd dans la frénésie furieuse du moment.

Pendant que le monde entier semble mourir autour d’elle, le spectateur remarque alors sa détresse et prend alors conscience d’un personnage finalement important dans l’intrigue, pour ne pas dire capital. Par la suite, la perte de son aide et amie Lucie (jouée par la championne de tennis noire Althea Gibson) sera la cause d’une désespérance à peine tempérée par les attentions de Marlowe. Il est par ailleurs très intéressant de noter que c’est la souffrance progressive des personnages de Marlowe et de Hannah Hunter qui va les conduire à tomber amoureux l’un de l’autre, alors qu’au départ tout les oppose. Ce schéma devenu classique dans l’histoire du cinéma hollywoodien est intelligemment traité dans Les Cavaliers, car il n’est pas le centre de l’intrigue.

La mission et la vision de la guerre y sont décortiquées avec soin et les enjeux dramatiques sont tous presque exclusivement recentrés dessus. En cela, l’histoire d’amour vient en deçà, elle ne ressort progressivement que vers la fin, et surtout prend le temps de naître tout au long du périple, en ne décrédibilisant pas le reste de la trame diégétique. En outre, la forme n’est pas sacrifiée au fond, bien au contraire. Car Les Cavaliers ne manque tout d’abord pas de rythme, et sur près de deux heures l’ennui ne vient jamais jouer les trouble-fêtes. L’aura militaire s’estompe d’ailleurs à l’occasion, laissant davantage percevoir un western d’aventure.

Les rebondissements sont assez nombreux pour que les séquences s'enchaînent entre elles sans temps mort, et le récit nous réserve même quelques passages relativement angoissants (l’arrivée en gare du train sudiste à Newton Station). Enfin, la poésie fordienne est encore présente, bien plus que l’on ne croirait au premier abord. Il faut absolument voir cette scène où une colonne armée sudiste longe la rivière tandis que, sur l’autre rive, la brigade nordiste patiente en silence dans les fourrés, muselant leurs chevaux, postés derrière la silhouette unique d’un John Wayne debout sous un arbre.

Ou encore cette autre scène, durant l’attaque de Newton Station, dans laquelle un homme devenu manchot porte les couleurs du Sud et mène l’affrontement : voici en fin de compte la terrible situation d’une population qui ne résiste plus qu’à bout de forces, dans un ultime effort désespéré. C’est également ce que démontre John Ford en filmant l’attaque des cadets sudistes, dont le plus âgé n’a que 16 ans, un Sud à l’agonie qui ne compte plus d’hommes valides ou en âge de se battre et où l’idéologie défie les lois de la moralité. Sous des abords truculents, Les Cavaliers est en vérité un film très sombre et même ponctuellement mélancolique.

Or, le Ford mélancolique sait accoucher d’œuvres magistrales : Les Hommes de la mer, Les Sacrifiés, La Charge héroïque, L’Aigle vole au soleil, L’Homme qui tua Liberty Valance... Et si Les Cavaliers n’atteint pas les cimes de ces quelques titres, il peut tout au moins s’enorgueillir de nous offrir un instantané de la guerre de Sécession comme rarement on aura pu en apprécier au cinéma, louant le courage du Sud, glorifiant la supériorité guerrière du nord, évitant de fait tout manichéisme primaire, le tout au son de magnifiques balades musicales sudistes et nordistes rentrées depuis dans la légende.

Les Cavaliers: Édition Blu-ray + DVD + Livre chez Rimini Éditions

LES CAVALIERS (The Horse Soldiers) réalisé par John Ford, disponible en édition Blu-ray + DVD + Livre depuis le 6 novembre 2024 chez Rimini Éditions.

  • Acteurs : John Wayne, William Holden, Constance Towers, Althea Gibson, Judson Pratt, Hoot Gibson, Ken Curtis, Willis Bouchey…
  • Scénario : John Lee Mahin & Martin Rackin, d’après le roman de Harold Sinclair
  • Photographie : William H. Clothier
  • Musique : David Buttolph
  • Durée : 1h55
  • Date de sortie initiale : 1959

S’il n’est indubitablement pas le film le plus célèbre de John Ford, et pour cela dresser une liste serait sans doute non exhaustif, Les Cavaliers - The Horse Soldiers restera toujours l’un de ceux que la critique et les spectateurs n’ont eu de cesse de réhabiliter. Oeuvre « malade », dans le sens où le cinéaste entreprit le film avec un scénario qu’il jugeait mauvais, voire inachevé, Les Cavaliers marque le retour au western de John Ford, genre qu’il avait « mis de côté » depuis trois ans et quatre films emballés depuis La Prisonnière du désert - The Searchers. Juste après l’extraordinaire La Dernière fanfare - The Last Hurrah, son film le plus personnel (c’est dire son importance), le cinéaste retrouve John Wayne, qui de son côté paraît plus préoccupé par Alamo, qu’il s’apprête à produire, à réaliser et à interpréter.

