Mai 68, c’est des étudiants dans les rues, des manifs, des slogans libertaires, des sit-in, des grèves générales, des gaz lacrymogènes, des barricades et des pavés qui volent, pour réclamer plus de pouvoir, plus de parole et de liberté.

Mais le mouvement contestataire, politique, social et culturel, initié par la jeunesse avec l’occupation de l’université de Nanterre à Paris le 22 mars, avant de gagner les femmes, les ouvriers et l'ensemble du pays, s’inscrit plus généralement dans une période et une année riches en révolutions tous azimuts, qui font basculer la société vers une civilisation des loisirs et de la consommation.

Musique et Culture Populaire

Entre la révolte rock de la contre-culture et l'insouciance de la pop, l'incroyable créativité de 1968 a façonné la musique de notre époque actuelle.

Tandis que le heavy metal pousse ses premiers cris, tout autour de la planète, les jeunes Rolling Stones rugissent leur "Street Fighting Man" et Janis Joplin son "Ball and Chain".

De l’autre côté de la Manche, la météo anglaise n’est pas beaucoup plus calme : les Beatles sortent leur premier titre ouvertement politique "Revolution", bien dans l'air du temps.

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Cette année-là, les Français écoutent aussi en boucle à la radio ou sur leur tourne-disque vinyle (les CD ne seront lancés qu'en 1982), Claude François, Sheila, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Brigitte Bardot, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Serge Gainsbourg...

Parmi les très gros succès du moment : "Il est cinq heures, Paris s’éveille", le tube impeccable de Dutronc, 24 ans, ou encore "Siffler sur la colline", de Joe Dassin.

Cloclo, 29 ans, cartonne avec "Comme d’habitude", sorti en 1967. Bardot, elle, collectionne les succès que vient de lui écrire Gainsbourg : "Harley Davidson", "Bonnie & Clyde" ou "Comic Strip".

La divine BB séduit même de Gaulle qui lui proposera de devenir la nouvelle Marianne… Quant à "l'homme à la tête de chou", c’est en 1968 qu’il enregistre le titre "Je t'aime... moi non plus", une vraie perle d'érotisme devenue mythique, avec une jeune Anglaise, Jane Birkin, avec laquelle il formera l'un des couples iconiques de la fin des sixties et du début des années 70.

Le Cinéma en Ébullition

Perturbé par les "événements", l'édition 68 du festival de Cannes, interrompu le 19 mai, n'aura finalement pas lieu.

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Ce qui n'empêche pas une pléiade de films débarqués cette année-là dans les salles obscures, d'avoir marqué à jamais l'histoire du cinéma.

Et comme en 68, on préfère le grand écran à la petite lucarne (plus de la moitié de jeunes voit au moins un film par mois), on court voir "La Planète des singes", de Franklin J. Schaffner, avec Charlton Heston, le premier volet de la saga adaptée du roman éponyme de Pierre Boulle publié en 1963.

Ou encore "Bullitt", un thriller policier haletant réalisé par Peter Yates, avec en vedettes Steve McQueen, Robert Vaughn et Jacqueline Bisset.

On se fait peur avec "Rosemary's Baby", un film d’horreur, réalisé par Roman Polanski avec Mia Farrow et John Cassavetes, et on découvre le fabuleux "2001 : l'odyssée de l'espace" du réalisateur Stanley Kubrick, ou encore "La Mariée était en noir", le chef d'oeuvre français réalisé par François Truffaut avec Jeanne Moreau et Michel Bouquet.

Les Personnalités de 1968

En France, on ne dit pas encore "people", mais "vedettes". En 68, on vénère Jean Gabin, Catherine Deneuve, Lino Ventura, Bourvil, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo.

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"Bebel", le beau gosse trentenaire, vit en couple avec l'une des bombes sexuelle de l'époque, l'actrice Ursula Andress.

La France du Général de Gaulle se passionne aussi pour les amours tumultueuses entre Johnny, "l’idole des jeunes", et Sylvie Vartan.

Lorsque les deux stars de la chanson se produisent ensemble sur scène, c'est le délire chez leurs fans, comme lors de ce concert à Bordeaux le 2 février 1968.

Médias et Information

En 68, pour les journaux, c'était le bon temps ! Internet n'existe pas encore et seuls 62% des ménages ont la télévision chez eux.

Pour s'informer, on écoute beaucoup la radio et on lit massivement la presse écrite. Près de 60% des gens parcourent un quotidien tous les jours ou presque.

Pour lire "Sud Ouest", il en coûte 40 centimes, et "Le Monde", 50 centimes.

Pour la majorité des Français qui en sont équipés, la télé, c’est encore en noir et blanc (la couleur n’a fait son apparition que depuis quelques mois).

Question programmes, à l'heure du dîner, difficile de se disputer en famille : le choix cornélien se résume à deux chaînes, la première et la deuxième...

Et la télé, c’est aussi l’ ORTF, contrôlée par le pouvoir gaulliste qui nomme ses présidents. Très critiquée par une France avide de liberté d’expression et d’information, elle entamera la plus longue grève de son histoire... soldée par un fiasco mémorable.

Alors que le premier épisode de l'increvable série "Columbo" est diffusé outre-Atlantique, sur NBC, en France, la super-vedette tricolore du petit écran, c'est Léon Zitrone.

On le dit proche du pouvoir. Agé de 54 ans, celui qui anime avec Guy Lux le très populaire jeu télévisé "Intervilles", présente les nouvelles du JT de 20 heures depuis déjà près de dix ans...