Le Mediabook

Une fois de plus, Rimini Éditions déroule le tapis rouge à John Ford et ce splendide Mediabook rejoint ainsi L’Homme tranquille, ainsi que le coffret Du sang dans la prairie + Le Ranch Diavolo + À l’assaut du boulevard, que nous vous avions passé en revue. Les Cavaliers se présente ainsi sous la forme d’un Digibook conséquent, on ne peut plus élégant, illustré par un des visuels d’exploitation de 1959. Le Blu-ray et le DVD sont solidement harnachés et surtout, le livre intitulé John Ford, Monument Man : le réalisateur et ses westerns est à dévorer. Écrit par Marc Toullec, ce dernier propose une rétrospective des principaux westerns réalisés par John Ford, de À l’assaut du boulevard (1917) aux Cheyennes (1964) ! Voilà qui ravira les aficionados du cinéaste.

Près de 200 pages magnifiquement légendées par de très nombreuses photos de plateau, de tournage, d’exploitation, qui se lit comme un véritable roman. Parallèlement à l’analyse (sommaire) et au décorticage des prises de vue de ses westerns, Marc Toullec dresse un portrait nuancé de John Ford, dont le style et le ton n’ont eu de cesse de varier au fil de la vie personnelle de leur auteur, allant comme Les Cavaliers vers une atmosphère plus désabusée et mélancolique, alors que le réalisateur était au crépuscule de son existence. C’est aussi l’occasion pour Marc Toullec de regrouper certaines thématiques présentes dans les westerns de John Ford, tout en se focalisant aussi sur sa relation avec les acteurs, en particulier John Wayne.

Les Suppléments

Commençons par l’un des suppléments que nous avons toujours privilégié et qui a tendance à devenir rare, le commentaire audio. Il est ici réalisé (et proposé en VOST) par l’historien du cinéma Joseph McBride, auteur de À la recherche de John Ford, publié en France dès 2007 chez Acte Sud, ainsi que d’une étude critique consacrée au réalisateur, coécrite avec Michael Wilmington, qui remonte quant à elle à 1975. Joseph McBride ne s’arrête pas de parler pendant les deux heures des Cavaliers et donne d’innombrables informations sur le film qui nous intéresse aujourd’hui. Il revient ainsi sur « The Horse Soldiers, qui n’est pas un grand film, mais qui s’avère fascinant, quand on voit ce qu’un grand réalisateur est capable de faire avec un scénario faiblard ».

Joseph McBride propose un commentaire bien structuré, qui aborde tout aussi bien le casting que les conditions (houleuses) de tournage, la mort brutale du cascadeur Fred Kennedy (qui allait précipiter la fin de la production), le thème de la guerre de Sécession (sujet qui passionnait John Ford et qui l’évoque ici frontalement), les partis pris esthétiques (il indique même que le directeur de la photographie est la véritable star du film), la psychologie des personnages, tout en pointant ce qu’il considère comme étant les points faibles de l’histoire (les pointes d’humour, l’histoire d’amour « artificielle et peu crédible »)…Celles et ceux qui connaissent bien Les Cavaliers seront sans doute ravis de le revoir, en étant accompagnés de ces commentaires passionnants et enrichissants.