Aux côtés de cette légende de la télé qui ne prendra sa retraite qu'en 1981, l’animateur et producteur Pierre Bellemare, 38 ans, Jean-Pierre Elkabbach, 40 ans, et un certain Michel Drucker.

Aujourd'hui figure emblématique du paysage audiovisuel français depuis cinquante ans, ce dernier qui n’a alors que 25 ans, s’occupe déjà de la rubrique sportive et commente les matches en direct. Jugé trop proche des grévistes, il sera sanctionné.

Sports et Compétitions

Côté sports, le 22 avril, le tennis fait sa révolution en Angleterre, sur terre battue : pour la première fois, les joueurs professionnels sont autorisés à se mêler aux amateurs, le temps du tournoi de Bournemouth.

Les sports d’hiver se démocratisent, avec les succès de Jean-Claude Killy et Marielle Goitschel aux JO de Grenoble.

Au rugby, le CA Bèglais est lancé à la conquête du bouclier de Brennus... Mais 1968 reste surtout l’année Colette Besson.

En mai 68, la jeune athlète est encore une inconnue, qui vient de rejoindre le Bordeaux Etudiant Club, après ses débuts à Royan.

Le 16 octobre suivant, la Charentaise-Maritime créée une énorme surprise dans le stade Aztèque de Mexico, en empochant la médaille d’or du 400 mètres aux Jeux Olympiques.

Merci mai 68 ! La légende veut que "la petite fiancée de la France" ait profité des longues grèves des "événements", pour se préparer en altitude, à Font-Romeu.

Le 4 novembre, de retour au pays, accueillie triomphalement en gare Saint-Jean, elle défilera ensuite dans Bordeaux en 2CV, avant d’être reçue à l'ex-siège du journal "Sud Ouest", rue de Cheverus, puis au Palais-Rohan par l'ancien maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas.

Grands Chantiers et Urbanisme

A Paris comme en province, en 1968, l’heure des "Trente glorieuses" est (déjà) aux grands chantiers.

Comme au nord de Bordeaux, en plein boom démographique, où l'on aménage les vastes espaces vides et marécageux pour faire sortir de terre tout un nouveau quartier avec ses logements, un lac, et le Parc des expositions, achevé en 1969.

Le "Tout Automobile"

Quant aux grands chantiers autoroutiers, ils fleurissent partout en France. Ouvert en 1960 au sud de la capitale, celui du périph’ est alors en plein travaux : en 1968, on roule sur la dernière section tout juste inaugurée, celle du secteur de la porte Saint-Cloud.

Livrée elle aussi au "tout automobile", Bordeaux lance le chantier des rocades des deux rives de la Garonne, avec au nord, le pont d’Aquitaine, inauguré le 6 mai 1967 par Chaban-Delmas.

Des zones de stationnement naissent sur les places de la ville, un parking sur les quais, un premier parking payant en silo au marché du cours Victor-Hugo...

Omniprésente, la voiture colonise la capitale girondine qui commence à frôler l'asphyxie : à la belle saison, les soirs de retour de week-end, ça bouchonne déjà aux portes de Bordeaux.

Il faut dire qu’à la fin des années 60, on ne se préoccupe guère de réchauffement climatique, de pollution et d’émissions de gaz à effet de serre : la "civilisation automobile" est à son apogée.

Avec une production de 1,5 million d'automobiles en 1967, les constructeurs français ont le sourire. Peugeot va lancer sa 504 berline, Citroën, sa Méhari et Renault, sa Renault 6.

La 2CV, la Renault 4, la Peugeot 204 et la Simca 1000 restent très populaires, mais les grands succès du moment sont la R16, née en 1965, et la Citroën DS Pallas. Icône de l'automobile, la version de luxe de la DS qui deviendra la voiture présidentielle de Charles de Gaulle.

Le revers de la médaille, c'est l 'insécurité routière. Les limitations de vitesse systématiques n'existent pas encore et le bilan des morts sur les routes fait frémir. Malgré un parc automobile presque deux fois moins important qu'aujourd'hui, on enregistre 13 484 tués sur les routes pour 7,1 millions de véhicules immatriculés !

Il faudra attendre 1973 pour que la ceinture de sécurité devienne obligatoire à l’avant...

L'Aviation et le Concorde

Le nom du Concorde, l’avion de ligne supersonique français est sur toutes les lèvres. Le 2 décembre 1968, un tronçon du fleuron de l’aviation française arrive de Londres à Bordeaux, avant de rejoindre Toulouse, où on l'assemble dans les ateliers toulousains de Sud-Aviation qui deviendra ensuite Aérospatiale.

Deux ans plus tard, le 1er janvier 1970, un avion Concorde atterrira et décollera de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac.

Mode et Société

Durant les sixties, toutes les normes vont exploser, y compris celle de la mode. En 68, les femmes n'ont ni la pilule, ni le droit à l'avortement, ni celui d'ouvrir un compte-chèque ou travailler sans l'accord de leur mari.

Leur libération passe aussi par la double révolution planétaire du pantalon et de la mini jupe : dans le dressing de la femme moderne, rien ne sera plus jamais comme avant.

S’il est encore interdit ou très mal vu, comme le maquillage, pour cause d' "obscénité", dans la plupart des lycées de filles et pour les employées des grands magasins, le pantalon qui a déferlé en France dès 1965, défile dans toutes les manifs.

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