En ce qui concerne les bonus vidéo, on pourra commencer par une interview de William Holden (11’), tirée de l’émission Ciné Regards, diffusée le 14 octobre 1979 et tourné sur le plateau de When Time Ran Out… - Le Jour de la fin du monde de James Goldstone, sous l’oeil amusé de Paul Newman. Vieilli avant l’âge (l’alcool ayant coulé à flot tout au long de sa vie n’a pas arrangé les choses), âgé de soixante ans, William Holden semble fatigué et parle un peu de tout, de ses rapports avec les animaux, de ses voyages autour du monde, de sa passion pour la moto. Bien sûr, il évoque aussi (un peu) ses quarante ans de carrière, en indiquant que les rôles qu’on lui propose sont bien moins passionnants qu’avant, fustigeant ainsi celui qu’il campait dans La Tour infernale (« un genre que je n’ai pas envie de faire »), tout en rêvant d’un personnage digne de celui qu’il interprétait dans Network de Sydney Lumet. Ce document se clôt par un shooting avec sa partenaire, la splendide Jacqueline Bisset.

L’autre bonus provenant de l’INA est une interview de John Ford himself, provenant de l’émission Entre Chien et loup, diffusée le 16 juin 1966 dans le cadre de l’anthologie Cinéastes de notre temps (28’). John Ford, pieds nus, cigare au bec, verre d’alcool ambré à la main, vautré sur son lit, répond (en français parfois) aux questions d’André S. Labarthe et Hubert Knapp. L’occasion pour lui de revenir sur son arrivée à Hollywood (« par le train »), sur ses débuts au cinéma (comme accessoiriste et assistant sur les films de son frère Francis , après avoir été cowboy en Arizona), sur son parcours de metteur en scène (« mon gagne-pain […] je n’ai pas cherché à faire une carrière artistique »). Présenté dans son montage brut (une volonté des journalistes), avec une prise de son aléatoire, une image tremblante et quelques scènes reprises en raison des conditions de tournage, ce document est une mine d’or pour les passionnés du cinéaste, dont les réponses sont parfois radicales (« La Prisonnière du désert ? Un western comme les autres. Voilà. D’autres questions ? »), surtout quand on lui parle trop du genre qui l’a rendu célèbre dans le monde entier, John Ford précisant que ses meilleurs films ne sont pas les westerns.

En ce qui concerne la partie analyse des Cavaliers, Rimini a produit une rencontre entre Margaux Baralon (journaliste cinéma) et Emmanuel Raspiengeas (journaliste à Positif). Dans le même style que les divers face-à-face de Frédéric Mercier Vs Mathieu Macheret sur les titres de la collection Billy Wilder, celui-ci se présente sous la forme d’une conversation menée sans temps mort sur The Horse Soldiers, les deux intervenants se renvoyant constamment et intelligemment la balle durant quarante minutes. Un supplément rafraîchissant, dans le sens où l’éditeur a réuni deux nouvelles sensibilités, deux journalistes à la passion contagieuse, qui décortiquent plusieurs scènes du film, à la fois sur le fond et sur la forme. Ainsi, la genèse, les conditions de tournage, le casting, la mauvaise réception critique et d’autres éléments sont abordés.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Il ne s’agit pas du même master HD précédemment édité par MGM il y a près de quinze ans. Rimini présente une nouvelle copie (au format 1080p), passée entre les mains et les outils numériques des agents du laboratoire TCS, une restauration effectuée à partir d’une numérisation 2K du négatif original. L’ensemble demeure franchement aléatoire et ce en raison de l’absence quasi-systématique de la texture argentique. Si la photographie du grand William H. Clothier est joliment restituée, ce grain auquel on est extrêmement attaché (et pour cause, puisqu’il fait partie des intentions du chef opérateur) manque cruellement à l’appel et donne à l’image un aspect « moderne » qui ne lui sied guère.

La propreté est éloquente, la clarté de mise, les contrastes fermes, la palette chromatique plus vive, mais la définition fera tiquer les puristes et laisse un arrière-goût amer, surtout quand on suppose qu’un filtre « à grain » a été ajouté pour faire comme s’il s’agissait de celui de l’époque ou si vous préférez, comme si un pâtissier réalisait un nappage destiné à recouvrir celui déjà étalé par un de ses confrères. Forcément, le résultat n’est guère plaisant.

Sans surprise, la version originale DTS-HD Master Audio 2.0 s’en tire mieux que la VF (présentée dans le même écrin acoustique), plus restreinte, moins aérée, grinçante et de temps en temps, chuintante peut-être, mais néanmoins en bon état et délivrant aussi bien les dialogues que la musique de David Buttolph (La Corde, Le Carrefour de la mort, La Femme à abattre) avec une bonne dynamique. Aucun souffle sur les deux pistes et les sous-titres français ne sont pas imposés.

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